AU ROY.

Sire, ayant la Royne d'Angleterre, au boult de huict jours, faict

entendre à Mr de Montlouet et à moy, avec quelque aparat, en présence

de unze seigneurs de son conseil, touchant les affères de la Royne

d'Escoce, que de laysser passer le dict Sr de Montlouet jusques au

lieu où est la dicte Dame, et puys de là en Escoce, elle ne le pouvoit

meintennant en façon du monde consentyr, pour des occasions,

lesquelles, si eussent esté bien sceues, lorsqu'il fut dépesché, elle

s'assure que Vostre Majesté ne luy eust donné charge d'y aller; et que

de la seurté de la dicte Dame Vostre Majesté pouvoit croyre que, quand

la dicte Royne d'Escoce auroit bien machiné de la fère tuer à elle

d'ung coup de haquebutte, elle pourtant ne consentyroit jamais qu'on

touchât ny à sa vie, ny à sa personne; et que de son bon trettement

elle le luy fesoit fère tel et à telz frays qu'elle sçayt que l'Escoce

ne seroit pour y fornyr de mesmes. Au regard de sa plus grande liberté

et restitution à sa couronne, qu'encor qu'elle n'eust à rendre compte

qu'à Dieu seul de ses actions en cella, elle néantmoins les vous

feroit entendre par son ambassadeur, ou par ung gentilhomme exprès,

avec espérance, que vous les trouverez si équitables, que dorsenavant

vous ne seriez tant pour la dicte Royne d'Escoce, que vous ne fussiez

aussi pour elle; et de tout ce que, avec ung bien long et préparé

discours et avec plusieurs démonstrations, elle a desduict là dessus,

le dict Sr de Montlouet le saura trop mieulx représanter à Voz

Majestez que je ne le vous sçaurois escripre, vous pouvant asseurer,

Sire, qu'il a si vifvement répliqué et tant fermement incisté à la

dicte Dame sur toutz les poinctz de l'instruction, que Vostre Majesté

luy avoit baillée, qu'il ne s'y peult rien desirer davantaige. Et j'ay

adjouxté ce que j'ay peu de plus exprès pour la presser de luy fère

meilleure responce; mais le mariage du duc de Norfolc et l'ellévation

du North lui sont deux offances si rescentes, lesquelles elle impute à

la dicte Dame, et la mort du comte de Mora les luy a tant rafreschies,

que nulle sorte d'apareil y peult encores estre bonne; mesmes, sur ce

dernier courroux de la mort du comte de Mora, elle a faict resserrer

l'évesque de Roz ez mains de l'évesque de Londres, qui sont deux fort

différantz personnages, en meurs et en religion, l'ung de l'autre;

dont semble qu'il fault qu'avec le temps vienne le remède de ce mal.

Je laisse au dict Sr de Montlouet de vous dire le contantement que la

dicte Royne d'Angleterre à monstré avoir de ce que Voz Majestez Très

Chrestiennes se sont vollues conjouyr avecques elle sur la

paciffication des troubles de son royaulme, et les bonnes parolles

qu'elle a dictes en cella, qui toutjour en use de fort bonnes ez

choses qui luy sont proposées de Voz Majestez, sinon en ce qu'on luy

touche de la Royne d'Escoce; et vous dira pareillement les promesses,

qu'elle nous a faictes, de n'assister en aulcune sorte à ceulx de la

Rochelle contre Vostre Majesté et sur ce, etc.

Ce Xe jour de febvrier 1570.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 55 / 318 题