Madame, ce qui s'espère de la paciffication des troubles de vostre
royaulme ne monstre aporter, à ceste heure, tant de soupeçon à la
Royne d'Angleterre ny aulx siens, comme il sembloit que, du
commancement, ilz eussent très ferme opinion que la fin de nostre
guerre seroit ung commancement à eulx d'y entrer. Il est vray qu'ilz
ne sont du tout dellivrez de cette peur, craignantz, à ce qu'ilz
disent, que l'estroicte intelligence, que le duc d'Alve a avecques Voz
Majestez, vous attire de son party contre l'Angleterre; car,
aultrement, il leur semble qu'ilz n'ont guières à le craindre, veu le
crédict et faveur de ceste Royne en Allemaigne. Et ainsy, ilz vont
temporisant avecques luy, sans admettre ny rejecter aussi les termes
de l'accord, espérantz qu'ilz se pourront, dans peu de jours,
esclarcyr de vostre cousté, pour sçavoir commant mieulx se conduyre du
sien; et n'estantz encores bien asseurez si le propos de la paix
prendra bonne résolution en France, ilz tiennent leurs dellibérations
en suspens, dillayantz la dépesche du jeune comte de Mansfelt, et leur
responce au Sr de Lombres; et pareillement de ne toucher aux affères
de la Royne d'Escoce, jusques à ce que leur ambassadeur, Mr Norrys,
leur ayt mandé la certitude du tout; et n'ont faict plus grand
empeschement à ung courrier du duc d'Alve, qui est arrivé depuys cinq
jours, que de l'avoir conduict à la court et visité seulement le
dessus de ses pacquetz, lesquels, se doutans bien qu'ilz estoient en
chiffre, l'ont renvoyé avec les dicts pacquetz bien cloz à Mr
l'ambassadeur d'Espaigne, et luy ont ottroyé passeport pour s'en
pouvoir retourner de dellà, bien qu'ilz ne layssent pourtant de vivre
toutjour en grande deffiance du dict duc. A l'occasion de quoy ilz
dressent de grandes forces et ordonnent beaulcoup de gens de cheval,
pistoliers, et renforcent les garnysons tout le long de la coste qui
regarde les Pays Bas; sur ce, etc.
Ce Xe jour de janvier 1570.