Sire, il est venu adviz à la Royne d'Angleterre, par la voye de la
mer, que ceulx de la Rochelle tiennent déjà comme pour conclud le
propos qu'ilz vous ont faict requérir de la paix; et, par ainsy, que
vostre royaulme s'en va hors de troubles, et vous, Sire, en bon trein
de remettre sus fort bien et bientost vos affères, sans qu'il
aparoisse que, pour toutes ces horribles guerres passées, il vous y
soit advenu aulcune diminution, ny en l'estendue de vostre estat, ny
en l'affection de vos subjectz, ains plustôt, une augmentation partout
de vostre grandeur; de laquelle le fondement, en cette mesmes
division, s'est monstré si ferme qu'on a opinion, s'il est une foys
bien réuny, que nulles forces humaines le pourront jamais esbranler.
Dont ceste Royne et les siens continuent, à ceste heure, de me fère
meilleure démonstration que jamais de vouloir persévérer en bonne paix
et amytié avec Vostre Majesté; et n'ont encore dépesché le jeune comte
de Mensfelt, ny rien respondu au Sr de Lombres, attendans si la fin du
dict propos viendra à bonne conclusion, ou bien s'il sera rompu. Et,
cependant, est arrivé ung homme d'Allemaigne, lequel, à ce que
j'entans, raporte que le Cazimir ne lève pas encores ses reytres, mais
qu'il a distribué, ces jours passés, une somme de deniers aulx
capitaines, affin d'estre pretz, quant il les mandera; et il parle
aussi des praticques et menées du prince d'Orange.
Les choses d'icy ne monstrent, à ceste heure, guières grand mouvement,
estantz ceulz du North séparez et rompuz d'eulz mesmes, ainsy que je
le vous ay confirmé par mes précédantes du IIIIe de ce moys. Il est
vray que, de tant que les deux comtes ne sont au pouvoir de la Royne
d'Angleterre ny ne sont pour y estre aiséement livrez, parce qu'on
dict que celluy de Northomberland est avec milor de Humes et avec le
ser de Farmihirst, comme avecques ses amys; et celluy de Vuesmerland,
avec le comte d'Arguil, qui le trette bien; la chaleur de leur
entreprinse n'est encores réfroydie aulx cueurs des Catholiques, ny en
ceulz des malcontantz; lesquelz demeurent d'ailleurs en quelque
espérance du duc d'Alve, par la mesme peur et grande souspeçon qu'ilz
voyent que la Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil se donnent
des aprestz qu'il faict, qui leur sont confirmez par plusieurs
secrectes lettres qu'arrivent ordinairement à la dicte Dame des Pays
Bas; et mesmes l'asseurent que, despuys le retour du marquis de
Chetona, le dict duc s'est résolu de vouloir recouvrer, commant que ce
soit, ses deniers, et les marchandises d'Espaigne arrestées par deçà,
et que, pour y commancer par quelque bout, il a commandé de consigner
toutz les biens des Anglois, qui estoient en Anvers, à certains
Gènevois qui ont faict ung party de six centz mil escuz avec le Roy
d'Espaigne; dont ceulx cy se préparent, avec grand dilligence, au long
de la coste qui regarde vers Flandres, pour résister à ses
entreprinses. Je prendray garde à quoy, jour par jour, cella
s'acheminera, affin de vous en donner toutjour adviz.
Despuys la dernière instance que j'ay faicte à ceste Royne pour la
Royne d'Escoce, elle l'a faicte ramener à Tutbery, en la compaignie du
comte de Cherosbery seul; s'en estant celluy de Untington allé, qui a
esté du tout deschargé de sa garde, et elle remise en ung peu plus de
liberté, avec démonstration à monseigneur l'évesque de Roz de quelque
faveur davantaige en ceste court, et d'y mieulx recepvoir ses
remonstrances, qu'on n'avoit faict toutz ces jours passez. Ce qui nous
remect en quelque espérance que nous pourrons bientost (si nouvel
accident ne survient) obtenir une ou aultre provision ez affères de la
dicte Dame. Sur ce, etc.
Ce Xe jour de janvier 1570.