à M. l'_enseigne de vaisseau Jacques de Fierce_ de
débarquer du _Bayard_ à la date du 20 avril 19..., et
d'embarquer en subsistance sur l'_Avalanche_ ce même jour.
M. de Fierce exercera le commandement de l'_Avalanche,_
qui prend armement à la date du 20 avril.
A bord du _Bayard_, le 20 avril 19...
_Le contre-amiral commandant en sous-ordre,_ D'ORVILLIERS.
C'était en règle. N'y comprenant rien, il courut chez l'amiral.
--«Vous voilà commandant, fit d'Orvilliers. A votre âge, ce n'est pas
mal....»
Il s'interrompit devant la mine anxieuse de Fierce.
--«Vous avez vu Mlle Sylva, j'espère?
--Non, elle est au Cap....
--Bon! mon pauvre enfant, la guigne est pour vous. Au Cap! Vous n'aurez
pas le temps d'y aller. L'arsenal a mis votre _Avalanche_ en état, et
vous partez ce soir.
--Je pars?
--Pour le Grand Lac. Tout le Cambodge est à feu et à sang, et les
Siamois s'en mêlent. Les dépêches sont arrivées cette nuit. Une révolte
sérieuse, et trop soudaine: il y a de l'argent anglais là-dessous. Je
l'ai prédit, c'est le commencement de la fin....»
Il enfourcha son dada favori, et prophétisa des catastrophes. Le fiancé
de Sélysette, immobile et silencieux, n'entendait pas.
--«Amiral, dit-il soudain, le _Bayard_ reste à Saïgon? Vous verrez Mlle
Sylva....»
Le vieil homme s'arrêta net, et, tendrement, appuya ses deux mains sur
les épaules de Fierce.
--«Je la verrai. Allez tranquille: elle saura; elle attendra.»
Hélas! ce n'était pas de sa patience à elle qu'il doutait, ni de sa
fidélité.