DONNER (La). Penser, croire, juger. Argot des voyous.
DONNER DU CHASSE A LA ROUSSE. Faire le guet.
«Tu donneras du chasse à la rousse, au moment
Où le patron fera son petit boniment.»
(De Caston: _Le Voyou et le Gamin_.)
DONNER DU FLAN, DE LA GALETTE. Argot des grecs. Jouer honnêtement.
DORÉE (Petite). Femme de mœurs légères. Ce mot lancé vers l'année 1884
n'a point été adopté et a duré autant que la mode qui, à cette époque
aussi bien pour les femmes honnêtes que pour celles qui ne le sont pas,
était de porter des vêtements brodés, soutachés, pailletés d'or. «On a
déjà débaptisé certaines parisiennes qu'on appelait hier encore des
horizontales; le nom qu'elles portent est les petites dorées.» (_Temps_,
octobre 1885.) «Le _Soir_ a pris pour des ouvrières les petites dorées,
autrement dit: les cocottes.» (_Bataille_, novembre 1884.)
DRAINER. Ruiner. Le mot est expressif et fait image. «--Il se fera
remisier ou il vendra des lorgnettes.--A moins qu'il n'épouse Coralie
quand elle aura drainé le planteur et le fils du fabricant.» (Du
Boisgobey: _Paris-Bandit_.)
DRAP MORTUAIRE. Filet. Argot des braconniers. «La perdrix grise est
ensevelie chaque jour dans le drap mortuaire.» (_France_, octobre 1885.)
DRINGUE. Vêtement, redingote.
DUC. Grande voiture se rapprochant de la victoria. Le duc est à deux
places avec un siège par derrière et un par devant pour deux domestiques
sur chaque.--Petit chapeau rond, de la forme du _melon_ et que portent
les souteneurs qui ont des prétentions à l'élégance.
DUVAL. Argot des filles. On désigne ainsi les petites mendiantes,
bouquetières ou autres qui, arrêtées par les agents, sont depuis le
préfectorat de M. Ferdinand Duval placées à Saint-Lazare, dans un local
spécial bien entendu, et cela jusqu'à leur majorité à moins que leurs
parents ne les viennent réclamer.
E
EAU DE SAVON. Absinthe. Argot du peuple.
EAUX GRASSES (Être dans les). Occuper une haute situation dans une
administration.
ÉCAILLÉ. Souteneur. Allusion aux écailles de poisson.
ÉCOLE PRÉPARATOIRE. Prison.
ÉDUQUER. Elever, instruire, donner de l'éducation. «Nous sommes trop bien
éduqués pour refuser de boire un petit verre à votre intention.» (De
Montépin.)
EFFONDRER. Battre, assommer. Argot du peuple. «Te souviens-tu de cette
lutte en plein champ? Pauvre garçon, avec tes vingt-cinq ans, j'en aurais
effondré quatre comme toi.» (Belot et Dantin: _Le Parricide_.)
ÉGAILLER LES CARTES. Les étaler. Argot des cercles.
ÉGRENÉ. «Quand on (un journal) est installé, c'est d'une simplicité
extrême... Pour le _Clairon_, il a fallu, durant ces premiers jours
écrire les bandes à la main, les affranchir et les porter au bureau
central d'où elles partent individuellement au lieu de partir par
paquets. On appelle cela le service des égrenés et le service des égrenés
se fait après le service des classés. (_Clairon._)
ÉLECTEUR. Client,--dans l'argot des commis voyageurs. Quand la tournée a
donné de bons résultats, l'électeur a bien voté; si les commandes ont été
rares, il a mal voté.
ÉLECTEUR (Se mettre en). Argot de caserne. C'est, pour le soldat, revêtir
des habits civils.
ÉLÉPHANT. Argot du Quartier latin. On appelle ainsi l'étudiant en
médecine à la veille de passer sa thèse ou le jeune docteur qui suit
bénévolement les cours d'un professeur dans un hôpital.
EMBAU. Embauchage. Argot des ateliers. «Vous savez bien, aux environs de
l'Hôtel de Ville, là où il y a de si grandes places que les ouvriers sans
travail arrivent à s'y tasser, attendant l'_embau_.» (_Cri du peuple_,
août 1884.)
EMBAUCHE. Travail, ouvrage, emploi quelconque. Terme populaire. Pourquoi
avoir laissé tomber dans le bas langage ce mot parfaitement usité au
XVIIe siècle? «Viens avec moi; mon frère a un peu de galette; nous le
taperons de quelques ronds et nous irons chercher de l'embauche.»
(_Gagne-petit_, avril 1886.)
EMBAUMÉ. Jeune homme élégant dans le jargon parisien. L'_embaumé_ est le
descendant direct du _faucheur_ qui, lui-même, succédait au _bécarre_ qui
descendait des _boudinés_, _grelotteux_ et autres _pschutteux_. _Embaumé_
qui donnait assez bien l'idée du jeune élégant pommadé, mais exsangue,
fit fureur pendant la saison d'été 1885-1886 et a été détrôné à son tour
par de nouveaux vocables, «De la Bastille à la Madeleine, l'embaumé règne
en maître absolu.» (_Voltaire_, décembre 1885.)
EMBOÎTER. Insulter.--_Se faire emboîter_, argot théâtral, être sifflé.
EMBOUCANER (S'). S'ennuyer. Argot des voyous.
EMBUSQUÉ. Argot militaire. Soldat dispensé, en raison de fonctions
spéciales, du service commun. «Pas plan de carotter la revue, tous les
embusqués, soldats de cantine, garçons du mess, secrétaires du major,
tout le monde est là.» (_Monde comique_, no 195.)
ÉMÉCHEUR DE PARTIES. Certains fondateurs de cercles ou maisons de jeux
réunissent un capital qui leur sert à spéculer sur les petits pontes
qu'ils gagnent presque toujours. En argot des joueurs, on nomme ceux qui
se livrent à des opérations de ce genre des _voraces_ ou des _émécheurs
de parties_.
ÉMOUSSÉ. Encore un des nombreux surnoms qui ont été donnés à la fleur de
nos jeunes élégants. «Quant aux jeunes étriqués, efféminés, rachitiques
dérivés des grelotteux, crevés, rez-de-chaussée, ils s'appelleront
désormais des _émoussés_.» (_Voltaire_, mars 1887.)