VENT DESSUS, VENT DEDANS (Être). Être en état d'ivresse,--dans l'argot
des marins.
VENTERNE, s. f. Fenêtre par où passe le _vent_,--dans l'argot des
voleurs.
_Doubles venternes._ Lunettes.
VENTERNIER, s. m. Voleur qui s'introduit dans les maisons par la fenêtre
au lieu d'y entrer par la porte.
VENTRE BÉNIT, s. m. Bedeau, chantre, sacristain,--dans l'argot du peuple,
qui suppose à tort que les gens d'église se nourrissent exclusivement de
pain bénit.
VENTRE DE MA MÈRE (C'est le). Expression du même argot signifiant: Je ne
retournerai plus dans cet endroit, je ne me mêlerai plus de cette
affaire.
VENTRE D'OSIER, s. m. Ivrogne.
VENTRÉE, s. f. Réfection copieuse.
_Se foutre une ventrée._ Se donner une indigestion.
VENTRILOQUE, s. et adj. _Crepitator_ et même _emittens ventris flatum_.
VENTROUILLER, v. n. _Ventris flatum emittere_.
VENTRU, s. m. Député du centre, _satisfait_,--dans l'argot des
journalistes libéraux du règne de Louis-Philippe.
VER COQUIN, s. m. Caprice, fantaisie, _hanneton_,--dans l'argot du
peuple, qui parle comme écrivait Régnier:
«.... Mon vice est d'être libre,
D'estimer peu de gens, suivre mon ver coquin,
Et mettre au même taux le noble et le faquin.»
a dit le vieux Mathurin.
VÉREUX, se, adj. Homme d'une probité douteuse; chose d'une honnêteté
problématique.
VERGNE, s. f. Ville,--dans l'argot des voleurs.
_Deux plombes crossent à la vergne._ Deux heures sonnent à la ville.
VERMICHELS, s. m. pl. Les veines du corps,--dans le même argot.
VERMILLON, s. m. Anglais,--dans le même argot.
VERMINE, s. f. Avocat.--dans le même argot.
VERMINE, s. f. La populace,--dans l'argot des bourgeois.
VERMOIS, s. m. Sang,--dans l'argot des voleurs.
VERMOISE, adj. De couleur rouge.
VÉROLE, s. f. Syphilis,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait
Marot:
«Il mourut l'an cinq cens et vingt
De la verolle qui lui vint.»
On dit aussi _Grosse vérole_, pour la distinguer de l'autre--la _Petite
vérole_.
VÉROLEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, qui s'expose à donner ce
qu'elle est exposée à recevoir.
VERRE DE MONTRE, s. m. Le derrière de l'homme,--dans l'argot des
faubouriens.
_Casser le verre de sa montre._ Tomber sur le derrière.
VER RONGEUR, s. m. Voiture de remise ou de place a l'heure,--dans l'argot
des petites dames.
VERSEUR, s. m. Garçon chargé de verser le café aux consommateurs.
VERSIGO, n. de l. Versailles, dans l'argot des voleurs.
VERSIONNAIRE, s. m. Humaniste qui, pour vivre, compose en version latine
pour les candidats bacheliers dont la bourse est mieux garnie que la
cervelle.
VERT, s. m. Froid,--dans l'argot des voleurs.
_Il fait vert._ Il fait froid.
VERTE, s. f. Verre d'absinthe,--dans l'argot des absintheurs.
_Heure où la verte règne dans la nature._ Cinq heures du soir.
VERTIGO, s. m. Lubie, caprice,--dans l'argot du peuple, à qui les gens
fantasques semblent justement atteints de _vertige_, qu'au XVIe siècle
on prononçait _vertigue_.
VERTU, s. f. Femme vertueuse,--ou affichant un grand rigorisme de
conduite.
VERVER, v. n. Pleurer,--dans l'argot des voleurs.
VERVEUX, s. m. Crinoline,--dans l'argot des paysans des environs de
Paris, qui trouvent une ressemblance entre ce filet à cerceaux et cette
jupe à cage.
VESPASIENNES, s. f. pl. _Water-closets_ montés sur essieux, qui
circulaient dans Paris vers les premières années du règne de
Louis-Philippe. Ce nom leur avait été donné en souvenir de l'empereur
romain qui spéculait sur toutes les gadoues de son empire.
Encore une chose que M. Louis Festeau n'a pas failli à chanter:
«La Vespasienne
Parisienne
A l'observateur arrêté
Offre asile et _commodité_.»
VESSARD, s. m. Poltron, homme sans énergie,--dans l'argot des
faubouriens.
VESSE, s. f. Peur.
_Avoir la vesse._ Avoir peur.
VESSER DU BEC, v. n. Avoir l'haleine «pire que cade»,--dans l'argot des
faubouriens, plus cyniques que l'_Aventurier Buscon_. C'est plus grave,
c'est-à-dire plus désagréable que le _leve peditum_ reproché par Catulle
à Libon dans une de ses épigrammes _In Cæsaris cinædos_.
VESSIE, s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs.
VESTALE, s. f. Desservante du Dieu des Jardins.
On disait autrefois _Vestale de marais_.
VESTE, s. f. Echec honteux, Waterloo de la vie bourgeoise ou littéraire
auquel on ne s'attendait pas,--dans l'argot des gens de lettres et des
comédiens.
M. Joachim Duflot fait dater cette expression de la pièce des _Etoiles_,
jouée au Vaudeville, dans laquelle l'acteur Lagrange, en berger, faisait
asseoir mademoiselle Cico sur sa veste pour préserver cette aimable
nymphe de la rosée du soir, ce qui faisait rire le public et forçait le
berger à reprendre sa veste. Mais il y a une autre origine: c'est _la
Promise_, opéra-comique de Clapisson, dans lequel Meillet chantait au
Ier acte, un air (l'air de la veste) peu goûté du public; d'où cette
expression attribuée à Gil-Pérez le soir de la première représentation:
_Meillet a remporté sa veste_.
_Ramasser ou remporter une veste._ Echouer dans une entreprise, petite ou
grande.--Se faire siffler en chantant faux ou en jouant mal.--Ecrire un
mauvais article ou un livre ridicule.
On dit aussi _Remporter son armoire_, depuis le 13 septembre 1865, jour
de la première représentation à la salle Hertz des prétendus _phénomènes
spirites_ des frères Davenport.
VESTIGES, s. m. pl. Légumes,--dans l'argot des voleurs.
VÉSUVIENNE, s. f. Femme galante.
L'expression date de 1848, et elle n'a pas survécu à la République qui
l'avait vue naître. Les Vésuviennes ont défilé devant le Gouvernement
Provisoire; mais elles n'auraient pas défilé devant l'Histoire si un
chansonnier de l'époque, Albert Montémont, ne les eût chantées sur son
petit turlututu gaillard:
«Je suis Vésuvienne,
A moi le pompon!
Que chacun me vienne
Friper le jupon?»
VEULE, adj. des 2 g. Mou, paresseux, lâche,--dans l'argot au peuple, qui
emploie ce mot depuis des siècles, comme le prouvent ces vers de
_Gauthier de Coinci_:
«Mais tant iert plains de vaine gloire
Tout iers fiers, cointes et veules,
Qu'il sembloit bien qu'en ses esteules
Eust trové tout le païs.»
C'est sans doute une antiphrase, de _volo_, vouloir, avoir volonté:
_volo_, _volvis_, _volui_.
VEUVE (La). La guillotine,--dans l'argot des voleurs qui se marient
quelquefois avec elle sans le vouloir.
_Epouser la veuve._ Être guillotiné.
VEUVE POIGNET (La). L'onanisme,--dans l'argot du peuple.
_Epouser la veuve Poignet._ Se livrer à l'onanisme.
VÉZOUILLER, v. n. Puer,--dans l'argot des faubouriens.
_Vézouiller du bec._ Avoir une haleine à la Paixhans.
VIANDE, s. f. La chair,--dans l'argot du peuple.
_Montrer sa viande._ Se décolleter excessivement, comme font les
demoiselles du demi-monde dans la rue et les dames du grand monde aux
Italiens.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on emploie cette expression froissante
pour l'orgueil humain. Tabourot, parlant du choix d'une maîtresse, disait
il y a trois cents ans:
«Une claire brune face
Qui ne soit maigre ny grasse,
Et d'un gaillard embonpoint,
Ne put ny ne picque point:
Voilà la douce viande
Qu'en mes amours je demande.»
VICE, s. m. Imagination; ingéniosité; astuce,--dans l'argot du peuple,
qui sait que l'intelligence est un don souvent fatal.
_Avoir du vice._ Être très malin,--c'est-à-dire sceptique en amour, en
amitié, en politique et en morale.
On dit aussi: _Avoir du vice dans la toupie_.
VICELOT, s. m. Petit vice, défaut peu grave.
VICTOIRE, s. f. Chemise,--dans l'argot des chiffonniers, qui ont voulu
consacrer ainsi le souvenir d'une marchande du faubourg chez laquelle ils
se fournissaient.
VICTORIA, s. f. Voiture découverte à quatre roues,--dans l'argot des
cochers.
C'est une façon de _milord_.
VIDANGE, s. f. Accouchement,--dans l'argot des voleurs.
_Largue en vidange._ Femme en couches.
VIDER (Se), v. réfl. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
VIDER UN HOMME, v. a. Le ruiner,--dans l'argot des petites dames.
VIDER LE PLANCHER, v. a. S'en aller de quelque part,--dans l'argot du
peuple.
VIE (Faire la). S'amuser plus que la morale et la santé ne le permettent;
se débaucher, les femmes avec les hommes, les hommes avec les femmes.
VIE DE CHIEN, s. f. Conduite déréglée, crapuleuse.
_Faire_ ou _Mener une vie de chien_. Vivre dans le désordre et le
vagabondage. Les Anglais ont la même expression, dans le même sens: _to
lead a dog's life_. On dit aussi _Faire une vie de polichinelle_.
VIEILLE, s. f. Eau-de-vie qui devrait avoir cent sept ans et qui n'a que
quelques mois.
VIEILLE (Ma), s. f. Expression de tendresse banale employée entre
hommes,--je me trompe, entre cabotins.
VIEILLE CULOTTE DE PEAU, s. f. Général en retraite,--dans l'argot des
troupiers.
VIEILLE MÉDAILLE, s. f. Vieille femme usée par le frottement de la vie.
Argot des faubouriens.
VIERGE DE COMPTOIR, s. f. Demoiselle de caboulot,--dans l'argot ironique
du peuple, qui ne se doute pas qu'il a emprunté ce mot à John Bull:
_Bar-maids_, disent les Anglais à propos des mêmes Hébés.
VIEUX, s. m. Amant en cheveux blancs ou gris, et même sans cheveux,--dans
l'argot des petites dames.
_Avoir son vieux._ Être entretenue.
VIEUX (Se faire). S'ennuyer, attendre plus qu'il ne faudrait; rester
longtemps quelque part. Argot du peuple.
VIEUX COMME LES RUES, adj. Extrêmement vieux.
On dit aussi _Vieux comme Mathieu-salé_,--par corruption de _Mathusalem_,
un patriarche.
VIEUX JEU, s. m. Méthode classique, procédé d'autrefois pour faire des
chansons, des vaudevilles, des romans. Argot des gens de lettres.
VIEUX MEUBLE, s. m. Vieillard, personne impotente, bonne à mettre au
rancart de la vie.
VIEUX STYLE, s. m. Se dit de toute chose démodée, de tout procédé tombé
en désuétude, de toute idée arriérée, etc.
VIEUX TISON, s. m. Galantin, vieillard amoureux.
VILLOIS, s. m. Village,--dans l'argot des voleurs.
VINAIGRE (Du)! Exclamation de l'argot des enfants, garçons et petites
filles, lorsqu'ils sautent à la corde, afin d'en accélérer le mouvement.
_Grand vinaigre!_ Le superlatif de la vitesse.
VINAIGRE DES QUARANTE VOLEURS, s. m. Acide acétique cristallisé,--dans
l'argot des bourgeois.
_Historiquement_, ce devrait être _Vinaigre des quatre voleurs_.
VIN CHRÉTIEN, s. m. Vin coupé de beaucoup trop d'eau.--dans l'argot du
peuple, assez païen pour vouloir boire du vin pur.
VIN D'UNE OREILLE, s. m. Bon vin.
_Vin de deux oreilles._ Mauvais vin.
VINGT-CINQ-FRANCO-JOURIEN, s. m. Représentant du peuple,--parce que payé
_vingt-cinq francs par jour_.
Le mot date de 1848 et de Théophile Gautier.
VINGT-CINQ FRANCS PAR TÊTE (A), adv. Extrêmement, remarquablement,--dans
l'argot des faubouriens.
_Rigoler à vingt-cinq francs par tête._ S'amuser beaucoup.
_S'emmerder à vingt-cinq francs par tête._ S'ennuyer considérablement.
VINGT-DEUX, s. m. Poignard,--dans l'argot des voleurs.
_Jouer du vingt-deux_, Donner des coups de poignard.
VIOC, s. m. Vieux,--dans le même argot.
VIOCQUE, s. f. Vie débauchée,--dans le même argot.
VIOLON, s. m. Partie d'un corps de garde réservée aux gens arrêtés
pendant la nuit et destinés à être, soit relâchés le lendemain, soit
conduits à la Préfecture de police.
L'expression a un siècle de bouteille.
_Sentir le violon._ Être sans argent. Argot des voleurs.
VIRGULE, s. f. Barbiche,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Cicatrice.
VIRGULE, s. f. Trace que les faubouriens se plaisent à laisser de leur
passage dans certains _lieux_.
VISAGE COUSU, s. m. Homme très maigre,--dans l'argot du peuple.
VISAGE DE BOIS, s. m. Porte fermée.
VISAGE DE BOIS FLOTTÉ, s. m. Mauvaise mine, figure pâle, allongée.
L'expression a des ancêtres:
«Je ne suis pas un casse-mottes,
Un visage de bois flotté:
Je suis un Dieu bien fagotté,»
a dit d'Assoucy.
VISAGE DE CUIR BOUILLI, s. m. Figure grotesque.
VISAGE SANS NEZ, s. m. Messire Luc.
On dit aussi tout simplement _Visage_, ainsi que le constatent ces vers
de Voiture à une dame:
«. . . . Ce visage gracieux
Qui peut faire pâlir le nôtre,
Contre moi n'ayant point d'appas,
Vous m'en avez fait voir un autre
Duquel je ne me gardois pas.»
VISCOPE, s. f. Visière,--dans l'argot des voyous.
VISITEUR, s. m. Frère qui se présente à une loge qui n'est pas la
sienne,--dans l'argot des francs-maçons.
VITELOTTE, s. f. Le nez,--du moins le nez de certains buveurs, qui
affecte en effet la forme de cette variété de pomme de terre. Argot du
peuple.
VITRES, s. m. pl. Yeux,--dans l'argot des faubouriens, qui ne savent pas
se rencontrer si juste avec les gueux anglais, lesquels disent aussi
_Glaziers_.
_Carreaux de vitres._ Lunettes.
VITRIERS, s. m. pl. Les chasseurs de Vincennes,--dans l'argot du peuple,
qui a emprunté cette expression aux zouaves, heureux de rendre à leurs
rivaux la monnaie de leurs _chacals_.
On croit généralement que cette appellation ironique date de 1851, époque
à laquelle les chasseurs de Vincennes dégarnirent à coups de fusil une
notable quantité de fenêtres parisiennes. On croit aussi qu'à cette
occasion leur fut appliqué le couplet suivant, encadré dans une de leurs
sonneries de clairon:
«Encore un carreau d' cassé!
V' là l' vitrier qui passe.
Encore un carreau d' cassé!
V' là l' vitrier passé!»
On se trompe généralement. L'expression date de 1840, époque de la
formation des chasseurs de Vincennes au camp de Saint-Omer, et elle
venait du sac de cuir verni que ces soldats portaient sur leur dos à la
façon des vitriers leur sellette. Ce qui ajoutait encore à la
ressemblance et justifiait le surnom, c'étaient le manteau roulé et le
piquet de tente qui formaient la base du sac des chasseurs, comme le
mastic et la règle plate la base de la sellette des vitriers.
VITRINE, s. f. Lorgnon, lunettes,--dans le même argot.
VIVRE D'AMOUR ET D'EAU FRAÎCHE, v. n. Se dit ironiquement--dans l'argot
de Breda-Street--de l'amour pur, désintéressé, sincère, celui
«Qu'on ne voit que dans les romans
Et dans les nids de tourterelles.»
VIVRE DE L'AIR DU TEMPS, N'avoir pas de quoi vivre. Argot du peuple.
VOILE, s. m. Nappe,--dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi _Grand drapeau_.
VOIR, v. a. _Permolere uxorem quamlibet aliam_,--dans l'argot des
bourgeois.
VOIR, v. n. Se dit de l'indisposition mensuelle des femmes,--dans l'argot
des bourgeoises.