On dit plus élégamment: _Ah! des nèfles!_

NÉGOCIANT, s. m. Bourgeois, homme à son aise,--dans l'argot des matelots,

qui ne connaissent pas de position sociale plus enviable.

NÉGOCIANT AU PETIT CROCHET, s. m. Chiffonnier,--dans l'argot des

faubouriens.

NÈGRE BLANC, s. m. Remplaçant militaire,--dans l'argot des voleurs;

ouvrier,--dans l'argot du peuple.

NÉGRESSE, s. f. Toile cirée,--dans l'argot des voyous.

NÉGRESSE, s. f. Litre ou bouteille de vin,--dans l'argot des faubouriens.

_Étouffer_ ou _Éventrer une négresse_. Boire une bouteille.

On dit aussi _Éternuer sur une négresse_.

NÉGRESSE, s. f. Punaise.

NÉGRIOT, s. m. Coffret, d'ébène ou d'autre bois.

On dit aussi _Moricaud_.

NÉNETS, s. m. pl. Seins,--dans l'argot des grisettes.

Quelques-uns écrivent _nénais_; mais ce mot n'est pas plus français que

l'autre.

NÉNETS D'HOMME, s. m. pl. Les biceps,--dans l'argot des filles.

NEPS, s. m. pl. Nom d'une certaine catégorie de voleurs israélites qui,

dit Vidocq, savent vendre très cher une croix d'ordre, garnie de

pierreries fausses.

NET COMME TORCHETTE, adj. Se dit,--dans l'argot du peuple,--des choses ou

des gens excessivement propres.

NETTOYER, v. a. Voler; ruiner, gagner au jeu; dépenser; battre, et même

tuer,--dans l'argot des faubouriens.

_Se faire nettoyer._ Perdre au jeu; se laisser voler, battre ou tuer.

NETTOYER UN PLAT, v. a. Manger ce qu'il contient,--dans l'argot du

peuple.

On dit aussi _Torcher un plat_.

NEZ, s. m. Mauvaise humeur.

_Faire son nez._ Avoir l'air raide, ennuyé, mécontent.

NEZ (Avoir dans le), v. a. Détester une chose ou quelqu'un.

C'est le _Ne pouvoir sentir_ de l'argot des bourgeois.

NEZ, s. m. Finesse, habileté, adresse.

_Avoir du nez._ Flairer les bonnes affaires, deviner les bonnes

occasions.

_Manquer de nez._ N'être pas habile en affaires.

NEZ (Ce n'est pas pour ton)! Ce n'est pas pour toi.

On dit aussi: _Ce n'est pas pour ton fichu nez_!

On trouve cette expression dans Mathurin Régnier (_Satyre XIII_):

«Ils croyent qu'on leur doit pour rien la courtoisie,

Mais c'est pour leur beau nez.»

dit la vieille courtisane à une plus jeune qu'elle veut mettre en garde

contre les faiblesses de son cœur.

NEZ CREUX (Avoir le), v. a. Avoir le pressentiment d'une chose, d'un

événement; flairer une bonne occasion, une bonne affaire.

Signifie aussi Arriver quelque part juste à l'heure du dîner.

On dit aussi _Avoir bon nez_.

NEZ DANS LEQUEL IL PLEUT, s. m. Nez trop retroussé, dont les narines, au

lieu d'être percées horizontalement, l'ont été perpendiculairement.

C'est le _Nez en as de treuffle_ de Rabelais.

NEZ-DE-CHIEN, s. m. Mélange de bière et d'eau-de-vie,--dans l'argot des

faubouriens.

_Avoir le nez de chien._ Être gris,--parce qu'on ne boit pas impunément

ce mélange.

NEZ QUI A COUTÉ CHER, s. m. Nez d'ivrogne, érubescent, plein de

bubelettes, qui n'a pu arriver à cet état qu'après de longues années d'un

culte assidu à Bacchus.

On dit aussi _Nez qui a coûté cher à mettre en couleur_.

NEZ TOURNÉ A LA FRIANDISE, s. m. Nez retroussé, révélateur d'une

complexion amoureuse,--dans l'argot des bourgeois qui préfèrent Roxelane

à la Vénus de Médicis.

NIAIS, s. m. Voleur qui a des scrupules; prisonnier qui a des remords de

sa faute ou de son crime.

NIB ou NIBERGUE, adv. Rien, zéro,--dans l'argot des voleurs.

_Nib de braise!_ Pas d'argent.

NICHÉE, s. f. Réunion d'enfants de la même famille,--dans l'argot du

peuple.

NICHER, v. n. Demeurer, habiter quelque part.

_Se nicher._ Se placer.

NICHET, s. m. OEuf de plâtre qu'on met dans un _nid_ pour que les poules

y viennent pondre.

NICHONNETTE, s. f. Drôlesse à la mode, coiffée _à la chien_. Argot de

gens de lettres.

NICHONS, s. m. pl. Seins,--dans l'argot des enfants.

NICODÈME, s. m. Niais, imbécile. Argot du peuple.

NICOLAS-J'-T'EMBROUILLE! Exclamation de défi,--dans l'argot des écoliers.

NID A PUNAISES, s. m. Chambre d'hôtel garni,--dans l'argot du peuple.

NID D'HIRONDELLE, s. m. Chapeau d'homme, rond et à bords imperceptibles,

tel enfin que les élégants le portent aujourd'hui, ou l'ont porté hier.

NIÈRE, s. m. Individu quelconque,--dans l'argot des voleurs._Bon nière._

Bon vivant, bon enfant.

_Mon nière bobèchon._ Moi.

NIGAUDINOS, s. m. Imbécile, _nigaud_,--dans l'argot du peuple, qui se

souvient du _Pied de Mouton_ de Martainville.

NIGUEDOUILLE, s. m. Imbécile, _nigaud_,--dans l'argot des faubouriens.

C'est une des formes du vieux mot français _niau_,--le _nidasius_ de la

basse latinité,--dont nous avons fait _niais_. _Gniolle_--qu'on devrait

écrire _niolle_, mais que j'ai écrit comme on le prononce a la même

racine.

N, I, NI, C'EST FINI! Formule qu'on emploie--dans l'argot des grisettes

et du peuple--pour faire mieux comprendre l'irrévocabilité d'une rupture,

l'irrémédiabilité d'un dénouement, en amour, en amitié ou en affaires.

NINI. Diminutif caressant d'_Eugénie_.

On dit aussi _Niniche_.

NIOLE, s. m. Chapeau d'occasion,--dans l'argot des marchandes du Temple.

NIOLEUR, s. m. Chapelier.

NIORTE, s. f. Viande,--dans l'argot des voleurs.

NIQUE DE MÈCHE (Être). Sans aucune complicité,--dans le même argot.

NISCO! interj. Rien, zéro, néant,--dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussi _Nix_,--pour parodier le _Nicht_ des Allemands.

_Nisco braisicoto!_ Pas d'argent.

NISETTE, s. f. Olive,--dans l'argot des voleurs.

NISETTIER, s. m. Olivier.

NIVET, s. m. Chanvre.--dans le même argot.

NIVETTE, s. f. Chenevière.

NI VU NI CONNU, J' T'EMBROUILLE! Exclamation de l'argot du peuple, qui

signifie: Cherchez, il n'y a plus rien.

NOBLE ÉTRANGÈRE, s. f. Pièce de cinq francs en argent,--dans l'argot des

gens de lettres, qui ont lu _la Vie de Bohème_.

NOC, s. et adj. Imbécile parfait.

NOCE, s. f. Débauche de cabaret,--dans l'argot du peuple.

_Faire la noce._ S'amuser, dépenser son argent avec des camarades ou avec

des drôlesses.

_N'être pas à la noce._ Être dans une position critique; s'ennuyer.

NOCE DE BATONS DE CHAISES, s. f. Débauche plantureuse de cabaret,--dans

l'argot des faubouriens, qui, une fois en train de s'amuser, cassent

volontiers les tables et les bancs du «bazar».

NOCER, v. n. S'amuser plus ou moins crapuleusement.

NOCEUR, s. et adj. Ouvrier qui se dérange; homme qui se débauche avec les

femmes.

NOCEUSE, s. f. Drôlesse de n'importe quel quartier, qui fuit toutes les

occasions de travail et recherche tous les prétextes à plaisir.

NOCTAMBULE, s. et adj. Bohème, qui va des cafés qui ferment à minuit et

demi dans ceux qui ferment à une heure, et de ceux-là dans les endroits

où l'on soupe.

NOCTAMBULER, v. n. Se promener la nuit, dans les rues, en causant d'amour

et d'art avec quelques compagnons.

NOEUD D'ÉPÉE, s. m. Couennes de lard rassemblées en un petit

paquet,--dans l'argot des charcutiers.

NOIR, s. f. Café noir,--dans l'argot des voyous.

Ils disent aussi _Nègre_ pour un gloria, et _Négresse_ pour une

demi-tasse.

NOMBRIL, s. m. Midi, le centre du jour,--dans l'argot des voleurs, qui

emploient, sans s'en douter, une expression familière aux Latins: _Ad

umbilicum jam dies est_.(Il est déjà midi), écrivait Plaute il y a plus

de deux mille ans.

NOM D'UN! Juron innocent ou semblant de juron de la même famille que:

_Nom de d'là_! _Nom de çà_! _Nom de deux_! _Nom d'un nom_! _Nom d'une

pipe_! _Nom d'un chien_! _Nom d'un petit bonhomme_! _Nom d'un tonnerre_!

NONNE, s. f. Encombrement volontaire,--dans l'argot des voleurs.

_Faire nonne._ Simuler à huit ou _neuf_ un petit rassemblement afin

d'arrêter les badauds, et, les badauds arrêtés, de fouiller dans leurs

poches.

NONNEUR, s. m. Compère du _tireur_ (V. ce mot); variété de voleur.

_Manger sur ses nonneurs._ Dénoncer ses complices.

NORDISTE, s. et adj. Partisan du gouvernement fédéral américain, et, en

même temps, de l'abolition de l'esclavage et de la liberté humaine, sans

distinction de couleur d'épiderme.

Cette expression, qui date de la guerre de sécession aux Etats-Unis est

désormais dans la circulation générale.

NOS VOISINS. Les Anglais,--dans l'argot des journalistes et des

bourgeois.

NOS VOISINS VIENNENT. Se dit, dans l'argot des bourgeoises,--lorsque

leurs _menses_ font leur apparition.

NOTAIRE, s. m. Comptoir du marchand de vin,--dans l'argot des

faubouriens, qui y font beaucoup de transactions, honnêtes ou

malhonnêtes, et un certain nombre de mariages à la détrempe.

NOUNOU, s. f. Nourrice,--dans l'argot des enfants et des mamans.

NOURRICE, s. f. Femme que la nature a _avantagée_,--dans l'argot du

peuple.

NOURRIR LE POUPARD, v. a. Préparer un vol, le mijoter, pour ainsi dire,

avant de l'exécuter.

Quelques grammairiens du bagne prétendent qu'il faut dire: _Nourrir le

poupon_.

NOURRIR UN QUINE A LA LOTERIE. Se bercer de chimères, vivre d'illusions

folles. Argot des bourgeois.

NOURRISSEUR, s. m. Voleur qui indique une affaire, qui la prépare à ses

complices.

NOURRISSEUR, s. m. Restaurateur, cabaretier,--dans l'argot des bohèmes.

NOURRISSON DES MUSES, s. m. Poète,--dans l'argot des académiciens, qui

ont été allaités par des Naïades.

NOUSAILLES, pr. pers. Nous,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Nosigues_.

NOUVEAU, s. m. Elève récemment arrivé au collège,--dans l'argot des

collégiens; soldat récemment arrivé au régiment,--dans l'argot des

troupiers; ouvrier récemment embauché,--dans l'argot du peuple;

prisonnier récemment écroué,--dans l'argot des voleurs.

NOUVEAUTÉ, s. f. Livre qui vient de paraître,--dans l'argot des

libraires, qui souvent rééditent sous cette rubrique de vieux romans et

de vieilles histoires.

NOUVELLE A LA MAIN, s. f. Phrase plus ou moins spirituelle, où il doit

toujours y avoir un _mot_, et que le public blasé lit de préférence à

n'importe quel bon article,--parce que cela se retient facilement comme

les centons et peut se citer dans la conversation.

NOYAUX, s. m. pl. Pièces de monnaie,--dans l'argot des faubouriens.

L'expression est plus que centenaire, comme le prouvent ces deux vers de

Vadé:

«L'sacré violon qu'avait joué faux

Voulut me d'mander des noyaux.»

NUMÉRO (Être d'un bon). Être grotesque, ou ennuyeux,--dans l'argot des

artistes.

NUMÉRO CENT, s. m. Water-closet,--dans l'argot des bourgeois, qui ont la

plaisanterie odorante.

NUMÉROTE TES OS! C'est la phrase par laquelle les faubouriens commencent

une rixe. Ils ajoutent: _Je vais te démolir_!

NUMÉRO UN, adj. Très bien, très beau, très grand,--dans l'argot du

peuple.

NYMPHE, s. f. Fille de prostibulum,--dans l'argot des bourgeois.

NYMPHE DE GUINÉE, s. f. Négresse,--dans l'argot des faubouriens.

NYMPHE POTAGÈRE, s. f. Cuisinière.

O

OBÉLISQUAL, adj. Écrasant d'étonnement, «ruisselant d'inouïsme»,--dans

l'argot des romantiques, amis des superlatifs étranges.

OBJET, s. m. Maîtresse,--dans l'argot des ouvriers.

OCCASE, s. f. Apocope d'_Occasion_,--dans l'argot des faubouriens.

OCCASION, s. f. Chandelier,--dans l'argot des voleurs.

OCCASION (D'). De peu de valeur, d'un prix très réduit,--dans l'argot du

peuple qui dit cela à propos des choses.

OCRÉAS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des Saint-Cyriens, qui se

souviennent de leur Virgile et de leur Horace. _Ocreatus in nive dormis_,

a dit ce dernier, qui n'était pas fait pour dormir tout _botté_ sous la

neige, comme un soldat, car on sait qu'à la bataille de Philippes il prit

la fuite en jetant son bouclier aux orties.

OEIL, s. m. Crédit,--dans l'argot des bohèmes.

_Avoir l'œil quelque part._ Y trouver à boire et à manger sans bourse

délier.

_Faire_ ou _ouvrir un œil à quelqu'un_. Lui faire crédit.

_Crever un œil._ Se voir refuser la continuation d'un crédit.

_Fermer l'œil._ Cesser de donner à crédit.

Quoique M. Charles Nisard s'en aille chercher jusqu'au 1er siècle de

notre ère un mot grec «forgé par saint Paul» (chap. VII de l'Épître aux

Éphésiens, et chap. III de l'Épître aux Colossiens), j'oserai croire que

l'expression _A l'œil_--que ne rend pas du tout d'ailleurs l'[grec:

ophthalmodouleia] de l'Apôtre des Gentils--est tout à fait moderne. Elle

peut avoir des racines dans le passé, mais elle est née, sous sa forme

actuelle, il n'y a pas quarante ans. Les consommateurs ont commencé par

_faire de l'œil_ aux dames de comptoir, qui ont fini par leur _faire

l'œil_: une galanterie vaut bien un dîner, madame Grégoire le savait.

OEIL, s. m. Bon effet produit par une chose, bonne façon d'être d'une

robe, d'un tableau, d'un paysage, etc.

Dictionnaire de la langue verte · 第 64 / 143 题