MÈCHE, s. f. Intrigue, secret.
_Découvrir la mèche._ Tenir les fils d'une intrigue, connaître à temps un
dessein fâcheux.
MÈCHE, s. m. Travail, ouvrage à faire,--dans l'argot des typographes.
_Chercher mèche._ Chercher de l'ouvrage.
MÈCHE, s. f. Moitié, demi,--dans l'argot des voleurs.
_Être de mèche._ Partager un butin avec celui qui l'a fait.
Signifie aussi Demi-heure. D'où, sans doute, l'expression des
faubouriens: _Et mèche_.
MÉCHI, s. m. Malheur,--dans le même argot.
C'est assurément le _meschief_ de notre vieille langue.
MÉCHILLON, s. m. Quart d'heure.
MÉDAILLE, s. f. Pièce de cinq francs en argent,--dans l'argot des
artistes et des faubouriens.
Le mot sort de la _Vie de Bohême_, d'Henry Murger.
_Médaille d'or._ Pièce de vingt francs.
MÉDAILLE DE SAINT HUBERT, s. f. Pièce de cinq francs,--dans l'argot des
marbriers de cimetière, qui savent que ces médailles-là préservent de _la
rage de dents_.
MÉDAILLE EN CHOCOLAT, s. f. Médaille de Sainte-Hélène,--dans l'argot des
faubouriens, par allusion à sa couleur de bronze noir.
On a dit aussi _Médaille de commissionnaire_ et _Contre-marque du
Père-Lachaise_.
MÉDAILLON, s. m. La partie du corps où Paul de Kock fait se fendre la
culotte de ses héros, ou sur laquelle il les fait volontiers tomber.
C'est un mot de l'argot des voleurs, qui donnent ainsi un pendant au
_portrait_ de l'argot des faubouriens.
_Médaillon de flac._ Impasse, _cul-de-sac_.
MÉDECIN, s. m. Avocat,--dans l'argot des voleurs, qui ont besoin d être
guéris de l'accusation, souvent mortelle, qui pèse sur eux.
MÉDECINE, s. f. Plaidoirie.
MÉDECINE, s. f. Conseil.
_Médecine flambante._ Bon conseil, avis salutaire.
MÉDECINE, s. f. Personne ennuyeuse, obsédante, dont on avale à
contre-cœur les discours. Argot du peuple.
MÉDIANIMIQUE, adj. Qui appartient au médium.
_Facultés médianimiques._ Celles que possèdent les médiums et qui leur
permettent d'entrer en communication avec les Esprits,--à ce qu'ils
disent.
L'expression a été forgée par Delaage.
MÉDIUM, s. m. Individu qui évoque les Esprits,--les _lémures_, auxquelles
les modernes croient avec la même foi aveugle que les anciens.
Le mot est nouveau, si la chose est vieille. Argot des spirites.
MEG, s. m. Maître, roi,--dans l'argot des voleurs, qui, quoique
_affranchis_, sont volontiers les esclaves de quiconque est plus fort,
plus rusé, plus coquin qu'eux.
_Meg des megs._ Dieu.
_Meg de la rousse._ Le préfet de police.
Les Bescherelles de la haute pègre prétendent qu'il faut écrire et
prononcer _mec_ et non _meg_.
MÊLÉ, s. m. Mélange d'eau-de-vie et de cassis, ou d'anisette et
d'absinthe,--dans l'argot des faubouriens.
MELET, TE, adj. Petit, petite,--dans l'argot des voleurs.
MÉLI-MÉLO, s. m. Confusion, mélange chaotique,--dans l'argot du peuple,
qui emploie cette expression au propre et au figuré.
MELON, s. et adj. Imbécile, nigaud.
Cette injure,--quoique le melon soit une chose exquise,--a trois mille
ans de bouteille, et son parfum est le même aujourd'hui que du temps
d'Homère: «Thersite se moquant des Grecs, dit Francisque Michel, les
appelle [grec: pepones].»
Il y a longtemps, en effet, que l'homme, «ce Dieu tombé», ne se souvient
plus des cieux, puisqu'il y a longtemps que la moitié de l'humanité
méprise et conspue l'autre moitié.
MELON, s. m. Elève de première année,--dans l'argot des Saint-Cyriens.
MEMBRE DE LA CARAVANE, s. m. Fille ou femme de mœurs douteuses,--dans
l'argot du peuple, qui emploie une périphrase pour dire _camelus_.
MENÉE, s. f. Douzaine,--dans l'argot des voleurs.
MENER LARGE (N'en pas). Avoir peur, se faire humble et petit,--dans
l'argot des faubouriens.
MENER LES POULES PISSER. Se dit,--dans l'argot du peuple, d'un homme qui
s'amuse aux menus soins du ménage et porte le jupon au lieu de porter la
culotte.
L'expression date du XVIIe siècle. Dans un ballet de la cour de Gaston,
duc d'Orléans, on voit _Jocrisse_ qui mène les poules pisser. Jocrisse
est là le type du genre.
MENER PAR LE BOUT DU NEZ, v. a. Faire ce qu'on veut d'une femme, quand on
est homme, d'un homme quand on est femme.
_Se laisser mener par le bout du nez._ Être d'une faiblesse extrême,
faire la volonté des autres et non la sienne propre.
MENER PISSER, v. a. Forcer un homme à se battre en duel. Argot des
troupiers.
_On ne le mène pas pisser!_ Une phrase de l'argot du peuple, qui
l'emploie pour indiquer le caractère d'un homme qui ne fait que ce qu'il
veut, et non ce que les autres veulent.
Elle se trouve dans Restif de La Bretonne.
MENESSES, s. f. pl. Filles de maison,--dans l'argot des soldats.
MENESTRE, s. f. Soupe, potage,--dans l'argot des voleurs et des honnêtes
gens.
«Mon docteur de menestre en sa mine altérée,
Avoit deux fois autant de mains que Briarée,»
dit Mathurin Régnier, en sa satire du _Souper ridicule_.
«L'ingrat époux lui fit tater
D'une menestre empoisonnée,»
dit Scarron, en sa satire contre Baron.
MENGIN, s. m. Charlatan politique et littéraire.
Encore un nom d'homme devenu un type applicable à beaucoup d'hommes.
MENOTTES, s. f. pl. Mains,--dans l'argot des enfants, des mères et des
amoureux.
On disait _mainettes_ au temps jadis, comme le prouvent ces vers de
Coquillart:
«Tousjours un tas de petits ris,
Un tas de petites sornettes.
Tant de petits charivaris,
Tant de petites façonnettes,
Petits gants, petites mainettes.
Petite bouche à barbeter...»
MENTEUSE, s. f. La langue,--dans l'argot des voleurs, dont M. de
Talleyrand s'est fait le plagiaire prolixe en disant: La parole a été
donnée à l'homme pour déguiser sa pensée.»
Les voleurs anglais ont la même expression; ils appellent la langue
_prating cheat_ (la trompeuse qui bavarde, ou la bavarde qui ment).
MENTON DE GALOCHE, s. m. Long, pointu et recourbé comme celui de
Polichinelle. Argot du peuple.
MENUISIÈRE, s. f. Redingote longue, très longue, trop longue, comme les
affectionnent les ouvriers, pour prouver qu'ils ne ménagent pas plus le
drap que les bourgeois. Argot des rapins.
MÉQUARD, s. m. Commandant, _mec_, dans l'argot des voleurs.
MÉQUER, v. a. Commander.
MER, s. f. Le fond du théâtre, quel que soit le décor. Argot des
coulisses.
_Aller voir la mer._ Remonter la scène jusqu'au dernier plan.
MER A BOIRE (C'est la). Se dit--dans l'argot du peuple--de toute chose
ennuyeuse ou difficile à faire; et,--dans l'argot des bourgeois--de toute
affaire qui traîne en longueur et ne peut aboutir.
_Ce n'est pas la mer à boire._ Se dit, au contraire, de toute chose
facile à faire, de toute entreprise qu'on peut aisément mener à bonne
fin.
MERCADET, s. m. Nom d'un personnage de Balzac qui est devenu celui de
tous les brasseurs d'affaires véreuses, de tous les pêcheurs de goujons
en eau trouble.
MERCANDIER, s. m. Boucher qui ne _trafique_ que sur les viandes de
qualité inférieure.
MERCENAIRE DE L'IMMOBILITÉ, s. m. Modèle,--dans l'argot des rapins.
MERDAILLON, s. m. Homme sans conséquence, méprisable, poltron. Argot du
peuple.
On dit aussi _Merdeux_.
MERDAILLE, s. f. Troupe importune de petits enfants.
MERDE! Exclamation énergique dont Cambronne ne s'est servi qu'une fois,
le 18 juin 1815, et dont le peuple se sert tous les jours,--dix fois
plutôt qu'une.
_Ah! merde alors!_ Exclamation qui n'échappe que dans les situations
critiques, fatales, comme, par exemple, lorsqu'on perd au jeu, lorsqu'on
casse sa pipe, etc.
MERDE, s. f. Homme sans consistance, sur lequel il n'y a pas moyen de
compter dans les circonstances graves.
MERDEUX (Bâton), s. m. Homme d'un caractère inégal, fantasque, ombrageux,
désagréable, qu'on ne sait par quel bout prendre pour lui parler et le
faire agir.
MÈRE-ABBESSE, s. f. Grosse femme qui tient un pensionnat de
demoiselles--indignes d'orner leur corsage du bouquet de fleurs d'oranger
traditionnel.
L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.
MÈRE AU BLEU, s. f. La guillotine,--dans l'argot des voleurs, qui veulent
faire croire aux autres que c'est le chemin du _ciel_, sans le croire
eux-mêmes.
MÈRE D'OCCASION, s. f. Chaperon que se choisit une actrice jeune qui
veut se faire respecter--des gens pauvres. C'est ordinairement une
vieille drôlesse chevronnée par le vice.
«Dont le menton fleurit et dont le nez trognonne,»
et dont la principale fonction consiste à conclure les marchés avec les
nobles étrangers attirés autour de sa fille--adoptive--comme les
papillons autour d'une lampe.
MÉRINOS, s. m. Personne qui a l'_haleine forte_,--dans l'argot des
faubouriens, qui se plaisent aux calembours.
MERLAN, s. m. Coiffeur,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette
expression depuis l'invention de la poudre à poudrer, parce qu'alors les
perruquiers étaient toujours enfarinés comme prêts à mettre en la poêle à
frire. Le _Journal de Barbier_ en fait mention, ce qui lui donne plus
d'un siècle de circulation.
MÉRUCHE, s. f. Poêle,--dans l'argot des voleurs.
_Méruchée._ Poêlée.
_Méruchon._ Poêlon.
MESS, s. m. Table où mangent en commun les officiers d'un même régiment.
Encore un mot d'importation anglaise, à ce qu'il paraît: _The Mess_, dit
le Dictionnaire de Spiers; _to mess_, ajoute-t-il. C'est plutôt un mot
que nous reprenons à nos voisins, qui pour le forger ont dû se servir,
soit de notre Mense (_mensa_), qui a la même signification, soit de notre
Messe (_missa_), où le prêtre sacrifie sous les espèces du pain et du
vin.
MESSE DU DIABLE, s. f. Interrogatoire,--dans l'argot des voleurs, qui
sont volontiers athées.
MESSIÈRE, s. m. et f. Victime,--dans le même argot.
_Messière franc._ Bourgeois.
_Messière de la haute._ Homme comme il faut.
Ne serait-ce pas le _Messire_ du vieux temps?
MESSIRE LUC, s. m. Anagramme facile à deviner,--dans l'argot des érudits
amis de la scatologie.
MÉTAL, s. m. Argent,--dans l'argot du peuple, qui, sans s'en douter, se
sert de la même expression qu'Horace: _Metallis potior libertas_ (La
liberté vaut tout l'or du monde).
MÉTAUX, s. m. pl. L'argent; or, argent ou cuivre,--dans l'argot des
francs-maçons.
MÉTHODE CHEVÉ, s. f. Manière de jouer au billard contraire à l'usage: y
jouer avec une cuiller, avec les doigts, avec deux queues, etc. Argot des
bohèmes.
S'applique aussi au Bilboquet, quand on le prend par la boule et qu'on
veut faire entrer le manche dedans.
MÉTIER, s. m. Habileté d'exécution, adresse de main,--dans l'argot des
artistes.
_Avoir un métier d'enfer._ Être d'une grande habileté.
METTRE A L'OMBRE, v. a. Mettre en prison,--dans l'argot du peuple.
Tuer,--dans l'argot des voleurs.
METTRE A MÊME. Tromper,--dans l'argot des faubouriens.
«Voyez quel emblême!
Sa nièc' d'Angoulème
Nous met tous à même!»
dit une chanson de 1832.
METTRE A PIED, v. a. Suspendre un employé de ses fonctions pendant plus
ou moins de temps. Argot des bourgeois.
METTRE A QUELQU'UN (Le), v. a. Le tromper; lui conter des bourdes qu'il
accepte pour des vérités,--dans l'argot des faubouriens.
METTRE A TABLE (Se). Être disposé à dénoncer ses complices; être sur le
point de faire des révélations,--dans l'argot des voleurs qui veulent
_manger le morceau_.
METTRE A TOUTES LES SAUCES (Se), v. réfl. Faire tous les métiers pour
gagner sa vie,--dans l'argot du peuple.
METTRE AVEC QUELQU'UN (Se), v. réfl. Vivre maritalement,--dans l'argot
des ouvriers et des grisettes.
METTRE BIEN (Se), v. réfl. Ne rien se refuser,--dans l'argot du peuple,
qui dit cela à propos de tout, excepté à propos de vêtements. Ainsi, en
voyant quelqu'un boire beaucoup, il lui dira: «Tu te mets bien, toi!»
METTRE DANS DE BEAUX DRAPS, v. a. Engager quelqu'un dans une affaire
scabreuse, dans un mauvais pas, dans un danger quelconque.
On dit aussi: _Être dans de beaux draps_.
METTRE DANS LA POMMADE, v. a. Gagner quelqu'un au jeu. Argot des
faubouriens.
Signifie aussi Tromper, jouer un tour.
METTRE DANS LE MILLE, v. a. Réussir dans une entreprise.
Se dit aussi pour: Donner un coup de pied au derrière de quelqu'un.
METTRE DANS SON SAC. Recevoir des injures ou des coups sans y répondre;
encaisser des soufflets ou des sottises sans en donner reçu.
METTRE DEDANS, v. a. Mettre en prison.
Signifie aussi Tromper.
METTRE DE L'EAU DANS SON VIN, v. a. S'humilier après avoir été arrogant;
reconnaître ses torts.
METTRE DU BEURRE DANS SES ÉPINARDS, v. a. Introduire un peu de gaieté
dans sa vie; avoir des chances heureuses.
METTRE EN BRINGUE, v. n. Mettre en morceaux, briser.
METTRE EN PATE, v. a. Renverser un ou plusieurs _paquets_ en les
transportant ou en imposant,--dans l'argot des typographes.
On dit aussi _Tomber en pâte_.
METTRE EN QUATRE (Se), v. réfl. Montrer du zèle pour quelqu'un ou pour
quelque chose,--dans l'argot des bourgeois.
METTRE EN RANG D'OGNONS (Se). Se placer les uns derrière les
autres,--dans l'argot du peuple.
On disait autrefois d'un homme, qu'il se mettait en rang d'ognons quand
il se plaçait dans celui où il y avait des gens de plus grande condition
que lui.
METTRE LA MAIN A LA PATE. Aider à un vol et participer à ses bénéfices.
METTRE LA PUCE A L'OREILLE, v. a. Inquiéter quelqu'un par une fausse
nouvelle.
C'est l'_alicui curam et angorem animi creare_ des Latins.
METTRE LA TABLE POUR LES ASTICOTS. Mourir,--dans l'argot des voyous.
METTRE LA TÊTE A LA FENÊTRE, v. a. Être guillotiné,--dans l'argot des
voleurs.
METTRE LE CHIEN AU CRAN DU REPOS. Dormir,--dans l'argot des soldats.
METTRE LE MOINE, v. a. Passer un nœud coulant au pouce du pied d'un
soldat pendant son sommeil, et tirer de temps en temps la corde par
petites secousses: les contorsions douloureuses qu'il fait, sans se
réveiller, sont _très drôles_, au dire des troupiers farceurs.
Au XVIe siècle on disait _Bailler le moine_.
METTRE LES PETITS PLATS DANS LES GRANDS, v. a. Se mettre en frais pour
bien recevoir ses invités,--dans l'argot des bourgeois.
METTRE LES PIEDS DANS LE PLAT. Ne conserver aucun ménagement, ne prendre
aucune précaution, ni garder aucune mesure en parlant ou en agissant.
Argot du peuple.
METTRE SOUS PRESSE, v. a. Mettre en gage.
METTRE SUR LES DENTS, Épuiser, fatiguer, éreinter quelqu'un.
METTRE SUR LES FONTS DU BAPTÊME (Se). Se mettre dans une position
difficile, embarrassante, compromettante. Argot des voleurs.
METTRE TOUS SES OEUFS DANS LE MÊME PANIER. Confier toute sa fortune à un
seul banquier; aventurer tout ce qu'on a dans une entreprise. Argot des
bourgeois.
MEUBLANT, s. m. Entreteneur, galant homme qui met une femme galante dans
ses meubles.
L'expression est toute récente.
MEULARD, s. m. Veau,--dans l'argot des voleurs.
MEULES DE MOULIN, s. f. plur. Les dents, principalement les _molaires_,
qui broient le pain,--dans l'argot du peuple, qui emploie sans s'en
douter une expression tout à fait biblique.
Les ouvriers anglais disent _grinders_ (les broyeuses).
MEUNIER, s. m. Recéleur de plomb volé.
MEURT-DE-FAIM, s. m. Misérable, pauvre diable,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Meurt-la-faim_ et _Crève-la-faim_.
MEURT-DE-FAIM, s. m. Petit pain d'un sou,--dans l'argot des faubouriens.
MÉZIGO, pron. pers. Moi,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Mézigue_, _Mézère_, et _Ma fiole_.
MIB ou MIBRE, s. m. Tour de force quelconque, chose où l'on
excelle,--dans l'argot des gamins.
_C'est mon mib!_ C'est mon triomphe!
Signifie aussi Défi. _C'est ton mib_, c'est-à-dire: Tu ne feras jamais
cela.
MICHE, s. f. Dentelle,--dans l'argot des voleurs.
MICHÉ, s. f. Gros morceau de pain,--dans l'argot du peuple.
Se dit aussi pour Pain entier.
«Et moins encor il fait du bien
Aux pauvres gens, tant il est chiche;
Si il a mangé de leur miche.»
(_Les Touches du seigneur des Accords._)
MICHE, s. m. Homme quelconque, jeune ou vieux, laid ou beau, disposé à
acheter ce qui ne devrait jamais se vendre,--dans l'argot des filles, qui
emploient depuis longtemps cette expression, contemporaine de _michon_
(argent) et de _miche_ (pain).
«On appelle miché...
Quiconque va de nuit et se glisse en cachette
Chez des filles d'amour, Barbe, Rose ou Fanchette,»
dit un poème de Médard de Saint-Just (1764).
_Miché de carton._ Amant de passage, qui n'offre que des gants de
filoselle.
_Miché sérieux._ Protecteur, ou amant généreux qui offre une boîte
entière de gants.
MICHÉ, s. m. Client,--dans l'argot des photographes; homme ou femme qui
achète, qui _paie_,--dans plusieurs autres argots.
MICHETON, s. m. Petit miché, homme à qui les marchandes d'amour font un
rabais.
MIC-MAC, s. m. Fourberie, tromperie cachée, intrigue,--dans l'argot du
peuple.
MIDI! Exclamation du même argot, employée pour signifier: Trop tard!
_Il est midi!_ C'est-à-dire je ne crois pas un mot de ce que vous dites;
«Je ne coupe pas dans ce pont-là!»
MIE DE PAIN, s. f. Pou,--dans l'argot des voleurs, qui savent combien une
miette de pain égarée sous la chemise cause de démangeaisons à la peau.
MIE DE PAIN, s. f. Chose de peu de valeur,--dans l'argot des typographes.
Ils disent cela à propos des gens qui ne leur conviennent pas.
MIEL! Interjection de l'argot des bourgeois, amis de l'euphémisme.
MIEL (C'est un). Phrase de l'argot des faubouriens, qui disent cela à
propos de tout, et surtout mal à propos. Une chose leur paraît bonne ou
belle: _C'est un miel_. Ils entrent dans un endroit qui pue: _C'est un
miel_. On se bat devant eux à coups de poing ou de couteau, et le sang
coule: _C'est un miel_, etc., etc.
MIETTE (Une). Un peu,--dans l'argot du peuple.
MIJAURÉE, s. f. Femme dédaigneuse et plus bégueule qu'il convient,--dans
l'argot des bourgeois.
_Faire la mijaurée._ Faire des manières et des façons pour accepter une
chose.
On dit aussi _Minaudière_.
MIJOTER, v. a. Entreprendre à la sourdine; préparer lentement,--dans
l'argot du peuple, qui emploie ce verbe au figuré.
MIKEL, s. m. Dupe,--dans l'argot des saltimbanques.
MILLE-LANGUES, s. m. Personne bavarde, indiscrète,--dans l'argot du
peuple.
MILLERIE, s. f. Loterie,--dans l'argot des voleurs.
MILLIASSES, s. f. pl. Fort grand nombre. Argot du peuple.
MILORD, s. m. Homme riche, en apparence du moins,--dans l'argot du
peuple, qui emploie cette expression depuis l'occupation de Paris par les
Anglais.
MILORD, s. m. Entreteneur,--dans l'argot des petites dames.
Leurs mères, plus prosaïques et moins vaniteuses, disaient _Milord
pot-au-feu_, comme en témoigne ce couplet de Désaugiers:
«Lorsque nous aimons,
Nous finançons
Afin de plaire.
D'où vient qu'en tout lieu
On dit: «Un milord pot-au-feu.»
MILORD, s. m. Cabriolet à quatre roues,--dans l'argot des cochers.
MIMI, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des artistes et des bohèmes, qui ont
emprunté cette expression à Henry Murger, qui l'avait empruntée à Alfred
de Musset.
MINABLE, adj. et s. Pauvre, misérable; mesquin; de mauvaise _mine_,--dans
l'argot du peuple.
MINCE, s. m. De peu de valeur, morale ou physique,--dans l'argot des
faubouriens, qui disent cela à propos des gens et des choses. _Mince
alors!_
MINCE, s. m. Papier à lettres,--dans l'argot des voleurs.
MINCES, s. m. pl. Billets de banque,--dans l'argot des faubouriens, qui,
originairement, ont donné ce nom aux assignats.
MINET, s. m. Chat,--dans l'argot des enfants.
Ils disent aussi _Minon_.
MINOIS, s. m. Nez,--dans l'argot des voleurs.
MINOTAURISER, v. a. Tromper un homme avec sa femme, comme Pâris avec la
femme de Ménélas. Argot des gens de lettres.
L'expression sort de la _Physiologie du mariage_ d'H. de Balzac.
MINUIT, s. m. Nègre,--dans l'argot des voleurs.
MIOCHE, s. m. Enfant,--dans l'argot du peuple, pour qui un nouveau-né est
une _miette_ d'homme, et dont le corps pétri de lait, presque sans os et
sans muscles, ressemble à de la _mie_ de pain.
MIRADOU, s. m. Miroir,--dans l'argot des voleurs.
MIRECOURT, s. m. Nom d'homme qui est devenu celui de tous les
pamphlétaires de plus de passion que de talent.
Théodore de Banville est le premier qui, en littérature, ait fait de ce
nom propre un substantif courant. Il restera, il doit rester.
MIRE-LAID, s. m. Miroir,--dans l'argot du peuple.
MIRETTES, s. f. pl. Yeux,--dans l'argot des voyous.