MARIAGE À LA DÉTREMPE, s. m. Union morganatique,--dans l'argot des
ouvriers.
«Nos bons amis nos ennemis» ont une expression de la même famille: _Wife
in water colours_ (femme à l'aquarelle, en détrempe), disent-ils à propos
d'une concubine.
MARIANNE, s. f. La République,--dans l'argot des démocrates avancés.
_Avoir la Marianne dans l'œil._
Clignoter des yeux sous l'influence de l'ivresse.
MARIE-BON-BEC, s. f. Femme bavarde, «un peu trop forte en gueule»,--dans
l'argot du peuple.
MARIE-COUCHE-TOI-LÀ, s. f. Femme _facile_,--trop facile.
MARIER JUSTINE. Précipiter un dénouement, arriver vite au but,--dans
l'argot des coulisses.
Cette expression date de la première représentation d'un vaudeville des
Variétés, _Thibaut et Justine_, joué sous la direction de Brunet. La
pièce gaie en commençant, avait, vers la fin, des longueurs. Le public
s'impatiente, il est sur le point de siffler. L'auteur ne mariait Justine
qu'à la dernière scène, encore bien éloignée. «Il faut marier Justine
tout de suite», s'écria le régisseur, pour sauver la pièce. Et l'on cria
des coulisses aux acteurs en scène: «Mariez Justine tout de suite!» Et
l'on maria Justine, et la pièce fut sauvée,--et l'argot théâtral
s'enrichit d'une expression.
MARIE-SALOPE, s. f. Femme de mauvaise vie.
MARIE-SALOPE, s. f. Bateau dragueur,--dans l'argot des mariniers de la
Seine.
MARI MALHEUREUX, s. m. «Le dernier de Paul de Kock»,--dans l'argot
pudibond des bourgeois.
MARIN D'EAU DOUCE, s. m. Canotier de la Seine,--dans l'argot du peuple.
MARIOLLE, s. m. Homme adroit, rusé, plus habile que délicat, et même un
peu voleur,--dans l'argot des souteneurs.
J'ai entendu cette phrase: «Tant qu'il y aura des pantes, les mariolles
boulotteront.»
MARIOLLE, s. et adj. Malin, ingénieux, rusé,--dans l'argot des
faubouriens.
MARIONNETTE, s. f. Soldat,--dans l'argot des voleurs.
MARIONNETTES, s. f. pl. Partisans, mâles ou femelles, d'une bastringueuse
du nom de _Maria_, qui florissait en l'an de grâce 1839 à la
Grande-Chaumière et à la Chartreuse, et à qui une autre joueuse de flûte
du nom de _Clara_ disputait le sceptre du cancan et le prix de chahutage.
Les partisans de cette dernière s'appelaient _Clarinettes_.
MARLOU, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des faubouriens.
Pourquoi, à propos de ce mot tout moderne, Francisque Michel a-t-il
éprouvé le besoin de recourir au Glossaire de Du Cange et de calomnier le
respectable corps des _marguilliers_? Puisqu'il lui fallait absolument
une étymologie, que ne l'a-t-il demandée plutôt à un Dictionnaire
anglais! _Mar_ (gâter) _love_ (amour); les souteneurs, en effet,
souillent le sentiment le plus divin en battant monnaie avec lui. Cette
étymologie n'est peut-être pas très bonne, mais elle est au moins aussi
vraisemblable que celle de Francisque Michel. Il y a aussi le vieux
français _marcou_.
MARLOU, s. et adj. Malin, rusé, expert aux choses de la vie.
MARLOUSERIE, s. f. Profession de Marlou.
Se dit aussi pour Habileté.
MARLOUSIER, s. m. Apprenti marlou.
MARMAILLE, s. f. Troupe, nichée d'enfants,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Marmaillerie_.
MARMITE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des souteneurs, qui n'éprouvent
aucune répugnance à se faire nourrir par les filles.
_Marmite de cuivre._ Femme qui gagne--et rapporte beaucoup.
_Marmite de fer._ Femme qui rapporte un peu moins.
_Marmite de terre._ Femme qui ne rapporte pas assez, car elle ne rapporte
rien.
MARMITEUX, s. et adj. Piteux, ennuyé, malade,--dans l'argot du peuple.
MARMITON DE M. DOMANGE, s. m. Vidangeur,--dans l'argot des faubouriens,
qui ne se doutent guère qu'ils ne font que répéter une expression du
XVIe siècle: «Marmiton de la gadouarde», lit-on dans les _Après-disnées
du seigneur de Cholières_.
Cela ne vaut pas, comme délicatesse ironique, le _goldfinder_ des
Anglais.
MARMONNER, v. a. Parler entre les dents d'un air fâché; murmurer,
gronder,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Marmotter_.
MARMOT, s. m. Enfant, et, par extension, Homme chétif.
_Croquer le marmot._ Attendre en vain.
MARMOTTE, s. f. Boîte ou carton d'échantillons,--dans l'argot des
commis-voyageurs.
MARMOTTE, s. f. Madras que les femmes du peuple se mettent sur la tête
pour dormir.
MARMOTTIER, s. m. Savoyard,--dans l'argot des faubouriens.
MARMOUSE, s. f. Barbe,--dans l'argot des voleurs.
MARMOUSER, v. n. Bruire, comme l'eau qui bout,--dans l'argot du peuple.
MARMOUSET, s. m. Gamin, homme de mine chétive.
MARMOUSET, s. m. Pot-au-feu,--dans l'argot des voleurs, par allusion au
_marmousement_ du bouillon.
_Le marmouset riffode._ Le pot bout.
MARNER, v. a. Voler,--dans l'argot des revendeuses du Temple.
MARNER, v. n. Travailler avec ardeur,--dans l'argot des faubouriens.
MAROTTE, s. f. Caprice, entêtement, manie,--dans l'argot des bourgeois.
MAROTTIER, s. m. Bimbelottier, camelotteur,--dans l'argot des voleurs.
MARQUANT, s. m. Maître, chef,--dans le même argot.
MARQUE, s. f. Femme,--dans le même argot.
_Marque de cé._ Femme légitime d'un voleur.
_Marque franche._ Concubine.
MARQUÉ, s. m. Mois,--dans le même argot.
_Quart de marqué._ Semaine.
MARQUÉ (Être). S'être battu et avoir l'œil poché. Argot des faubouriens.
MARQUÉ A LA FESSE, adj. et s. Homme méticuleux, maniaque, ennuyeux,--dans
l'argot des typographes.
MARQUÉ AU B, adj. Borgne ou bossu, ou bigle, ou boiteux, ou bavard,--dans
l'argot du peuple.
MARQUER (Ne plus), v. n. Vieillir,--dans l'argot des faubouriens.
MARQUER AVEC UNE FOURCHETTE, v. a. Exagérer le compte d'un débiteur, en
marquant 4 quand il a dépensé 1,--ainsi qu'il arrive à beaucoup de
cafetiers, de restaurateurs, de tailleurs, pour se rattraper sur une
bonne paye, distraite, des pertes qu'ils ont subies avec une mauvaise,
plus distraite encore.
MARQUER LE COUP, v. a. Trinquer,--dans l'argot des ouvriers.
MARQUER LE COUP, v. a. Toucher légèrement son adversaire,--dans l'argot
des professeurs d'escrime, boxe, etc.
MARQUER SON LINGE, v. a. Embrener sa chemise ou sa culotte. Argot du
peuple.
MARQUIS D'ARGENTCOURT, s. m. Homme qui rendrait des points à Job, mais ne
pourrait lui rendre que cela,--n'ayant absolument rien autre.
On dit aussi _Marquis de la bourse plate_.
MARQUISE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des faubouriens.
MARQUISE, s. f. Le saladier de vin blanc sucré des bourgeois,--comme le
saladier de vin blanc est la marquise des ouvriers.
MARRAINE, s. f. Témoin femelle, dans l'argot des voleurs.
MARRON, s. m. Rapport, procès-verbal des chefs de ronde,--dans l'argot
des soldats.
MARRON, s. m. Livre imprimé clandestinement,--dans l'argot des
typographes.
MARRON (Être). Être la victime de quelque chose, être la dupe de
quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens.
_Être servi_ ou _paumé marron_. Être pris sur le fait encore nanti des
objets soustraits,--dans l'argot des voleurs.
Je ne crois pas qu'il faille, à propos de cette expression, remonter à
Régnier, à La Fontaine et à Molière, et citer la fable de _Bertrand et
Raton_, comme l'a fait Francisque Michel avec une vraisemblance plus
apparente que réelle. Au premier abord, on songe à ces marrons que le
singe fait tirer du feu par le chat, mais en y réfléchissant, on ne tarde
pas à comprendre qu'il faut chercher ailleurs l'origine de cette
expression. Le verbe _marronner_, que Francisque Michel ne cite pas,
quoiqu'il soit fréquemment et depuis longtemps employé par le peuple, ce
verbe est-il antérieur ou postérieur à celui qui nous occupe en ce
moment? Voilà ce qu'il aurait fallu rechercher et dire, car s'il est
antérieur, comme tout le fait supposer, nul doute qu'il ait donné
naissance à _Être marron_. En outre, voilà longtemps, me semble-t-il,
qu'on appelle _nègre marron_ un nègre fugitif,--qu'on _reprend_ toujours.
Que le lecteur daigne conclure.
MARRONNER, v. a. Maugréer, être de mauvaise humeur,--dans l'argot du
peuple.
_Faire marronner quelqu'un._ Le faire attendre en murmurant et plus que
la politesse et la raison ne le permettent.
Signifie aussi Faire enrager, taquiner.
MARRONNER UNE AFFAIRE, v. a. Manquer un vol par maladresse,--dans l'argot
des voleurs.
MARRON SCULPTÉ, s. m. Tête grotesque, personnage ridicule,--dans l'argot
du peuple, qui a fait allusion à ces fantaisies découpées dans les
marrons d'Inde, à la mode il y a une vingtaine d'années.
On dit aussi _Pomme de canne_.
MARSEILLAISE, s. f. Pipe courte, dont le fourneau est à angle droit avec
le tuyau.
MARSOUIN, s. m. Homme laid et mal fait; marin.
MARTYR, s. m. Le caporal,--dans l'argot des soldats, qui ont constaté que
ce simple gradé se donnait plus de mal que les autres gradés ses
supérieurs et pour une paye moins haute.
MASQUE, s. f. Fille ou femme un peu coquine,--dans l'argot du peuple, qui
ne dit pas cela en trop mauvaise part.
MASQUE, s. m. Vilaine figure, homme fort laid.
MASSACRE, s. m. Ouvrier qui travaille mal, qui gâte l'ouvrage,--dans
l'argot des bourgeois.
Signifie aussi Gaspillage de choses ou d'argent.
MASSE, s. f. Grande quantité de gens ou de choses,--dans l'argot du
peuple.
_En masse._ En grand nombre, en grande quantité.
MASSÉ, s. m. Coup de queue donné perpendiculairement à une bille,--dans
l'argot des joueurs de billard.
MASSER, v. n. Travailler,--dans l'argot des ouvriers.
MASSER, v. a. et n. Payer, donner l'argent de sa masse. Argot des
faubouriens.
MASSEUR, s. et adj. Homme laborieux.
MASTIC, s. m. Homme,--dans l'argot des canotiers.
MASTIC, s. m. Sens interverti, lignes ou mots déplacés dans le trajet de
la galée au marbre, et occasionnant par cela même une confusion où
souvent l'auteur a grand'peine à se reconnaître. Argot des typographes.
MASTIC, s. m. Homme,--dans l'argot des voleurs.
MASTIC, s. m. Le pain ou la viande,--dans l'argot des francs-maçons.
MASTIQUER, v. n. Manger,--dans l'argot du peuple en général, et en
particulier des francs-maçons, qui se livrent à la _mastication_ comme de
simples profanes.
MASTOC, s. et adj. Homme gras, gros, épais, lourd,--dans l'argot du
peuple.
MASTROQUET, s. m. Marchand de vin,--dans l'argot des faubouriens.
Ne serait-ce pas une corruption de _mastoquet_, homme _mastoc_, le
marchand de vin étant ordinairement d'une forte corpulence?
MATADOR, s. m. Homme riche, de fait ou d'apparence,--dans l'argot du
peuple.
_Faire le matador._ Faire des _embarras_.
MATAGOT, s. m. Homme bizarre, original, amusant par son esprit ou par sa
laideur de _singe_.
MATASSIN, s. m. Personnage ridicule, en parole ou en action,--dans
l'argot des gens de lettres, qui se souviennent de leur Molière.
MATELASSER (Se), v. réfl. Garnir le corsage de sa robe d'assez de coton
pour tromper les yeux--des myopes.
MATELOT, s. m. Copain,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans
l'infanterie de marine.
MATÉRIAUX, s. m. pl. Les aliments en général,--dans l'argot des
francs-maçons, pour qui manger c'est travailler.
Ils disent aussi _Parfums_.
MATHURINS, s. m. pl. Dés à jouer,--dans l'argot des voleurs.
_Mathurins plats._ Dominos.
MATIGNON, s. m. Messager,--dans le même argot.
MÂTIN, s. m. Homme rusé, expert en toutes sortes de choses,--dans l'argot
du peuple.
_Mâtine_, s. f. Gaillarde qui n'a pas peur des hommes.
MÂTIN! Exclamation qui sert à marquer l'admiration la plus violente ou la
douleur la plus vive.
On dit aussi _Sacré mâtin_.
MATOIS, s. m. Homme rusé, et même un peu fourbe.
On dit aussi _fin matois_, malgré le pléonasme.
MATOISE, s. f. Intrigante,--ou seulement Femme habile à vendre sa
marchandise.
On dit aussi _Fine matoise_.
MATOU, s. m. Homme aimant les femmes.
_Bon matou._ Libertin.
MATRAQUE, s. m. Bâton, canne,--dans l'argot des faubouriens qui ont servi
dans l'armée d'Afrique.
Ils ont entendu des Arabes, s'essayant au français, dire: _ma traque_
pour _ma trique_, et ils ont pris cela pour du sabir.
MAUVAIS COUCHEUR, s. m. Homme difficile à vivre.
MAUVAISE TROUPE, s. f. Garnement, vagabond, fainéant,--dans l'argot du
peuple.
Quelquefois la même expression est employée dans un sens amical, comme,
par exemple, pour convier quelqu'un au départ: _Allons, en route,
mauvaise troupe!_ lui dit-on.
MAUVIETTE, s. et adj. Enfant, et même grande personne d'un tempérament
délicat, d'une apparence chétive.
MAUVIETTE, s. f. Décoration à la boutonnière,--dans l'argot des
faubouriens.
Ils disent aussi _Trompe-l'œil_.
MAYEUX, s. m. Bossu,--dans l'argot du peuple, qui se souvient du type
créé par le caricaturiste Traviès, vers 1830.
Se dit, par extension, de tout Homme laid au physique et au moral.
MAZAGRAN, s. m. Café froid à l'eau de Seltz,--dans l'argot des garçons de
café.
Se dit aussi de tout café, chaud ou froid, servi dans une chope de verre,
au lieu de l'être dans une tasse.
MAZARO, s. m. Prison,--dans l'argot des troupiers.
MAZETTE, s. f. Conscrit,--dans l'argot des troupiers. Homme de petite
taille,--dans l'argot du peuple.
MÉCANISER, v. a. Vexer quelqu'un, le tourmenter, se moquer de lui, et
même en médire un peu,--dans l'argot des faubouriens.
Francisque Michel «trouve le germe de cette locution dans un passage des
_Vies des dames illustres_ de Brantôme», et ce germe, c'est
_mœquaniqueté_... Le malheur est que jamais «locution ne fut plus
moderne. Quant à son «germe», le premier _mécanicien_ venu le trouverait
en conduisant sa _machine_.
MÉCANISEUR, s. m. Railleur, médisant.
MÈCHE, s. f. Possibilité de aire une chose.
_Il y a mèche._ Il y a moyen.
_Il n'y a pas mèche._ Cela n'est pas possible.