On dit aussi _Fuite de gaz_.
_Lâcher son gaz._ Crepitare.
_Avoir une fuite de gaz dans l'estomac._ Fetidum halitum emittere.
GAZER, v. a. et n. Ne pas dire les choses crûment,--dans l'argot des
bourgeois.
GAZON, s. m. Perruque plus ou moins habilement préparée, destinée à orner
les crânes affligés de calvitie.
GAZOUILLER, v. n. Parler,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Répondre.
GEIGNEUR, s. et adj. Homme qui aime à se plaindre sans avoir de sérieux
motifs de plainte,--dans l'argot du peuple, ennemi de ces
hommes-femmes-là.
GEINDRE, v. n. Se plaindre.
GENDARME, s. m. Hareng saur,--dans l'argot des charcutiers.
GENDARME, s. m. Femme délurée et de grande taille,--dans l'argot du
peuple.
GENDARME, s. m. Fer à repasser,--dans l'argot des ménagères, qui ont
constaté que la plupart de ces utiles instruments sortaient de la maison
de la veuve Gendarme.
_Branleuse de gendarme._ Repasseuse.
GENDARMER (Se), v. réfl. S'offenser.
Signifie aussi: Regimber, résister.
GENDARMES, s. m. pl. Moisissures que le contact de l'air développe à la
surface du vin,--dont cela _arrête_ ainsi le travail de bonification.
GENDELETTRE, s. m. Homme de lettres,--dans l'argot des bourgeois, qui
font de ce mot ce que le peuple a fait du mot précédent, primitivement
écrit _gens d'armes_.
GÊNE, s. f. Pauvreté,--dans l'argot du peuple, dont c'est le vice
principal.
GÊNÉ DANS SES ENTOURNURES. Ennuyé, agacé par quelqu'un ou par quelque
chose,--dans l'argot des faubouriens, qui aiment les vêtements larges et
les «bons enfants».
GÉNÉRAL MACADAM, s. m. Le public, qui est le Salomon de toutes les
_filles_.
On disait _le général Pavé_, avant l'introduction en France du système
d'empierrement des rues dû à l'ingénieur anglais MacAdam.
GÊNEUR, s. et adj. Type essentiellement parisien,--comme la punaise.
C'est plus que l'importun, plus que l'indiscret, plus que l'ennuyeux,
plus que le raseur: c'est--le gêneur.
GÉNISSE, s. f. Femme trop libre.
GENOU, s. m. Crâne affligé de calvitie.
_Avoir son genou dans le cou._ Être chauve.
GENRE, s. m. Manières; embarras; pose,--dans l'argot du peuple.
_Que ça de genre!_ est son exclamation favorite à propos de choses ou de
gens qui «l'épatent».
GENTLEMAN, s. m. Homme d'une correction de langage et de manières à nulle
autre pareille,--dans l'argot des gandins.
On dit aussi _Parfait Gentleman_, mais c'est un pléonasme, puisqu'un
Gentleman qui ne serait pas parfait ne serait pas gentleman.
GERBEMENT, s. m. Jugement, condamnation,--dans l'argot des voleurs.
GERBER, v. a. Condamner.
_Gerber à vioc._ Condamner aux travaux forcés à perpétuité.
_Gerber à la passe_ ou _à conir_. Condamner à mort.
GERBERIE, s. f. Tribunal, Cour d'assises.
GERBIER, s. m. Avocat d'office,--dans l'argot des voleurs, qui,
certainement à leur insu, donnent à leur défenseur, médiocre porte-toge,
le nom du très célèbre avocat au parlement de Paris.
Signifie aussi Juge.
GÉRONTOCRATIE, s. f. Puissance des préjugés, de la routine et des idées
caduques, «sous laquelle tout se flétrit en France»,--où les Gérontes
sont encore plus nombreux que les Scapins.
L'expression est d'Honoré de Balzac.
GERCE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des voyous pour qui, sans doute,
c'est la _vermine_.
GÉSIER, s. m. Gorge, gosier,--dans l'argot du peuple.
_Avoir mal au gésier._ Avoir une laryngite ou une bronchite.
GESSEUR, s. m. Homme qui fait des embarras,--dans l'argot des
faubouriens.
Signifie aussi Grimacier, excentrique.
Je n'ai pas besoin de dire que l'étymologie de ce mot est _geste_, et que
c'est par euphonie qu'on le prononce ainsi que je l'écris.
GESSEUSE, s. m. Femme minaudière, qui fait sa sucrée--et même «sa
Sophie».
G. G. s. m. Bon sens, _jugeotte_.
_Avoir du g.-g._ N'être pas un imbécile.
G. D. G. Phrase ironique qu'emploient fréquemment les faubouriens, qui
dédaignent d'en dire plus long, affectant de n'en pas savoir davantage.
_Avec ou sans g. d. g._? disent-ils souvent, à propos des moindres
choses. Il est inutile d'ajouter que ce _sans g. d. g._ est l'abréviation
de _sans garantie du gouvernement_.
GIBASSE, s. f. pl. Gorge qui a peut-être promis, mais qui ne tient pas.
GIBELOTTE DE GOUTTIÈRE, s. f. Chat de toits,--dans l'argot du peuple.
GIBERNE, s. f. La partie du corps dont les femmes augmentent encore le
volume à grand renfort de jupons et de crinolines.
Ce mot,--de l'argot des faubouriens, s'explique par la position que les
soldats donnaient autrefois à leur cartouchière.
GIBIER DE CAYENNE, s. m. Voleur, ou meurtrier,--dans l'argot du peuple.
GIBOYER, s. m. Journaliste d'estaminet, homme de lettres à tout
faire,--dans l'argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le
souvenir de la comédie d'Emile Augier. Encore un nom d'homme devenu un
type.
GIFFE ou GIFFLE, s. f. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui se rappelle
sans doute que ce mot signifiait autrefois _joue_.
GIFFLER, v. a. Souffleter quelqu'un.
GIGOLETTE, s. f. Jeune fille qui a jeté sa pudeur et son bonnet
par-dessus les moulins, et qui fait consister son bonheur à aller jouer
des _gigues_ dans les bals publics,--surtout les bals de barrière.
Je crois avoir été un des premiers, sinon le premier, à employer ce mot,
fort en usage dans le peuple depuis une quinzaine d'années. J'en ai dit
ailleurs (_Les Cythères parisiennes_): «La gigolette est une adolescente,
une muliéricule. Elle tient le milieu entre la grisette et la
gandine,--moitié ouvrière et moitié fille. Ignorante comme une carpe,
elle n'est pas fâchée de pouvoir babiller tout à son aise avec le gigolo,
tout aussi ignorant qu'elle, sans redouter ses sourires et ses leçons.»
GIGOLO, s. m. Male de la gigolette. C'est un adolescent, un petit homme.
Il tient le milieu entre Chérubin et don Juan,--moitié nigaud et moitié
greluchon. Type tout à fait moderne, que je laisse à d'autres
observateurs le soin d'observer plus en détail.
GIGOTER, v. n. Remuer les _gigues_; danser.
GIGOTS, s. m. pl. Cuisses de l'homme,--dans l'argot des faubouriens,
toujours contempteurs de l'humanité.
GIGUE, s. f. Femme maigre et d'une taille élevée.
On dit aussi _Grande gigue_.
GIGUER, v. n. Danser.
GIGUES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot du peuple, qui s'en sert pour
danser la _gigue_ ou la faire danser aux gens qui l'ennuient.
On disait autrefois _gigoteaux_.
GILET, s. m. Estomac; poitrine.
_S'emplir le gilet._ Boire ou manger.
_Avoir le gilet doublé de flanelle._ Avoir mangé une soupe plantureuse.
_Gilet à la mode._ Belle gorge de femme, où le lard abonde.
GILLES, s. m. Nom d'homme devenu celui de tous les hommes dont l'esprit
et le cœur ne se sont pas développés autant que les jambes.
_Faire Gilles._ S'en aller,--s'enfuir.
GILMONT, s. m. Gilet,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Georget_.
GILQUIN, s. m. Coup de poing,--dans l'argot des artistes et des
canotiers.
On dit aussi _Coup de Gilquin_.
GIN, s. m. Genièvre,--dans l'argot des faubouriens, qui s'anglomanisent
par moquerie comme les gandins par genre.
GIRAFE, s. f. Escalier en spirale,--dans l'argot des écoles de natation.
GIRIES, s. f. pl. Fausse modestie, refus des lèvres et non du
cœur,--dans l'argot du peuple, qui a horreur de l'hypocrisie.
_Faire des giries._ Faire semblant de pleurer quand on n'en a pas envie;
refuser ce qu'on meurt d'envie d'accepter.
_Faiseuse de giries._ Fausse Agnès, fausse prude,--et vraie femme.
GIROFLÉE A CINQ FEUILLES, s. f. Soufflet,--dans l'argot des faubouriens,
qui savent très bien le nombre des feuilles du _cheiranthus_, et encore
mieux celui des doigts de leur main droite.
On dit aussi _giroflée à plusieurs feuilles_,--autre ravenelle qui pousse
sur les visages.
GIROFLÉTER, v. a. Souffleter.--Verbe créé par Balzac.
GIROLLE, adv. Soit,--dans l'argot des voleurs.
GIRON, s. m. La partie du corps comprise entre la ceinture et les genoux
d'une femme assise,--dans l'argot du peuple, qui a conservé précieusement
ce mot, en souvenir de ce qu'il représente pour lui, fils reconnaissant.
GIRONDE, adj. f. Se dit de toute fille ou femme agréable, plaisante à
voir ou à avoir. Argot des voleurs.
On dit aussi _Girofle_.
GIRONDINE, adj. Femme plus jeune et plus gentille que celle qui n'est que
gironde.
GIROUETTE, s. f. Homme sans conscience et sans moralité, mais non sans
habileté et sans esprit, qui tourne à tous les vents sociaux et
politiques: royaliste avec les Bourbons, républicain avec la République,
napoléonien avec l'Empire, mouton avec les gens qui bêlent, dogue avec
les gens qui mordent, roquet avec les gens qui aboient, enclume avec le
peuple et marteau avec le Pouvoir. Argot du peuple.
GÎTER, v. n. Habiter, demeurer.
GIVERNER, v. n. Passer la nuit à vagabonder,--dans l'argot des cochers de
fiacre.
GIVERNEUR, s. m. Vagabond, rôdeur de nuit.
GLACIS, s. m. Verre,--dans l'argot des voleurs, qui parlent anglais
(_glass_) sans le savoir.
_Un glacis de lance._ Un verre d'eau.
GLACIS, s. m. Ton léger et transparent,--dans l'argot des artistes.
_Se poser un glacis._ Boire,--ce qui amène la transpiration sur le visage
et le fait reluire en le colorant.
GLAÇON, s. m. Homme d'un abord un peu raide,--dans l'argot du peuple, que
la distinction effarouche.
GLAIVE, s. m. Couteau à découper,--dans l'argot des francs-maçons.
GLAS, s. m. Homme ennuyeux, qui répète toujours la même chose,--comme la
cloche qui sonne la mort de quelqu'un. Argot du peuple.
Les ouvriers anglais ont une expression du même genre: _croaker_,
disent-ils.
GLAUDE, s. m. Innocent, et même niais.
Evidemment le _Glaude_ d'ici est un Claude, comme _Colas_ est un Nicolas,
et _Miché_ peut être un Michel.
GLAVIOT, s. m. Mucosité expectorée,--dans l'argot des faubouriens.
GLAVIOTTER, v. n. Cracher fréquemment et malproprement.
Signifie aussi _Débiner_.
GLAVIOTTEUR, s. m. Homme qui crache fréquemment et abondamment.
GLIER, s. m. Le Diable,--dans l'argot des voleurs.
C'est une syncope de _Sanglier_ probablement.
_Le Glier t'enrôle en son pasclin!_ Le diable t'emporte en enfer (son
pays).
Signifie aussi _Enfer_.
GLISSADE, s. f. Chute plus déshonorante que dangereuse pour la jeune
fille qui la fait: elle ne casse que son sabot, mais il vaudrait mieux
qu'elle se fût cassé la jambe. Argot du peuple.
_Faire des glissades._ Changer souvent d'amants.
GLISSANT, s. m. Savon,--dans l'argot des voleurs.
GLISSER, v. n. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
GLISSOIRE, s. f. Ruisseau gelé sur lequel les gamins s'amusent à glisser.
GLOBE, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens, qui la laissent souvent
osciller sur son axe.
GLOBES ARRONDIS (Les). La gorge,--dans l'argot des Académiciens.
Quelques-uns ajoutent quelquefois: _par la main des Grâces_.
GLORIA, s. m. Tasse de café noir avec un petit verre d'eau-de-vie. Argot
des limonadiers.
GLOUGLOUTER, v. n. Boire, faire des glouglous en buvant. Argot des
faubouriens.
GLOUSSER, v. n. Parler.
GLUANT, s. m. Enfant à la mamelle que le lait qu'il tette et qu'il laisse
baver sur lui rend tout poisseux et désagréable à toucher pour quiconque
n'est ni son père ni sa mère.
GLUAU, s. m. Expectoration abondante.
_Lâcher son gluau._ Cracher malproprement.
GNANGNAN, adj. des deux g. Mou, paresseux, sans courage.
GNIAF, s. m. Ouvrier,--dans l'argot des cordonniers. _Savetier_,--dans
l'argot des ouvriers.
GNIAFFER, v. a. Travailler mal; faire une chose sans soin, sans
goût,--comme un savetier.
GNIFF, s. et adj. Clair, dépouillé,--dans l'argot du peuple, qui dit cela
spécialement à propos du vin.
GNOGNOTTE, s. f. Marchandise sans valeur; chose sans importance.
Balzac a employé aussi ce mot à propos des personnes,--et dans un sens
péjoratif, naturellement.
GNOLLAIS, s. m. _Batignollais_,--dans l'argot des voyous.
GNOLLE, adj. des 2 g. Paresseux; niais,--dans l'argot des faubouriens.
Quelques lexicographes du ruisseau veulent que l'on écrive et prononce
_gniole_.
GNOLLES-CEAUX, n. d. l. Batignolles-Monceaux.
GNOLLES-CHY., Batignolles-Clichy.
GNON, s. m. Meurtrissure que se fait une toupie ou un sabot,--dans
l'argot des enfants; et par extension, Blessure que se font les hommes en
se battant.
S'emploie au figuré.
GO (De, ou Tout de), adv. Librement, sans façon, sans obstacle,--dans
l'argot du peuple.
GOBELOTTER, v. a. Aller de cabaret en cabaret.
Signifie aussi, Buvotter, boire à petits coups.
GOBELOTTEUR, s. m. Ami des franches lippées, et des plantureuses
réfections.
GOBE-MOUCHERIE s. f. La franc-maçonnerie,--dans l'argot des voleurs.
GOBE-MOUCHES, s. m. Imbécile, homme qui bée au vent au lieu de regarder à
ses côtés, où se trouve parfois un pick-pocket. Argot du peuple.
GOBER, v. a. Croire légèrement aux choses qu'on dit, avaler les mensonges
avec autant de confiance que si c'étaient des vérités.
GOBER, v. a. Avoir de la sympathie pour quelqu'un; ressentir de
l'enthousiasme pour certaines idées. Argot des faubouriens.
Eprouver un sentiment subit de tendresse pour un compagnon,--dans l'argot
des petites dames.
GOBER (La). Être ruiné pour avoir trop cru aux Mercadets.
Par extension: Mourir.
GOBER (Se). Avoir de la fatuité; s'écouter parler et se regarder dans une
glace en parlant.
GOBERGER (Se), v. réfl. Se complaire dans un endroit, dans un bon lit,
dans un bon fauteuil, auprès d'un bon feu ou d'une bonne table.
On sait qu'on appelle _goberges_ les ais du fond sanglé du lit.
GOBER SON BOEUF, v. a. Être furieux, d'une chose ou contre
quelqu'un,--dans l'argot des ouvriers.
GOBE-SON, s. m. Calice,--dans l'argot des voleurs.
GOBET, s. m. Morceau de viande quelconque,--dans l'argot des bouchers,
qui emploient ce mot à propos de la viande non encore détaillée.
GOBET, s. m. Polisson; ouvrier qui se débauche,--dans l'argot du peuple.
_Mauvais gobet._ Méchant drôle.
GOBICHONNADE, s. f. Ripaille.
GOBICHONNER, v. n. Courir les cabarets; faire le lundi toute la semaine.
Argot des ouvriers.
GOBICHONNEUR, s. m. Ami des franches lippées.
GOBIN, s. m. Bossu.
GODAILLER, v. n. Courir les cabarets.
Ce verbe est un souvenir de l'occupation de Paris par les Anglais,
amateurs de _good ale_.
GODAILLEUR, s. m. Ivrogne, pilier de cabaret.
GODAN, s. m. Rubrique, mensonge, supercherie,--dans l'argot des
faubouriens.
_Connaître le godan._ Savoir de quoi il s'agit; ne pas se laisser prendre
à un mensonge.
_Tomber dans le godan._ Se laisser duper; tomber dans un piège.
GODANCER, v. n. Croire à un mensonge; tomber dans un piège,--dans un
_godan_.
GODDAM, s. m. Anglais,--dans l'argot du peuple, qui a trouvé moyen de
désigner toute une nation par son juron favori.
GODELUREAU, s. m. Jeune homme qui fait l'agréable auprès des «dames» et
les _réjouit_,--dans l'argot des bourgeois qui n'aiment pas les
Lovelaces.
On écrivait au XVIe siècle _gaudelereau_,--ce qu'explique l'étymologie
_gaudere_.
GODET, s. m. Verre à boire,--dans l'argot du peuple.
GODICHE, s. et adj. Niais, ou seulement timide.
On dit aussi _Godichon_.
GODILLER, v. n. Se réjouir, être content.
GODINETTE, s. f. Grisette, maîtresse.
_Baiser en godinette._ «Baiser sur la bouche en pinçant les joues de la
personne,»--sans doute comme baisent les grisettes des romans de Paul de
Kock.
GOFFE, adj. Homme mal bâti, ou maladroit, grossier de corps ou d'esprit.
GOGAILLE, s. f. Repas joyeux et plantureux.
GOGO, s. m. Homme crédule, destiné à prendre des actions dans toutes
les entreprises industrielles, même et surtout dans les plus
véreuses,--chemins de fer de Paris à la lune, mines de café au lait, de
charbon de bois, de cassonnade, enfin de toutes les créations les plus
fantastiques sorties du cerveau de Mercadet ou de Robert Macaire.
A propos de ce mot encore, les étymologistes bien intentionnés sont
partis à fond de train vers le passé et se sont égarés en route,--parce
qu'ils tournaient le dos au poteau indicateur de la bonne voie. L'un veut
que _gogo_ vienne de _gogue_, expression du moyen âge qui signifie
raillerie: l'autre trouve _gogo_ dans François Villon et n'hésite pas un
seul instant à lui donner le sens qu'il a aujourd'hui. Pourquoi, au lieu
d'aller si loin si inutilement, ne se sont-ils pas baissés pour ramasser
une expression qui traîne depuis longtemps dans la langue du peuple, et
qui leur eût expliqué à merveille la crédulité des gens à qui l'on promet
qu'ils auront tout à _gogo_?
Ce mot «du moyen âge» date de 1830-1835.
GOGO (A), adv. A profusion, en abondance.
GOGOTTE, adj. Faible, mou, sans caractère; malpropre, mauvais,
désagréable. Argot des faubouriens.
_Avoir la vue gogotte._ Avoir de mauvais yeux, n'y pas voir clair, ou ne
pas voir de loin.
_Être gogotte._ Être un peu niais; faire l'enfant.
GOGUENOT, s. m. Vase de fer-blanc,--dans l'argot des troupiers d'Afrique,
qui s'en servent comme casserole et comme gobelet.
GOGUENOT, s. m. Baquet-latrine,--dans l'argot des prisons et des
casernes.
On dit aussi _Goguenaux_.
GOGUETTE, s. f. Société chantante,--dans l'argot du peuple, qui lui aussi
a son Caveau.
GOGUETTE, s. f. Chanson joyeuse.
_Être en goguette._ Être de bonne humeur, grâce à des libations
réitérées.
GOGUETTIER, s. m. Chanteur de goguettes; membre d'une société chantante.
GOÏ, s. m. Chrétien,--dans l'argot des voleurs.
GOINFRADE, s. f. Repas copieux,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Goinfrerie_.
GOINFRE, s. m. Chantre,--dans l'argot des voleurs.
GOINFRER (Se), v. réfl. Boire et manger avec excès,--comme font les gens
qui ne mangent pas tous les jours.
GOÎTREUX, s. m. Aménité de l'argot des gens de lettres, qui se croient
autorisés à l'adresser à leurs rivaux,--qu'ils appellent aussi _crétins_,
pour varier leurs injures.
GOLGOTHER, v. n. Poser en martyr; se donner des airs de victime; faire
croire à un Calvaire, à un Golgotha imaginaire.
Ce verbe appartient à Alexandre Pothey, graveur et chansonnier--sur bois.
GOMBERGER, v. a. Compter--dans l'argot des prisons.
GONCE, s. m. Homme quelconque du bois dont on fait les dupes,--dans
l'argot des voleurs, qui ont remarqué que les bourgeois se parfumaient
(_concio_).
GONCIER, s. et adj. Homme rusé, malin, qui enfonce le _gonce_.
GONZESSE, s. f. Femme en général, et, en particulier, Maîtresse,
concubine.
GORET, s. m. Premier ouvrier,--dans l'argot des cordonniers.
GORET, s. m. Homme malpropre, _petit cochon_,--dans l'argot du peuple,
qui a appelé la reine Isabeau _la grande gore_.
GORGE, s. f. Étui,--dans l'argot des voleurs.
GORGNIAT, s. m. Homme malpropre, _cochon_,--dans l'argot des faubouriens,
qui emploient cette expression au propre et au figuré.
GOSSE, s. f. Bourde, menterie, attrape,--dans l'argot des écoliers et du
peuple.
Voilà encore un mot fort intéressant, à propos duquel la verve des
étymologistes eût pu se donner carrière. On ne sait pas d'où il vient,
et, dans le doute, on le fait descendre du verbe français _se gausser_,
venu lui-même du verbe latin _gaudere_. On aurait pu le faire descendre
de moins haut, me semble-t-il. Outre que Noël Du Fail a écrit _gosseur_
et _gosseuse_, ce qui signifie bien quelque chose, jamais les Parisiens,
inventeurs du mot, n'ont prononcé _gausse_. C'est une onomatopée purement
et simplement,--le bruit d'une _gousse_ ou d'une _cosse_.
_Conter des gosses._ Mentir.
_Monter une gosse._ Faire une farce.
GOSSE, s. m. Apprenti,--dans l'argot des typographes.
Ils disent aussi _Attrape-science_ et _Môme_.
GOSSE, s. m. Enfant, petit garçon,--dans l'argot du peuple.
GOSSELIN, s. m. Nouveau-né,--dans l'argot des voleurs.
GOSSELINE. Petite fille.
GOSSEMARD, s. m. Gamin,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Goussemard_.
GOSSEUR, adj. et s. Menteur.
GOTEUR, s. m. Débauché, libertin,--dans l'argot des voleurs.
GOTHIQUE, adv. Vieux, suranné,--dans l'argot du peuple.
GOTHON, s. f. Cuisinière malpropre.
Signifie aussi Coureuse,--dans l'argot des bourgeois.
GOUALANTE, s. f. Chanson,--dans l'argot des voleurs.
GOUALER, v. a. et n. Chanter.
On dit aussi _Galouser_.
GOUALEUR, s. m. Chanteur des rues.
_Goualeuse._ Chanteuse.
GOUAPE, s. f. Vagabondage; fainéantise,--dans l'argot du peuple.
GOUAPE, s. f. Filou,--dans l'argot des faubouriens. Faiseur de
poufs,--dans l'argot des cabaretiers.
On dit aussi _Gouapeur_. Cependant _gouape_ a quelque chose de plus
méprisant.
GOUAPER, v. a. Flâner, chercher aventure.
GOUGE, s. f. Fille ou femme qui vend l'amour au lieu de le donner,--dans
l'argot du peuple, qui a déshonoré là un des plus vieux et des plus
charmants mots de notre langue. _Gouge_, comme _garce_, n'avait pas à
l'origine la signification honteuse qu'il a aujourd'hui; cela voulait
dire jeune fille ou jeune femme. «En son aage viril espousa Gargamelle,
fille du roy des Parpaillos, belle gouge,» dit Rabelais.
GOUGNOTTE, s. f. «Femme ou fille qui abuse des personnes de son
sexe,--d'où le verbe _gougnotter_,» dit Francisque Michel.
On dit aussi _Gusse_.
GOUILLE (A la). A la volée,--dans l'argot des enfants, quand ils jouent à
jeter des billes.
_Envoyer à la gouille._ Renvoyer quelqu'un qui importune,--dans l'argot
des faubouriens.
GOUILLOU, s. m. Gamin, _voyou_,--avec cette différence que le premier est
le père du second, comme la _lorette_ est la mère de la _boule-rouge_.
GOUINE, s. f. Coureuse,--dans l'argot du peuple, qui a un arsenal
d'injures à sa disposition pour foudroyer les drôlesses, ses filles.
A qui a-t-il emprunté ce carreau? A ses ennemis les Anglais,
probablement. Il y a eu une _Nell Gwynn_, maîtresse de je ne sais plus
quel Charles II. Il y a aussi la _queen_, qu'on respecte si fort de
l'autre côté du détroit et si peu de ce côté-ci. Choisissez!
GOUJAT, s. m. Homme mal élevé,--dans l'argot des bourgeoises.
GOUJON, s. m. Homme facile à duper,--dans l'argot des filles, qui ont
pour hameçons leurs sourires et leurs regards;--ainsi que dans l'argot
des _faiseurs_, qui ont pour hameçons des dividendes invraisemblables.
GOUJONNER, v. a. Tromper, duper quelqu'un.
On disait autrefois _Faire avaler le goujon_.
GOULE, s. f. La gorge, le gosier,--dans l'argot au peuple, qui parle
latin sans le savoir (_gula_).
GOULÉE, s. f. Bouchée de viande ou cuillerée de soupe.
GOULIAFFE, s. m. Gourmand, ou plutôt goinfre.
Le mot est vieux, puisqu'on le trouve dans la langue romane.
On dit aussi _Gouillafre_, ou _gouillaffe_.
GOULOT, s. m. Bouche, gosier,--dans l'argot des faubouriens.
_Trouilloter du goulot._ Fetidum halitum habere.
GOULU, s. m. Poêle,--dans l'argot des voleurs.
Se dit aussi pour Puits.
GOUPINER, v. a. Voler,--dans le même argot.
_Goupiner les poivriers._ Dévaliser les ivrognes endormis sur la voie
publique.
GOUPINEUR, s. m. Voleur.
GOUPLINE, s. f. Litre,--dans le même argot.
GOUR, s. m. Pot à eau ou à vin,--dans le même argot.
Dans la langue des honnêtes gens, le _gour_ est un creux plein d'eau dans
un rocher, au pied d'un arbre, etc.
GOURD, DE, adj. Engourdi par le froid,--dans l'argot du peuple.
GOURDEMENT, adv. Beaucoup,--dans l'argot des voyous.
GOURDIN, s. m. Gros bâton,--dans l'argot du peuple, qui pour le
manœuvrer ne doit pas avoir les mains _gourdes_.
GOURDINER, v. a. Bâtonner quelqu'un.
GOURGANDE, s. f. Apocope de _Gourgandine_,--dans l'argot des faubouriens.
GOURGANDINE, s. f. Fille ou femme qui court plus que ses jambes et la
morale le lui permettent, et qui, en courant ainsi, s'expose à faire une
infinité de glissades. Argot du peuple.
GOURGANDINER, v. n. Mener une vie libertine.
GOURGANER, v. n. _Manger_ de la prison,--dans l'argot des faubouriens.
GOURGANES, s. f. pl. Lentilles ou haricots,--dans l'argot des prisons et
des ateliers, où les hommes sont nourris comme des bestiaux.
_Gourganes des prés._ Celles qui constituent la nourriture des forçats.
Proprement, la gourgane est une petite fève de marais fort douce.
GOURGOUSSAGE, s. m. Murmure de mécontentement ou de colère,--dans l'argot
des typographes.
GOURGOUSSER, v. n. Murmurer.
GOURME, s. f. La fougue de la jeunesse,--dans l'argot du peuple, qui sait
que cet _impetigo_ finit toujours par disparaître avec les
années,--malheureusement!
_Jeter sa gourme._ Vivre follement, en casse-cou, sans souci des périls,
des maladies et de la mort.
GOURRER, v. a. Tromper, duper,--dans l'argot des voleurs, qui se sont
approprié là un verbe du langage des honnêtes gens. (_Goure_, drogue
falsifiée: _goureur_, qui falsifie les drogues.)
GOURREUR, s. m. Trompeur.
GOUSPIN, s. m. Voyou, jeune apprenti voleur,--dans l'argot des
faubouriens, qui se servent de cette expression depuis longtemps.
GOUSPINER, v. n. Vagabonder au lieu de travailler.
GOUSSE (La). Nom donné au banquet mensuel des artistes du Vaudeville. Il
a lieu, le premier jeudi de chaque mois, chez Laumônier-Brébant.
GOUSSET, s. m. Aisselle,--dans l'argot du peuple.
_Sentir du gousset._ Puer.
«[Grec: Maschalê], _axila_, aisselle, sale odeur,»
dit M. Romain Cornut, expurgateur de Lancelot et continuateur de
Port-Royal.
GOÛTER, v. n. Plaire, faire plaisir.
GOUTTE, adv. Peu ou point.
_N'y voir goutte._ N'y pas voir du tout.
On dit aussi _N'y entendre goutte_.
GOUTTE, s. f. Petit verre d'eau-de-vie,--dans l'argot des ouvriers et des
soldats.
_Marchand de goutte._ Liquoriste.
GOUVERNE, s. f. Règle de conduite; façon d'agir.
GOUVERNEMENT, s. m. Épée d'ordonnance,--dans l'argot des Polytechniciens,
qui distinguent entre les armes que leur fournit le gouvernement et
celles qu'ils se choisissent eux-mêmes. (_V. Spickel_.)
GRABUGE, s. m. Trouble, vacarme,--dans l'argot du peuple.
GRAFFIGNER, v. a. et n. Saisir, prendre,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Égratigner.
GRAFFIN, s. m. Chiffonnier.
GRAILLON, s. f. Servante malpropre, cuisinière peu appétissante. Argot du
peuple.
On dit aussi _Marie-Graillon_.
GRAILLONNER, v. n. Cracher fréquemment.
GRAILLONNER, v. n. S'entretenir à haute voix, d'une fenêtre ou d'une cour
à l'autre,--dans l'argot des prisons.
GRAILLONNEUR, s. m. Homme qui crache à chaque instant.
GRAILLONNEUSE, s. f. Femme qui vient laver son linge au bateau sans être
du métier,--dans l'argot des blanchisseuses.
GRAIN, s. m. Pièce de cinquante centimes,--dans l'argot des voleurs.
GRAIN (Avoir un), v. a. Être un peu fou, ou seulement maniaque,--dans
l'argot du peuple.
GRAINE D'ATTRAPE, s. f. Mensonge, moquerie, tromperie.
GRAINE DE CHOU COLOSSAL, s. f. Amorce pour duper les simples.
C'est un souvenir des réclames faites il y a vingt ans par un industriel
possesseur d'une variété de _brassica oleracea_ fantastique, servant à la
fois à la nourriture des hommes et des bestiaux, et donnant un ombrage
agréable pendant l'été.
GRAINE D'ÉPINARDS, s. f. Épaulettes des officiers supérieurs,--dans
l'argot des troupiers, dont ce légume est le _desideratum_ permanent.
_Porter la graine d'épinards._ Avoir des épaulettes d'officier supérieur.
GRAISSE, s. m. Variété de voleur dont Vidocq donne le signalement et
l'industrie (p. 193).
GRAISSE, s. f. Argent,--dans l'argot du peuple, qui sait que c'est avec
cela qu'on enduit les consciences pour les empêcher de crier lorsqu'elles
tournent sur leurs gonds.
GRAISSER, v. a. Gratter,--dans l'argot des voleurs.
GRAISSER LA PATTE, v. a. Acheter la discrétion de quelqu'un,
principalement des inférieurs, employés, concierges ou valets.
On dit aussi _graisser le marteau_,--mais plus spécialement en parlant
des concierges.
GRAISSER LES BOTTES, v. a. Donner des coups à quelqu'un,--dans l'argot
des faubouriens.
Signifie aussi: Faire des compliments à quelqu'un, le combler d'aise en
flattant sa vanité.
GRAISSER SES BOTTES, v. a. Recevoir l'Extrême-Onction, être en état de
faire le grand voyage d'où l'on ne revient jamais.
GRAMMAIRE BENOITON, s. f. La grammaire de la langue verte,--dans l'argot
des journalistes, qui ont voulu ainsi fixer le passage, dans la
littérature française, de la pièce de M. Victorien Sardou, _la Famille
Benoiton_ (1865-66).
On dit aussi _le Dictionnaire Benoiton_.
GRAND ARROSEUR, s. m. Dieu,--dans l'argot du peuple, qui devrait pourtant
savoir (depuis le temps!) comment se forment les nuages et la pluie.
GRAND COURT-BOUILLON, s. m. La mer.
On dit aussi la _Grande tasse_,--où tant de gens qui n'avaient pas soif
ont bu leur dernier coup.
GRANDE BOUTIQUE, s. f. La préfecture de police,--dans l'argot des
voleurs, qui voudraient bien dévaliser celle-là de ses sommiers
judiciaires.
GRANDE FILLE, s. f. Bouteille,--dans l'argot des ouvriers.
_Petite fille._ Demi-bouteille.
GRAND LUMIGNON, s. m. Le soleil,--dans l'argot des voyous.
GRAND RESSORT, s. m. La volonté, le cœur,--dans l'argot du peuple, qui
sait quels rouages font mouvoir la machine-homme.
_Casser le grand ressort._ Perdre l'énergie, le courage nécessaires pour
se tirer des périls d'une situation, des ennuis d'une affaire, pour
rompre une liaison mauvaise, etc., etc.
GRAND TOUR, s. m. Résultat de la digestion,--dans l'argot des enfants et
des grandes personnes timides.
GRAND TROTTOIR (Le). Le répertoire classique,--dans l'argot des
coulisses.
GRAND TURC, s. m. Personnage imaginaire qui intervient fréquemment dans
l'argot des bourgeois.
_S'en soucier comme du Grand Turc._ Ne pas s'en soucier du tout.
_Travailler pour le Grand Turc._ Travailler sans profit.
Ce Grand Turc est un peu parent du roi de Prusse, auquel il est fait
allusion si souvent.
GRAPPIN, s. m. Main,--dans l'argot du peuple.
_Poser le grappin sur quelqu'un._ L'arrêter.
_Poser le grappin sur quelque chose._ Le prendre.
GRAPPINER, v. a. et n. Arrêter,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Cueillir.
GRAS, adj. Gaillard, grivois, et même obscène,--dans l'argot des
bourgeois.
_Parler gras._ Dire des choses destinées à effaroucher les oreilles.
GRAS, s. m. Profit,--dans l'argot des faubouriens.
_Il y a gras._ Il y a de l'argent à gagner.
_Il n'y a pas gras._ Il n'y a rien à faire là-dedans.
GRAS, s. m. Réprimande, correction,--dans l'argot des voyous. C'est le
_suif_ des faubouriens.
GRAS A LARD, s. et adj. Homme chargé d'embonpoint,--dans l'argot du
peuple.
GRAS-DOUBLE, s. m. Plomb volé et roulé,--par allusion à la ressemblance
qu'il offre ainsi avec les tripes qu'on voit à la devanture des marchands
d'abats.
Les voleurs anglais, eux, disent _moos_, trouvant sans doute au plomb une
ressemblance avec la mousse.
GRAS-DOUBLE, s. m. Gorge trop plantureuse,--dans l'argot des faubouriens.
L'analogie, pour être assez exacte, n'est pas trop révérencieuse; en tout
cas elle est consacrée par une comédie de Desforges, connue de tout le
monde, _le Sourd ou l'Auberge pleine_: «Je ne voudrais pas payer madame
Legras--double!» dit Dasnières en parlant de l'aubergiste, femme aux
robustes appas.
_Castigat ridendo mores_, le théâtre! C'est pour cela que les
plaisanteries obscènes nous viennent de lui.
GRAS-DOUBLIER, s. m. Plombier,--dans l'argot des voleurs.
GRATIS, s. m. Crédit,--dans l'argot des marchands de vin.
GRATOU, s. m. Rasoir,--dans l'argot des voleurs.
GRATOUILLE, s. f. Gale,--dans le même argot.
GRATOUSE, s. f. Dentelle,--dans le même argot.
GRATTE, s. f. Dîme illicite prélevée sur une étoffe,--dans l'argot des
couturières, qui en prélèvent tant et si fréquemment qu'elles arrivent à
s'habiller de soie toute l'année sans dépenser un sou pour cela. C'est un
vol non puni, mais très punissable.
Les tailleurs ont le même mot pour désigner la même chose,--car eux aussi
ont la conscience large.
GRATTE (La). La gale,--dans l'argot des faubouriens.
GRATTE-CUL, s. m. Femme qui a été jolie comme une rose et n'a rien
conservé de sa fraîcheur et de son parfum,--dans l'argot du peuple, qui
ne sait pas que:
«Si la jeunesse est une fleur,
le souvenir en est l'odeur.»
GRATTÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
_Se donner une grattée._ Se battre à coups de poing.
GRATTE-PAPIER, s. m. Employé, clerc d'huissier, expéditionnaire
etc.,--tous les scribes enfin.
GRATTER, v. n. et a. Prélever un morceau plus ou moins considérable sur
une pièce d'étoffe,--de façon à pouvoir trouver un gilet dans une
redingote et un tablier dans une robe.
GRATTOIR, s. m. Rasoir,--dans l'argot du peuple.
_Se passer au grattoir._ Se raser.
GRAVEUR SUR CUIR, s. m. Cordonnier,--dans l'argot des faubouriens, qui
prennent le tranchet pour un burin.
GREC, s. m. Filou, homme qui triche au jeu,--dans l'argot des ennemis des
Hellènes.
Le mot a une centaine d'années de bouteille.
GRECQUERIE, s. f. Tricherie, art ou science des grecs.
Le mot a été créé par Robert-Houdin.
GRÉER (Se), v. réfl. S'habiller,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi
dans l'infanterie de marine.
GREFFER, v. n. Mourir de faim,--dans l'argot des voyous.
GREFFIER, s. m. Chat,--dans l'argot des faubouriens, qui n'aiment pas les
gens à robe noire, et emploient à dessein ce mot à double compartiment où
l'on sent la griffe.
GRÊLE, s. f. Petite vérole,--dans l'argot du peuple.
On dit d'un homme dont le visage porte des traces de virus variolique:
_Il a grêlé sur lui_.
GRÊLE, s. m. Patron, maître,--dans l'argot des tailleurs.
_Le grêle d'en haut._ Dieu.
_Grêlesse_. Patronne.
GRELOT, s. m. La voix humaine,--dans l'argot des faubouriens.
_Faire entendre son grelot._ Parler.
GRELU, s. m. Blé,--dans l'argot des voleurs, qui font sans doute allusion
à la gracilité de cette graminée.
GRELUCHON, s. m. Amant de cœur,--dans l'argot des gens de lettres qui
ont lu _le Colporteur_ de Chevrier, et connaissent un peu les mœurs
parisiennes du XVIIIe siècle.
GRELUCHONNER, v. n. Se conduire en greluchon, comme se conduisent
beaucoup de jeunes gens à qui leur famille a coupé les vivres et qui font
de petits articles de petite littérature dans de petits journaux.
GRENADIER, s. m. _Pediculus_,--dans l'argot des enfants, dont les mères
assurent que c'est «la santé», et qui tous pourraient servir de modèles
au fameux tableau de Murillo.
GRENAFE, s. f. Grange.--dans l'argot des voleurs.
GRENIER A COUPS DE POING, s. m. Femme d'ivrogne,--dans l'argot du peuple.
GRENIER A COUPS DE SABRE, s. m. Fille à soldats.
GRENIER A LENTILLES, s. m. Homme dont le visage est marqué de la petite
vérole.
GRENIER A SEL, s. m. La tête, siège de l'esprit.
GRENOUILLARD, s. m. Buveur d'eau.
GRENOUILLE, s. f. Prêt de la compagnie,--dans l'argot des troupiers.
_Manger la grenouille._ Dissiper le prêt de la compagnie.
S'emploie aussi, dans l'argot du peuple, pour signifier: Dépenser
l'argent d'une société, en dissiper la caisse.
GRENOUILLE, s. f. Femme,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient
cette expression injurieuse, probablement à cause du ramage assourdissant
que font les femmes en échangeant des caquets.
GRENOUILLER, v. n. Boire de l'eau.
GRENOUILLÈRE, s. f. Établissement de bains.
GRÈVE, s. f. Cessation de travail,--dans l'argot des ouvriers, qui
avaient, il y a quelques années encore, l'habitude de se réunir sur la
place de l'Hôtel-de-Ville.
_Faire grève._ Cesser de travailler et se réunir pour se concerter sur
les moyens d'augmenter le salaire.
On dit aussi _Se mettre en grève_.
GRIBLAGE, s. m. Plainte, cri, reproche,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Gourpline_.
GRIBOUILLAGE, s. m. Écriture mal formée; dessin confus, incohérent. Argot
du peuple.
On dit aussi _Gribouillis_.
GRIBOUILLER, v. a. et n. Écrire illisiblement, dessiner incorrectement.
GRIBOUILLETTE, s. f. Objet quelconque lancé au milieu d'enfants,--dans
l'argot des écoliers, qui se bousculent alors pour s'en emparer. Cela
constitue un jeu.
_Jeter une chose à la gribouillette._ La lancer un peu au hasard,--dans
l'argot du peuple.
GRIF, adj. Froid,--dans l'argot des voleurs.
_Grielle._ Froide.
GRIFFER, v. a. Saisir, prendre, dérober,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Agriffer_.
GRIGNON, s. m. Morceau, de pain spécialement.
GRIGNOTTER, v. n. Faire de maigres profits, et surtout des profits
illicites.
GRIGOU, s. m. Avare, homme qui vit sordidement.
«Ce grigou, d'un air renfrogné
Lui dit: Malgré ton joli nez...»
a écrit l'abbé de Lattaignant.
GRIL, s. m. Charpente légère et à jour qui s'étend au-dessus de la scène
et où s'accrochent les frises. Argot des coulisses.
GRILLER UNE (En), v. a. Fumer une pipe ou une cigarette,--dans l'argot
des artistes et des ouvriers.
GRIME, s. m. Rôle de vieux,--dans l'argot des coulisses.
GRIMOIRE, s. m. Le Code pénal,--dans l'argot des voleurs.
_Grimoire mouchique._ Les sommiers judiciaires.
GRINCHE, s. m. Voleur.
On dit aussi _Grinchisseur_.
GRINCHEUX, s. et adj. Homme difficile à vivre,--dans l'argot du peuple et
des gens de lettres.
GRINCHIR, v. a. Voler quelque chose.
On dit aussi _Grincher_.
_Grinchir à la cire._ Voler des couverts d'argent par un procédé que
décrit Vidocq (p. 205).
GRINCHISSAGE, s. m. Vol. (V. Vidocq, p. 205-220, pour les nombreuses
variétés de grinchissage: _à la limonade_, _à la desserte_, _au voisin_,
_aux deux lourdes_, etc.)
GRINCHISSEUR A LA CHICANE, s. m. Voleur adroit, qui travaille sans
compère.
GRINGALET, s. m. Gamin, homme d'apparence chétive,--dans l'argot des
faubouriens.
GRINGUENAUDES, s. f. pl. Ordures des environs du _podex_,--dans l'argot
du peuple qui sent souvent le faguenat à cause de cela.
GRIPPE, s. f. Caprice, mauvaise humeur contre quelqu'un,--dans l'argot
des bourgeois.
_Avoir en grippe._ Ne pas pouvoir supporter quelqu'un ou quelque chose.
_Prendre en grippe._ Avoir de l'aversion pour quelqu'un ou quelque chose.
GRIPPER, v. a. Chiper, et même voler,--dans l'argot du peuple.
GRIPPE-JÉSUS, s. m. Gendarme,--dans l'argot des voleurs.
GRIPPE-SOUS, s. m. Usurier, avare,--dans l'argot du peuple.
GRIS, adj. Cher, précieux,--dans l'argot des voleurs.
_Grise._ Chère, aimable.
GRISAILLE, s. f. Sœur de charité,--dans l'argot des faubouriens qui
savent qu'on appelle ces saintes filles des _sœurs grises_.
GRISE, s. f. Chose extraordinaire et désagréable,--dans l'argot du
peuple.
_En voir de grises._ Peiner, pâtir.
_En faire voir de grises._ Jouer des tours désagréables à quelqu'un.
GRISERIE, s. f. Ivresse légère,--dans l'argot des bourgeois.
GRIS JUSQU'À LA TROISIÈME CAPUCINE (Être). Être en complet état
d'ivresse, _à en déborder_,--dans l'argot des troupiers, qui savent que
la troisième capucine est près de la _bouche_ du fusil.
GRISOTTER (Se), v. réfl. Se griser légèrement, honnêtement, pour ainsi
dire,--dans l'argot des bourgeois, ennemis des excès parce qu'ils sont
amis de la vie.
GRIVE, s. f. La garde,--dans l'argot des voleurs, qui se rappellent
peut-être que les soldats s'appelaient autrefois des _grivois_.
_Corps de grive._--Corps de garde.
_Harnais de grive._ Uniforme.
GRIVIER, s. m. Soldat.
GRIVOIS, s. m. Libertin,--dans l'argot du peuple.
GRIVOISE, s. f. Fille ou femme qui se plaît dans le commerce des hommes
riches.
GROGNARD, s. m. Homme chagrin, mécontent, qui gronde sans cesse.
L'expression (qui vient de _grundire_, grogner) ne date pas de l'empire,
comme on serait tenté de le croire: elle se trouve dans le Dictionnaire
de Richelet, édition de 1709.
On dit aussi _grognon_.
GROGNE, s. f. Mauvaise humeur, chagrin.
GROGNER, v. n. Se plaindre; gronder sans raison.
GROLLER, v. n. Murmurer d'une façon désagréable, gronder, faire un bruit
semblable à celui que fait en criant le freux, ou plutôt la _grolle_, une
corneille.
Signifie aussi: Remuer des tiroirs, ouvrir et fermer des portes,--et
alors c'est un verbe actif.
GROMIAU, s. m. Enfant, gamin,--dans l'argot des faubouriens.
GROS, adv. Beaucoup,--dans l'argot du peuple.
_Coucher gros._ Dire quelque chose d'énorme.
_Gagner gros._ Avoir de grands bénéfices.
_Il y a gros à parier._ Il y a de nombreuses chances pour que...
_Tout en gros._ Seulement.
GROS LÉGUMES, s. m. pl. Les officiers supérieurs,--dans l'argot des
troupiers.
GROS LOT, s. m. Mal de Naples.