ÊTRE BREF, v. n. _Être à court d'argent._

ÊTRE CHARGÉ A CUL. Être pressé, scatologiquement parlant,--dans l'argot

des commissionnaires.

ÊTRE COMPLET. Être ivre-mort,--dans l'argot des bourgeois.

Signifie aussi, dans un sens ironique, Être parfait,--en vices.

ÊTRE COUSU D'OR. Avoir beaucoup d'argent,--dans l'argot du peuple qui a

l'hyperbole facile.

ÊTRE CROTTÉ. N'avoir pas le sou,--dans l'argot des ouvriers tailleurs.

Ils le disent aussi d'un travail pour lequel il manque la quantité

d'étoffe voulue, ou qui nécessite une économie extraordinaire.

ÊTRE DANS DE BEAUX DRAPS. Se dit ironiquement de quelqu'un qui s'est

attiré une fâcheuse affaire, ou qui est ruiné. Argot du peuple.

ÊTRE DANS LE SIXIÈME DESSOUS. Être ruiné, ou mort,--forme explétive de

_Troisième dessous_, qui est la dernière cave pratiquée sous les planches

de l'Opéra pour en recéler les machines.

ÊTRE DANS LES PAPIERS DE QUELQU'UN. Avoir sa confiance, son affection.

On dit aussi _Être dans les petits papiers de quelqu'un_.

ÊTRE DANS LES VIGNES. Être complètement ivre,--dans l'argot du peuple.

Il dit aussi _Être dedans_.

ÊTRE DANS SES PETITS SOULIERS. Être embarrassé, gêné par une observation,

par une question, en souffrir et en faire la grimace, comme quelqu'un qui

serait trop étroitement chaussé. Argot des bourgeois.

ÊTRE DANS TOUS SES ÉTATS. Être très préoccupé d'une chose; se donner

beaucoup de mal, se remuer extrêmement à propos de n'importe quoi et de

n'importe qui, et souvent ne pas faire plus de besogne que la mouche du

coche. Même argot.

ÊTRE DANS UN ÉTAT VOISIN. Être ivre,--dans l'argot des typographes, qui

pratiquent volontiers l'ellipse et la syncope.

ÊTRE DE CHÉ, ou d'CHÉ. Être complètement saoul,--dans l'argot des

voleurs.

ÊTRE DE LA BONNE, v. n. Être heureux, avoir toutes les chances,--dans

l'argot des voleurs.

ÊTRE DE LA FÊTE. Être heureux ou hors de danger après avoir été

compromis, menacé. Argot du peuple.

ÊTRE DE LA HAUTE. Appartenir à l'aristocratie du mal,--dans le même

argot. Faire partie de l'aristocratie du vice,--dans l'argot des filles.

ÊTRE DE LA PAROISSE DE LA NIGAUDAIE. Être un peu trop simple

d'esprit,--dans l'argot du peuple.

ÊTRE DE LA PAROISSE DE SAINT-JEAN-LE-ROND. Être ivre,--dans l'argot des

ouvriers irrévérencieux sans le savoir envers d'Alembert.

ÊTRE DE LA PROCESSION. Être du métier.

On dit aussi _En être_.

ÊTRE DÉMATÉ. Être vieux, impotent,--dans l'argot des marins.

ÊTRE DESSOUS. Être ivre,--dans l'argot du peuple.

ÊTRE DU BÂTIMENT, v. n. Faire partie de la rédaction d'un journal. Être

feuilletoniste ou vaudevilliste,--dans l'argot des gens de lettres, qui

forment une corporation dont l'union ne fait pas précisément la force.

ÊTRE D'UN BON SUIF. Être ridicule, mal mis, ou contrefait,--dans l'argot

du peuple.

On dit aussi _Être d'un bon tonneau_.

ÊTRE DU QUATORZIÈME BÉNÉDICITÉ. Faire partie du régiment,--ou plutôt de

l'armée des imbéciles.

ÊTRE ENCORE (L'). C'est, pour une femme, avoir encore le droit de

recevoir un bouquet de roses blanches, le jour de l'Assomption, sans être

exposée à considérer le présent comme une épigramme.

ÊTRE EN DÉLICATESSE AVEC QUELQU'UN. Être presque brouillé avec lui;

l'accueillir avec froideur,--dans l'argot des bourgeois.

ÊTRE EN FINE PÉGRAINE, v. n. Être à toute extrémité,--dans l'argot des

prisons.

ÊTRE EN TRAIN, v. n. Commencer à se griser,--dans l'argot des ouvriers.

ÊTRE FORT AU BÂTONNET. Façon de parler ironique qu'on emploie à propos

d'une maladresse commise.

ÊTRE LE BOEUF, v. a. Être victime de quelque mauvaise farce, de quelque

mauvais coup,--dans l'argot du peuple, qui a voulu faire allusion au dieu

Apis que l'on abat tous les jours dans les échaudoirs sans qu'il

proteste, même par un coup de corne.

ÉTRENNER, v. n. Recevoir un soufflet, un coup quelconque. Argot des

faubouriens.

ÊTRE PAF, v. n. Être en état d'ivresse. Même argot.

ÊTRE PRÈS DE SES PIÈCES. N'avoir pas d'argent ou en avoir peu. Argot du

peuple.

ÊTRE PRIS DANS LA BALANCINE. Se trouver dans une position gênante.

L'expression est de l'argot des marins.

ÊTRE SUR LA PLANCHE, v. n. Comparaître en police correctionnelle ou

devant la Cour d'assises. Argot des voleurs.

ÊTRE SUR LE SABLE, v. n. N'avoir pas de maîtresse,--dans l'argot des

souteneurs, que cela expose à crever de faim.

ÊTRE TROP PETIT. N'avoir pas l'adresse ou le courage nécessaire pour une

chose. Argot du peuple.

_T'es trop petit!_ est une expression souveraine de mépris, dans la

bouche des faubouriens.

ÊTRE VENT DESSUS VENT DEDANS. Être en état d'ivresse,--dans l'argot des

ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

ÉTRILLER, v. a. Donner des coups,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Voler, surfaire un prix, surcharger une addition.

ÉTRON, s. m. _Stercus_,--dans le même argot.

Signifie aussi: Homme mou, sans consistance, sans valeur.

L'expression est ignoble, mais elle a de nobles parrains. Rabelais

n'a-t-il pas dit, au chapitre des _Meurs et conditions de Panurge_: «Il

fit une tarte bourbonnoise, composée de force de ailz..., d'estroncs tous

chaulx, et la destrempit en sanie de bosses chancreuses?»

ÉTRONNER, v. n. _Cacare_,--dans l'argot des faubouriens.

ET TA SOEUR! Expression fréquemment employée par les faubouriens à tout

propos et même sans propos, comme réponse à une importunité, à une

demande extravagante, ou pour se débarrasser d'un fâcheux.

On dit quelquefois aussi: _Et ta sœur, est-elle heureuse?_ C'est le

refrain d'une chanson très populaire,--malheureusement.

ÉTUDIANT DE LA GRÈVE, s. m. Maçon,--dans l'argot du peuple.

ÉTUDIANTE, s. f. Grisette,--dans l'argot des ouvriers.

_Etudiante pur sang._ Fille destinée à embellir l'existence de plusieurs

générations d'étudiants.

ÉTUI, s. m. La peau du corps,--dans l'argot du peuple, qui a l'honneur de

se rencontrer avec Shakespeare (_case_).

Se dit aussi pour Vêtements.

ÉTUI A LORGNETTE, s. m. Cercueil,--dans l'argot des voyous, qui ont

parfaitement saisi l'analogie de forme existant entre deux choses

pourtant si différentes comme destination.

EUSTACHE, s. m. Couteau,--dans l'argot du peuple, qui dit aussi: Ustache.

ÉVANOUIR (S'). S'en aller de quelque part,--dans l'argot des faubouriens.

ÉVAPORER, v. a. Voler quelque chose adroitement,--dans le même argot.

ÉVENTAIL A BOURRIQUE, s. m. Bâton,--dans le même argot.

ÉVÊQUE DE CAMPAGNE, s. m. Pendu,--dans l'argot du peuple, qui veut dire

que ces sortes de suicidés bénissent avec les pieds.

EXCELLENT (Être). Puer de l'_aisselle_,--dans l'argot des bourgeois, qui

font des calembours par à peu près et pour faire celui-ci sont forcés de

prononcer _essellent_.

EXÉCUTER QUELQU'UN, v. a. Lui interdire l'entrée de la Bourse, parce

qu'il est insolvable,--dans l'argot des coulissiers.

EXPÉDIER, v. a. Tuer,--dans l'argot du peuple.

EXPERT, s. m. Officier de loge,--dans l'argot des francs-maçons.

EXTRA, s. m. Garçon de supplément,--dans l'argot des cafés et des

restaurants.

EXTRA, s. m. Dîner fin,--dans l'argot des bourgeois qui _traitent_.

EXTRA, s. m. Petite débauche supplémentaire,--dans l'argot du peuple.

_Faire un extra._ Faire une petite noce, une petite débauche de table.

Signifie aussi, seulement: Ajouter un plat à un repas trop spartiate, un

demi-setier à un déjeuner composé de pommes de terre frites, etc.

EXTRA, s. m. Convive,--dans l'argot des tables d'hôte militaires.

F

FACE, s. f. Pièce de cinq centimes,--dans l'argot des faubouriens, qui

peuvent ainsi contempler à peu de frais la figure du monarque régnant.

FACE! Exclamation de l'argot des ouvriers, qui la font entendre lorsqu'au

cabaret ou au café quelque chose tombe et se casse.

FACE DE CARÊME, s. f. Mine fatiguée, pâlie par l'étude ou les veilles

malsaines. Argot du peuple.

FACE DU GRAND TURC, s. f. Un des nombreux pseudonymes de messire

Luc,--dans le même argot.

FACES, s. f. pl. Joues,--dans l'argot des bourgeois.

FACIÈS, s. m. Visage,--dans l'argot du peuple, qui parle sans s'en douter

comme Cicéron.

FACTIONNAIRE, s. m. _Insurgé de Romilly._ (V. ce mot.) _Poser un

factionnaire_, Alvum deponere.

FACTOTON, s. m. Valet, homme à tout faire,--(_factotum_),--dans l'argot

du peuple, qui n'emploie jamais cette expression qu'en mauvaise part.

FACTURIER, s. m. Vaudevilliste qui a la spécialité des _couplets de

facture_.

FADAGE, s. m. Partage,--dans l'argot des voleurs.

FADARD, adj. et s. Bon, beau, agréable,--dans l'argot des faubouriens.

FADASSE, s. f. Femme trop blonde,--dans l'argot du peuple, qui ne sait

pas que ses grand mères, les Gauloises, avaient les cheveux flaves.

FADE, s. m. Quote-part de chacun dans une dépense générale; Ecot que l'on

paye dans un pique-nique.

Mot de l'argot des voleurs qui a passé dans l'argot des ouvriers. Mais,

avant d'appartenir au _cant_, il appartenait à notre vieille langue:

«Saciés bien que se je en muir, _faide_ vos en sera demandée», dit

Aucassin au vicomte de Beaucaire, qui lui a enlevé Nicolette. Or _faide_

ici signifie _compte_ et ne peut venir que de _fœdus_, accord

particulier, règlement, _compte_.

FADE, s. m. Fat,--dans l'argot du peuple, qui trouve que ce mot exprime

bien le dégoût que lui causent les gens amoureux de leur personne.

Les deux mots ont d'ailleurs la même étymologie, _fatuus_, insipide.

FADER, v. n. et a. Partager des objets volés.

FADEURS, s. m. pl. Mensonges ordinaires de la conversation,--dans l'argot

du peuple, payé pour être sceptique.

Il n'emploie ordinairement cette expression que pour se moquer, et à

propos de n'importe quoi. On lui raconte que le roi d'Araucanie est monté

sur son trône «Des fadeurs!» dit-il. On lui assure que la France va avoir

la guerre avec l'Angleterre à propos de Madagascar: «Des fadeurs!» On lui

apprend une mauvaise nouvelle: «Des fadeurs!» Une bonne: «Des fadeurs!»

etc.

FAFFE ou FAFIOT, s. m. Papier blanc ou imprimé,--dans l'argot des

voleurs.

_Fafiot garaté._ Billet de banque autrefois signé _Garat_ et aujourd'hui

_Soleil_.

_Fafiot mâle._ Billet de mille francs.

_Fafiot femelle._ Billet de cinq cents francs.

_Fafiot loff._ Faux certificat ou faux passeport.

_Fafiot sec._ Bon certificat ou bon passeport.

FAFIOTEUR, s. m. Marchand de papiers; Banquier.

Signifie aussi Ecrivain.

FAFIOTS, s. m. p. Souliers,--dans l'argot des revendeuses du Temple.

FAGOT, s. m. Forçat,--Homme qui est lié à un autre homme: en liberté, par

une complicité de sentiments mauvais; au bagne, par des manicles.

_Fagot à perte de vue._ Condamné aux travaux forcés à perpétuité.

_Fagot affranchi._ Forçat libéré.

FAGOT, s. m. Vieillard,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui

savent mieux que personne ce qu'on fait du bois mort.

FAGOT, s. m. Élève de l'École des eaux et forêts,--dans l'argot des

Polytechniciens.

FAGOTÉ, adj. Habillé, arrangé,--dans l'argot des bourgeois, qui

n'emploient jamais ce mot qu'en mauvaise part.

FAGOTER, v. a. Travailler sans soin, sans goût, maladroitement,--dans

l'argot des ouvriers.

FAGOTER (Se), v. réfl. S'habiller extravagamment, grotesquement.

A signifié autrefois Se moquer.

FAGOTS, s. m. pl. Contes à dormir debout, niaiseries,--dans l'argot du

peuple.

_Débiter des fagots._ Dire des fadaises, des sottises.

FAIBLE, s. m. Penchant, tendresse particulière et souvent injuste,--dans

l'argot des bourgeois.

_Prendre quelqu'un par son faible._ Caresser sa marotte, flatter son vice

dominant.

FAILLOUSE, s. f. Le jeu de la bloquette,--dans l'argot des écoliers.

FAÎNE, s. f. Pièce de cinq centimes,--dans l'argot des ouvriers, qui pour

trouver cette analogie, ont dû se reposer _sub tegmine fagi_.

FAININ, s. m. Liard,--qui est une petite faîne.

FAIRE, s. m. Façon d'écrire ou de peindre,--dans l'argot des gens de

lettres et des artistes.

FAIRE, v. a. Dépecer un animal,--dans l'argot des bouchers, qui _font_ un

veau, comme les vaudevillistes un _ours_.

FAIRE, v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante,

pour y offrir des marchandises,--dans l'argot des commis voyageurs et des

petits marchands.

FAIRE, v. n. _Cacare_,--dans l'argot à moitié chaste des bourgeois.

_Faire dans ses bas._ Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en

enfance; ne plus savoir ce qu'on fait.

FAIRE, v. n. Jouer,--dans l'argot des bohèmes.

_Faire son absinthe._ Jouer son absinthe contre quelqu'un, afin de la

boire sans la payer.

On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.

FAIRE, v. n. Travailler, être ceci ou cela,--dans l'argot des bourgeois.

_Faire dans l'épicerie._ Être épicier.

_Faire dans la banque._ Travailler chez un banquier.

FAIRE, v. a. Voler, et même Tuer,--dans l'argot des prisons.

_Faire le foulard._ Voler des mouchoirs de poche.

_Faire des poivrots_ ou _des gavés_. Voler des gens ivres.

_Faire une maison entière._ En assassiner tous les habitants sans

exception et y voler tout ce qui s'y trouve.

FAIRE (Le), v. a. Réussir,--dans l'argot du peuple, qui emploie

ordinairement ce verbe avec la négative, quand il veut défier ou se

moquer. Ainsi: _Tu ne peux pas le faire_, signifie: Tu ne me supplanteras

pas,--tu ne peux pas lutter de force et d'esprit avec moi,--tu ne te

feras jamais aimer de ma femme,--tu ne deviendras jamais riche, ni

beau,--etc., etc. Comme quelques autres du même argot, ce verbe,

essentiellement parisien, est une selle à tous chevaux.

FAIRE (Se), v. réfl. S'habituer,--dans l'argot des bourgeois.

_Se faire à quelque chose._ Y prendre goût.

_Se faire à quelqu'un._ Perdre de la répugnance qu'on avait eue d'abord

à le voir.

FAIRE (Se). Se bonifier,--dans l'argot des marchands de vin.

FAIRE ACCROCHER (Se). Se faire mettre à la salle de police,--dans l'argot

des soldats.

FAIRE A LA RAIDEUR (La). Se montrer raide, exigeant, dédaigneux,--dans

l'argot des petites dames.

Elles disent de même: _La faire à la dignité_, ou _à la bonhomie_, ou _à

la méchanceté_, etc.

FAIRE ALLER, v. a. Se moquer de quelqu'un, le berner,--dans l'argot du

peuple.

FAIRE A L'OSEILLE (La), v. a. Jouer un tour désagréable à

quelqu'un,--dans l'argot des vaudevillistes.

L'expression sort d'une petite gargote de cabotins de la rue de Malte,

derrière le boulevard du Temple, et n'a que quelques années. La maîtresse

de cette gargote servait souvent à ses habitués des œufs à l'oseille, où

il y avait souvent plus d'oseille que d'œufs. Un jour elle servit une

omelette... sans œufs.--«Ah! cette fois, tu nous la fais trop à

l'oseille,» s'écria un cabotin. Le mot circula dans l'établissement, puis

dans le quartier; il est aujourd'hui dans la circulation générale.

FAIRE AU MÊME, v. a. Tromper, prendre sa revanche de quelque chose,--dans

l'argot du peuple.

Il dit aussi _Refaire au même_.

FAIRE BAISER (Se). Se faire arrêter ou _engueuler_,--dans le même argot.

On dit aussi _Se faire choper_.

FAIRE BALAI NEUF, v. n. Montrer un zèle exagéré qui ne pourra pas se

soutenir,--dans le même argot.

FAIRE BRÛLER MOSCOU. Faire un punch monstre,--dans l'argot des soldats,

qui connaissent tous, par ouï-dire, les belles flammes qui s'échappaient,

le 29 septembre 1812, de l'antique cité des czars, brûlée par Rostopchin.

FAIRE CABRIOLET. Se traîner sur le cul, comme les chiens lorsqu'ils

veulent se torcher. Argot du peuple.

FAIRE CASCADER LA VERTU, v. a. Obtenir d'une femme l'aveu de son amour et

en abuser,--dans l'argot de Breda-Street, d'après _la Belle Hélène_.

FAIRE CELUI QUI... Faire semblant de faire une chose,--dans l'argot du

peuple.

FAIRE CHARLEMAGNE. Se retirer du jeu après y avoir gagné, sans vouloir

donner de revanche,--dans l'argot des joueurs, qui savent ou ne savent

pas leur histoire de France. «Charlemagne (dit Génin en ses _Récréations

philologiques_) garda jusqu'à la fin toutes ses conquêtes, et quitta le

jeu de la vie sans avoir rien rendu du fruit de ses victoires; le joueur

qui se retire les mains pleines fait comme Charlemagne: il fait

Charlemagne:

_Se non è vero_... Je ne demande pas mieux d'en croire Génin, mais

jusqu'ici il m'avait semblé que Charlemagne n'avait pas autant _fait

Charlemagne_ que le dit le spirituel et regrettable érudit, et qu'il y

avait, vers les dernières pages de son histoire, une certaine défaite de

Roncevaux qui en avait été le Waterloo. Et puis... Mais le chevalier de

Cailly avait raison!

FAIRE CORPS NEUF, v. a. _Alvum deponere_,--et le remplir ensuite de

nouveaux aliments.

FAIRE COUCOU. Jouer à se cacher,--dans l'argot des enfants.

FAIRE COULER UN ENFANT, v. a. Prendre un médicament abortif,--dans

l'argot des filles.

FAIRE CUIRE SA TOILE, v. a. Employer les tons rissolés, les grattages,

les ponçages,--dans l'argot des critiques d'art, qui n'ont pas encore

digéré la peinture de Decamps.

FAIRE CUIRE SON HOMARD, v. a. Rougir d'émotion ou d'autre chose,--dans

l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Faire cuire son écrevisse_.

FAIRE DANSER UN HOMME SUR LA PELLE A FEU. Exiger sans cesse de l'argent

de lui, le ruiner,--dans l'argot des petites dames.

On dit aussi _Faire danser sur la poêle à frire_.

FAIRE DE CENT SOUS QUATRE FRANCS, v. a. Dépenser follement son

argent,--dans l'argot des bourgeois, qui ajoutent quelquefois: _Et de

quatre francs rien_.

FAIRE DE LA MUSIQUE. Se livrer à des conversations intempestives sur les

coups. Argot des joueurs.

FAIRE DE LA POUSSIÈRE, v. a. Faire des embarras,--dans l'argot des

petites dames, qui recommandent toujours à leurs cochers d'aller grand

train quand il s'agit de _couper_ une rivale sur le boulevard, ou dans

l'avenue des Champs-Élysées, ou dans les allées du bois de Boulogne.

FAIRE DE L'EAU, v. a. _Meiere_,--dans l'argot des bourgeois.

Ils disent aussi _Epancher de l'eau_, _Pencher de l'eau_ et _Lâcher de

l'eau_.

FAIRE DE L'OR. Gagner beaucoup d'argent.

Le peuple, lui, dit _Chier de l'or_.

FAIRE DES AFFAIRES, v. a. Faire beaucoup de bruit pour rien, exagérer

l'importance des gens et la gravité des choses,--dans l'argot du peuple,

qui se gausse volontiers des M. Prudhomme.

On dit aussi _Faire des affaires de rien_.

FAIRE DES AFFAIRES (Se), v. réfl. S'attirer des désagréments, des

querelles, des embarras.

FAIRE DES CHOUX ET DES RAVES, v. a. Faire n'importe quoi d'une chose,

s'en soucier médiocrement,--dans l'argot des bourgeois.

FAIRE DES CORDES, v. a. _Difficilimè excernere_,--dans l'argot du peuple,

qui emploie là une expression déjà vieille: _Tu funem cacas?_ dit à

son camarade un personnage d'une comédie grecque traduite en latin.

FAIRE DES CRÊPES, v. a. S'amuser comme il est de tradition de le faire au

Mardi-Gras,--dans l'argot des artistes, gouailleurs de leur nature.

Se dit volontiers pour retenir quelqu'un: «_Rester donc; nous ferons des

crêpes_.»

FAIRE DES GAUFRES. S'embrasser entre grêlés,--dans l'argot du peuple.

FAIRE DES GRÂCES, v. a. Minauder ridiculement.

Signifie aussi: S'étendre paresseusement au lieu de travailler.

FAIRE DES SIENNES, v. a. Faire des folies ou des sottises,--dans l'argot

des bourgeois.

FAIRE DES YEUX DE HARENG, v. a. Crever les yeux à quelqu'un,--dans

l'argot des voleurs.

FAIRE DE VIEUX OS (Ne pas), v. a. Ne pas demeurer longtemps dans un

emploi, dans un logement, etc.

Signifie aussi: N'être pas destiné à mourir de vieillesse, par suite de

maladie héréditaire ou de santé débile.

FAIRE DU LARD, v. a. Dormir; se prélasser au lit,--dans l'argot du

peuple, à qui les exigences du travail ne permettront jamais

d'engraisser.

_Aller faire du lard._ Aller se coucher.

FAIRE DU PAPIER MARBRÉ, v. a. Avoir la mauvaise habitude de se réchauffer

les pieds avec un _gueux_,--dans l'argot du peuple, qui a eu maintes fois

l'occasion de constater les inconvénients variqueux de cette habitude

familière aux marchandes en plein vent, aux portières, et généralement à

toutes les femmes trop pauvres pour pouvoir employer un autre mode de

chauffage que celui-là.

FAIRE ÉCLATER LE PÉRITOINE (S'en). Manger ou boire avec excès,--dans

l'argot des étudiants.

FAIRE ENSEMBLE, v. n. Jouer ou manger ensemble,--dans l'argot des

écoliers, qui prêtent quelquefois cette expression aux grandes personnes.

FAIRE FEU, v. a. Boire,--dans l'argot des francs-maçons, qui ont des

_canons_ pour verres.

FAIRE JACQUES DÉLOGE, v. n. Partir précipitamment sans payer son terme ou

sans prendre congé de la compagnie,--dans l'argot du peuple.

FAIRE LA BALLE ÉLASTIQUE. Manquer de vivres,--dans l'argot des voleurs,

que cela doit faire _bondir_.

FAIRE LA BARBE, v. a. Se moquer de quelqu'un, lui jouer un vilain

tour,--dans l'argot du peuple.

FAIRE LA BÊTE, v. a. Faire des façons.

On dit aussi _Faire l'âne pour avoir du son_.

FAIRE LA GRANDE SOULASSE, v. a. Assassiner,--dans l'argot des voleurs.

FAIRE LA GRASSE MATINÉE, v. a. Rester longtemps au lit à dormir ou à

rêvasser,--dans l'argot des bourgeois, à qui leurs moyens permettent ce

luxe.

FAIRE LA MANCHE, v. a. Faire la quête,--dans l'argot des saltimbanques.

FAIRE LA PLACE POUR LES PAVÉS A RESSORTS. Faire semblant de chercher de

l'ouvrage et prier le bon Dieu de ne pas en trouver,--dans l'argot des

ouvriers, ennemis-nés des paresseux.

FAIRE LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS. Être le maître quelque part; avoir une

grande influence dans une compagnie, dans un atelier. Argot des

bourgeois.

FAIRE LA RETAPE, v. a. Aller se promener sur le trottoir des rues ou des

boulevards, en toilette tapageuse et voyante, bien _retapée_ en un mot,

pour y faire la chasse à l'homme. Argot des filles et des souteneurs.

FAIRE L'ARTICLE, v. a. Vanter sa marchandise,--dans l'argot des

marchands. Parler de ses titres littéraires,--dans l'argot des gens de

lettres. Faire étalage de ses vices,--dans l'argot des petites dames.

FAIRE LA SOURIS, v. n. Enlever délicatement et sans bruit son argent à un

homme au moment où il doit y penser le moins,--dans l'argot des petites

dames qui ne craignent pas d'ajouter le vol au vice.

FAIRE LA TORTUE. Jeûner,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens,

qui font allusion à l'abstinence volontaire ou forcée à laquelle

l'intéressant _testudo_ est astreint pendant des mois entiers.

FAIRE LA VIE, v. n. Se débaucher, courir les gueuses, ou avoir de

nombreux amants, selon le sexe,--dans l'argot des bourgeois, qui pensent

peut-être que c'est plutôt _défaire sa vie_.

FAIRE LE BON FOURRIER, v. n. C'est, dans un repas, servir ou découper de

façon à ne pas s'oublier soi-même.

_Faire le mauvais fourrier._ Servir ou découper de façon à contenter tout

le monde excepté soi-même.

FAIRE LE BOULEVARD, v. n. Se promener, en toilette provocante et en

tournure exagérée, sur les boulevards élégants,--dans l'argot de

Breda-Street, qui est l'écurie d'où sortent chaque soir, vers quatre

heures, de si jolis pur-sang, miss Arabella, miss Love, etc.

On dit aussi _Faire la rue_ ou _Faire le trottoir_.

FAIRE LE CUL DE POULE, v. n. Faire la moue en avançant les lèvres et en

les pressant,--dans l'argot du peuple.

FAIRE L'ÉCUREUIL. Faire une besogne inutile, marcher sans avancer,--dans

le même argot.

FAIRE L'ÉGARD. Détourner à son profit partie d'un vol.

On disait autrefois _Ecarter_,--ce qui est faire son _écart_.

FAIRE LE GRAND, v. a. _Alvum deponere_,--dans l'argot des pensionnaires.

Elles disent aussi _Faire le grand tour_.

FAIRE LE LÉZARD, v. n. S'étendre au soleil et y dormir ou y rêver,--dans

l'argot des bohèmes et du peuple.

FAIRE LE MOUCHOIR, v. a. Voler une idée de drame, de vaudeville ou de

roman,--dans l'argot des gens de lettres.

FAIRE LE PETIT, v. a. _Meiere_;--dans l'argot des pensionnaires.

Elles disent aussi _Faire le petit tour_.

FAIRE LE PLONGEON, v. a. Se confesser _in extremis_--dans l'argot du

peuple, qui a horreur de l'eau.

C'est le mot de Condorcet parlant des derniers moments d'Alembert: «Sans

moi, dit-il, il faisait le plongeon.»

FAIRE L'OEIL DE CARPE. Rouler les yeux de façon à n'en montrer que le

blanc,--dans l'argot des petites dames, qui croient ainsi donner fort à

penser aux hommes.

FAIRE MAL. Faire pitié,--dans l'argot des faubouriens et des filles, qui

disent cela avec le plus grand mépris possible. _Ah! tu me fais mal!_ est

d'une éloquence à nulle autre pareille: on a tout dit quand on a dit

cela.

FAIRE MOURIR (S'en). Désirer ardemment une chose,--dans l'argot du

peuple.

S'emploie d'ordinaire comme formule de refus à une demande indiscrète ou

exagérée: _Ah! tu t'en ferais mourir!_ C'est le refrain d'une chanson

récente qui a fait son tour de Paris comme le drapeau rouge, et qui est

en train de faire son tour au monde comme le drapeau tricolore.

FAIRE NONNE. Prêter la main à un vol,--dans l'argot des prisons.

FAIRE PASSER LE GOÛT DU PAIN. Tuer quelqu'un,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Perdre le goût du pain_, pour Mourir.

FAIRE PATROUILLE. Se débaucher de compagnie, courir les rues après minuit

avec des libertins et des ivrognes.

FAIRE PEAU NEUVE. S'habiller à neuf.

FAIRE PÉTER LE CYLINDRE (S'en). Se dit, dans l'argot des faubouriens, de

toute chose faite avec excès, comme de manger, de boire, etc., et qui

pourrait faire éclater un homme,--c'est-à-dire le tuer.

On dit aussi _S'en faire péter la sous-ventrière_.

FAIRE PETITE CHAPELLE, v. n. Se chauffer comme ont la pernicieuse

habitude de le faire les femmes du peuple, qui s'exposent ainsi à des

maladies variqueuses.

FAIRE PIEDS NEUFS, v. a. Accoucher d'un enfant,--dans l'argot du peuple,

qui se souvient, sans l'avoir lu, du livre Ier, chap. VI, de

_Gargantua_.

FAIRE PLEURER SON AVEUGLE. _Meiere_,--dans l'argot des faubouriens.

FAIRE RAMASSER (Se). Se faire arrêter,--dans l'argot des voleurs et des

filles.

FAIRE SA BALLE, v. a. Suivre les instructions ou les conseils de

quelqu'un,--dans l'argot des prisons.

FAIRE SALUER LE POLICHINELLE. Réussir, faire mieux que les autres,--dans

l'argot des faubouriens. C'est une allusion aux tirs à l'arbalète des

fêtes publiques, où, quand on met dans le mille, on voit sortir et saluer

une tête de Turc quelconque.

FAIRE SA SOPHIE, v. n. Se scandaliser à propos d'une conversation un peu

libre, montrer plus de sagesse qu'il ne convient.

On dit aussi _Faire sa poire_, _Faire sa merde_, et _Faire son

étroite_,--dans l'argot des voyous.

FAIRE SAUTER LA COUPE. Battre les cartes de façon à toujours amener le

roi,--dans l'argot des _grecs_.

FAIRE SAUTER LE SYSTÈME (Se), v. réfl. Se brûler la cervelle,--dans

l'argot des faubouriens.

FAIRE SES CHOUX GRAS DE QUELQUE CHOSE. En faire ses délices, s'en

arranger,--dans l'argot des bourgeois.

FAIRE SES FRAIS, v. a. Emmener un homme du Casino,--dans l'argot des

petites dames, à qui leur toilette de combat coûterait bien cher si elles

étaient forcées de la payer.

FAIRE SES FRAIS, v. a. Réussir à plaire à une jolie femme un peu

légère,--dans l'argot des libertins, qui sèmeraient en vain leur esprit

et leur amabilité s'ils ne semaient en même temps quelques gouttes de

«boue jaune».

FAIRE SES ORGES, v. a. Faire des profits illicites,--dans l'argot du

peuple.

FAIRE SES PETITS PAQUETS, v. a. Être à l'agonie,--dans l'argot des

infirmiers, qui ont remarqué que les malades ramassent leurs draps, les

ramènent vers eux instinctivement, à mesure que le froid de la mort les

gagne.

FAIRE SON CAMBRONNE. _Cacare_,--dans l'argot dédaigneux des duchesses du

faubourg Saint-Germain, qui disent cela depuis l'apparition des

_Misérables_ de Victor Hugo.

FAIRE SON DEUIL D'UNE CHOSE. La considérer comme perdue, s'en

passer,--dans l'argot du peuple.

FAIRE SON MICHAUD, v. a. Dormir,--dans le même argot.

FAIRE SON TEMPS, v. a. Rester en prison ou au bagne pendant un nombre

déterminé de mois ou d'années, à l'expiration duquel on est libre.

--Se dit aussi du Service militaire auquel on est astreint lorsqu'on est

tombé à la conscription.

FAIRE SUER, v. a. Tuer.--dans l'argot des escarpes, qui d'un coup de

surin, procurent immédiatement à un homme des sueurs de sang.

--_Faire suer un chêne._ Tuer un homme.

FAIRE TOMBER LE ROUGE. Avoir l'inconvénient de la bouche--dans l'argot

des comédiens, à qui _l'émotion inséparable_ donne souvent cette

_infirmité_ passagère.

FAIRE UN DIEU DE SON VENTRE, v. a. Ne songer qu'à bien manger et à bien

boire,--dans l'argot des bourgeois.

FAIRE UNE BELLE JAMBE. Ne servir à rien,--dans l'argot du peuple, qui

emploie cette expression ironiquement et à propos de n'importe quoi. _Ça

lui fait une belle jambe!_

La «Belle Heaulmière» de François Villon disait dans le même sens: _J'en

suis bien plus grasse!_

FAIRE UNE COMMISSION, v. a. _Levare ventris onus_,--dans l'argot des

bourgeoises.

FAIRE UNE COQUILLE DE BERGERAC, v. a. Se dit,--dans l'argot des

tailleurs, quand un ouvrier a fait une pièce dont les pointes de collet

ou de revers, au lieu de se courber en dessous, relèvent le nez en l'air

et _poignardent le ciel_.

C'est une plaisanterie de Gascon, maintenant parisiennée.

FAIRE UNE ENTRÉE DE BALLET, v. a. Entrer quelque part sans saluer,--dans

l'argot des bourgeois, amis des bienséances.

FAIRE UNE FEMME, v. n. Nouer une intrigue amoureuse avec elle,--dans

l'argot des étudiants.

FAIRE UNE FIN, v. n. Se marier,--dans l'argot des viveurs, qui finissent

par où les gens rangés commencent, et qui ont lieu de s'en repentir.

FAIRE UNE MOULURE, v. a. _Levare ventris onus_,--dans l'argot des

menuisiers.

FAIRE UNE TÊTE (Se). Se grimer d'une manière caractéristique, suivant le

type du personnage à représenter. Argot des coulisses.

Got, Mounet-Sully, Paulin Ménier excellent dans cet art difficile.

FAIRE UN HOMME, v. n. Se faire emmener du bal par un noble inconnu,

coiffeur ou banquier. Argot des petites dames.

FAIRE UN PLI (Ne pas). Aller tout seul,--dans l'argot du peuple.

FAIRE UN TASSEMENT, v. a. Boire un verre de cognac ou de madère au milieu

d'un repas,--dans l'argot des bohèmes.

On dit aussi _Faire un trou_.

FAIRE UN TROU A LA LUNE. Faire faillite, enlever la caisse de son patron

et se réfugier en Belgique. Argot du peuple.

FAISANDER (Se), v. réfl. Vieillir,--dans l'argot des faubouriens, qui ne

se font aucun scrupule d'assimiler l'homme au gibier.

Ils disent aussi _S'avarier_.

FAISANT, s. m. Camarade, copain,--dans l'argot du collège, où l'on

éprouve le besoin d'avoir un second soi-même, un confident des premières

joies et des premières douleurs, un ami qui fasse vos thèmes et de qui

l'on _fasse_ les billes et les confitures.

FAISEUR, s. m. Type essentiellement parisien, à double face comme Janus,

moitié escroc et moitié brasseur d'affaires, Mercadet en haut et Robert

Macaire en bas, justiciable de la police correctionnelle ici et gibier de

Clichy là--coquin quand il échoue, et seulement audacieux quand il

réussit. Argot des bourgeois.

FAISEUR D'OEIL, s. m. Lovelace qui jette l'hameçon de son regard amorcé

d'amour sur toutes les femmes qu'il suppose appelées à y mordre.

L'expression est de Nestor Roqueplan.

FALOURDE, s. f. Le double-six,--dans l'argot des joueurs de dominos.

On l'appelle aussi le _Bateau à charbon_ et l'_Ami_.

FALOURDE ENGOURDIE, s. f. Cadavre,--dans l'argot des voyous.

FAMEUX, s. m. Homme solide de bras et de cœur,--dans l'argot du peuple.

FAMEUX, EUSE, adj. Excessif, énorme, dans le sens péjoratif.

_Un fameux paillard._ Un paillard consommé.

_Une fameuse bévue._ Une bévue colossale.

Quelquefois aussi ce mot est employé dans le sens d'Excellent, en parlant

des choses et des gens, et il n'est pas rare alors de l'entendre

prononcer ainsi: _P, h, a, pha, fameux!_ C'est le _nec plus ultra_ de

l'admiration populaire.

FANAL, s. m. La gorge,--dans l'argot des faubouriens.

_S'éclairer le fanal._ Boire un verre de vin ou d'eau-de-vie.

On dit aussi _Fanon_, afin qu'aucune injure ne soit épargnée à l'homme

par l'homme.

FANANDEL, s. m. Frère, ami, compagnon,--dans l'argot des prisons.

_Grands fanandels._ Association de malfaiteurs de la haute pègre, formée

en 1816, «à la suite d'une paix qui mettait tant d'existences en

question», d'après Honoré de Balzac.

FANFAN, s. f. Jeune fille,--dans l'argot du peuple, qui a parfois la

parole caressante, s'il a la main rude.

Se dit aussi d'un enfant quelconque.

FANFAN BENOITON, s. m. Petit garçon de manières et d'un langage au-dessus

de son âge,--dans l'argot des gens de lettres, par allusion au petit

personnage de la comédie de M. Victorien Sardou (1865-1866). C'est le

pendant de _Fouyou_.

FANFARER, v. n. et a. Faire des réclames à une pièce ou à un livre, à une

danseuse ou à un chien savant,--dans l'argot des gens de lettres.

FANFE, s. f. Tabatière,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Fonfe_.

FANFOUINER, v. n. Priser,--dans l'argot des voyous.

FANFOUINEUR, s. m. Priseur.

FANTAISIE, s. f. Caprice amoureux,--dans l'argot de Breda-Street, où l'on

est très fantaisiste.

FANTAISISME, s. m. Ecole littéraire antagoniste du Réalisme. C'est le

dévergondage à la quinzième puissance, c'est l'extravagance chauffée à

une douzaine d'atmosphères. La littérature d'autrefois a connu cette

infirmité de l'esprit, cette maladie de l'imagination, mais à l'état

d'exception; la littérature d'aujourd'hui a moins de santé, mais il faut

espérer qu'elle n'en mourra pas.

FANTAISISTE, s. et adj. Ecrivain pyrotechnicien, plus fier de parler aux

yeux que de s'adresser à l'esprit, plus amoureux des fulgurants effets de

style que bon observateur des règles du bien dire, et, comme tel, destiné

à durer autant qu'un feu d'artifice: fusées tombées, fusées mortes!

FANTASIA, s. t. Caprice, lubie, fantaisie,--dans l'argot du peuple.

FARAUD, s. m. Monsieur,--dans l'argot des voleurs et du peuple, qui ont

remarqué que les messieurs avaient assez ordinairement l'air _fiérot_.

A signifié aussi, à l'origine, souteneur de filles, comme le prouvent ces

vers cités par Francisque Michel:

«Monsieur, faut vous déclarer

Que c'est une femme effrontée

Qui fit son homme assassiner

Par son faraud...»

_Faire son faraud_. Se donner des airs de gandin quand on est simple

garçon tailleur, ou s'endimancher en bourgeois quand on est ouvrier.

FARAUDEC, s. f. Mademoiselle,--dans l'argot des voleurs.

FARAUDÈNE, s. f. Madame,--dans l'argot des voleurs, qui disaient

autrefois _faraude_.

FARCE, adj. Amusant, grotesque,--dans l'argot du peuple.

_Chose farce._ Chose amusante.

_Homme farce._ Homme grotesque.

_Être farce._ Avoir le caractère joyeux; être ridicule.

FARCE, s. f. Plaisanterie en paroles ou en action,--dans l'argot du

peuple, qui a été souvent la victime de farces sérieuses de la part de

farceurs sinistres.

FARCES, s. f. pl. Actions plus ou moins répréhensibles, justiciables de

la Morale ou de la Police correctionnelle.

_Faire des farces._ Faire des dupes; tromper des actionnaires par des

dividendes fallacieux.

_Avoir fait ses farces._ Avoir eu beaucoup de maîtresses ou un grand

nombre d'amants.

FARCEUR, s. m. Homme d'une moralité équivoque, qui jongle avec les choses

les plus sacrées et se joue des sentiments les plus respectables;

débiteur qui restera toujours volontairement insolvable; amant qui

exploitera toujours la crédulité--et la bourse--de ses maîtresses, etc.,

etc.

FARCEUSE, s. f. Femme ou fille qui ne prend au sérieux rien ou personne,

pas plus l'amour que la vertu, pas plus les hommes que les femmes, et qui

se dit, comme Louis XV: «Après moi le déluge!»

FARD, s. m. Mensonge, broderie ajoutée à un récit,--dans l'argot du

peuple.

_Sans fard._ De bonne foi.

FARD, s. m. Rougeur naturelle du visage.

_Avoir un coup de fard._ Rougir subitement, sous le coup d'une émotion ou

de l'ébriété.

FARDER (Se), v. réfl. Se griser,--par allusion aux rougeurs que l'ivresse

amène sur le visage en congestionnant le cerveau.

FAR-FAR, adv. Vite, promptement,--dans l'argot des voleurs.

FARFOUILLER, v. n. Chercher quelque chose avec la main, remuer tout pour

le trouver. Argot du peuple.

FARFOUILLEUR, adj. et s. Homme qui se plaît, comme Tartufe, à s'approcher

plus qu'il ne convient des robes des femmes, afin de s'assurer que

l'étoffe en est moelleuse.

FARGUE, s. f. Charge, poids,--dans l'argot des voleurs, qui doivent avoir

emprunté cette expression aux marins.

FARGUEMENT, s. m. Chargement.

FARGUER, v. a. Charger.

Signifie aussi Rougir.

FARGUEUR, s. m. Chargeur.

FARIBOLE, s. f. Farce, plaisanterie, gaminerie,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Chose sans importance, objet de peu de valeur.

On disait autrefois et on dit encore quelquefois _Falibourde_.

FARINEUX, adj. Excellent, parfait,--dans l'argot des faubouriens, pour

qui il n'y a rien au-dessus du pain, si ce n'est la brioche.

FATIGUE, s f. Le travail du bagne.

FATIGUER, v. n. et act. Salir un livre à force de le consulter,--dans

l'argot des relieurs.

FAUBOURIEN, s. m. Homme mal élevé, grossier, dans l'argot des bourgeois,

qui voudraient bien être un peu plus respectés du peuple qu'ils ne le

sont.

FAUCHANTS, s. m. pl. Ciseaux,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Faucheux_.

FAUCHÉ (Être). Être guillotiné au bagne.

FAUCHE-ARDENT, s. m. Mouchettes,--dans l'argot des voleurs.

FAUCHER, v. a. Couper,--dans le même argot, où on emploie ce verbe au

propre et au figuré.

_Faucher le colas._ Couper le cou.

_Faucher dans le pont._ Donner aveuglément dans un piège.

_Faucher le grand pré._ Être au bagne.

FAUCHER LE PERSIL, v. a. Se promener, en toilette «esbrouffante», sur les

trottoirs les plus et les mieux fréquentés. Argot des filles et de leurs

souteneurs.

On dit aussi _Cueillir le persil_, _Aller au persil_, et _Persiller_.

FAUCHEUR, s. m. Le bourreau,--dans l'argot des prisons où l'allégorie du

Temps est une sinistre réalité.

FAUCHEUX, s. m. Homme à jambes longues et grêles comme les pattes du

_Phalangium_,--dans l'argot du peuple, qui ne laisse passer devant lui

aucune infirmité grave ou légère, sans la saluer d'une injure ou tout au

moins d'une épigramme.

FAUCHURE, s. f. Coupure.

FAUSSE-COUCHE, s. f. Homme raté, sans courage, sans vertu, sans talent,

sans quoi que ce soit,--dans l'argot du peuple.

FAUTER, v. n. Commettre une faute,--dans le même argot.

FAUX-BOND, s. m. Manque de parole,--dans l'argot des bourgeois.

_Faire faux-bond à l'échéance._ N'être pas en mesure de payer.

FAUX-COL, s. m. La mousse d'une chope de bière,--dans l'argot des

faubouriens.

FAVEURS, s. f. pl. La preuve matérielle qu'une femme donne de son amour à

un homme,--dans l'argot des bourgeois, qui ne se contenteraient pas,

comme les galants d'autrefois, de rubans, de boucles et de nœuds d'épée.

_Avoir eu les faveurs d'une femme._ Avoir été son amant.

FAVORI D'APOLLON, s. m. Poëte estimable,--dans l'argot des académiciens.

Ils disent aussi _Favori des Muses_.

FAVORI DE MARS, s. m. Guerrier heureux en batailles,--dans le même argot.

On dit aussi _Favori de Bellone_.

FAVORI D'ESCULAPE, s. m. Médecin heureux en malades,--dans le même argot.

FAYOTS, s. m. pl. Légumes en général, haricots, lentilles, ou fèves,

_fayols_,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de

marine.

_Le cap Fayot._ Moment de la traversée où l'équipage, ayant épuisé les

provisions fraîches, est bien forcé d'entamer les légumes secs. C'est ce

qu'on appelle alors _Naviguer sous le cap Fayot_.

FÉCALITÉS, s. f. pl. Laideurs sociales, ordures morales,--dans l'argot

des gens de lettres.

Le mot a été employé pour la première fois par Charles Bataille.

FÉE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des ouvriers, qui ne savent pas dire

si vrai en disant si poétiquement.

FÉE-BOSSE, s. f. Femme vieille, laide, acariâtre. On dit aussi _Fée

Carabosse_.

FEIGNANT, s. et adj. Fainéant,--dans l'argot du peuple, qui parle plus

correctement qu'on ne serait tenté à première vue, de le supposer,

_feignant_ venant du verbe _feindre_, racine de _fainéantise_, qu'on

écrivait autrefois _faintise_.

Signifie aussi Poltron, lâche, et c'est alors une suprême

injure,--l'_ignavus_ de Cicéron, Barbarisme nécessaire, car _fainéant_ ne

rendrait pas du tout la même idée, parce qu'il n'a pas la même énergie et

ne contient pas autant de mépris.

FÊLER (Se), v. réfl. Donner des preuves de folie, faire des

excentricités,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent la boîte

osseuse pour une faïence.

On dit aussi _Avoir la tête fêlée_.

FELOUSE, s. f. Prairie,--dans l'argot des voleurs, qui ont seulement

démarqué la première lettre du mot généralement employé.

FEMELLE, s. f. Femme, épouse,--dans l'argot des ouvriers, qui se

considèrent comme des mâles et non comme des hommes.

L'expression,--toujours employée péjorativement,--a des chevrons,

puisqu'on la retrouve dans Clément Marot, qui, s'adressant à sa

maîtresse, la petite lingère du Palais, dit:

«Incontinent, desloyalle femelle,

Que j'auray faict et escrit ton libelle,

Entre les mains le mettray d'une femme

Qui appelée est Renommée, ou Fame,

Et qui ne sert qu'à dire par le monde

Le bien ou mal de ceux où il abonde.»

FEMME DE LA TROISIÈME CATÉGORIE, s. f. Fille de mauvaise vie,--dans

l'argot des faubouriens, qui ont saisi avec empressement, il y a quelques

années, les analogies que leur offraient les divisions officielles de la

viande de boucherie.

FEMME DU QUARTIER, s. f. Grisette qui a la spécialité de l'étudiant et

qui se garderait bien de frayer avec les bourgeois ou les militaires, de

peur de déplaire à Paul de Kock.

On dit aussi _Femme de l'autre côté_ (sous-entendu: _de la Seine_).

FEMME DU RÉGIMENT, s. f. La grosse caisse,--dans l'argot des soldats.

FEMME ENTRETENUE, s. f. Fille ou femme qui croit que la vertu est un

«meuble inutile» et qui préfère acheter les siens à _tant par amant_.

Les Belges disent _Une entretenue_.

FENDANT, s. m. Homme qui marche d'un air conquérant, le chapeau sur le

coin de l'oreille, les moustaches relevées en crocs, la main gauche sur

la hanche, et de la droite manœuvrant une canne,--qui n'effraie

personne.

Il y a longtemps que le peuple emploie cette expression, comme le prouve

ce passage de la _Macette_ de Mathurin Regnier:

«N'estant passe-volant, soldat ny capitaine,

Depuis les plus chétifs jusques aux plus fendants,

Qu'elle n'ait desconfits et mis dessus les dents.»

_Faire son fendant._ Se donner des allures de matamore.

On dit aussi _Fendart_.

FENDEUR DE NASEAUX, s. m. Faux brave, qui fait plus de bruit que de

besogne.

On dit aussi, et plus élégamment, _Casse-gueule_.

FENDRE (Se), v. réfl. Montrer de la générosité, dépenser beaucoup

d'argent, _s'ouvrir_,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi: Se dévouer.

_Se fendre à s'écorcher._ Pousser à l'excès la prodigalité.

FENDRE L'ARCHE, v. a. Importuner, ennuyer,--dans le même argot.

_Tu me fends l'arche!_ est une des exclamations que les étrangers sont

exposés à entendre le plus fréquemment en allant aux Gobelins.

FENDRE L'ERGOT. S'enfuir,--dans l'argot du peuple, fidèle aux vieilles

traditions.

On dit aussi, mais moins, _Bander l'ergot_.

FENÊTRIÈRE, s. f. Fille qui fait le trottoir par sa fenêtre.

FENOUSE, s. f. Prairie,--dans l'argot des voleurs.

FER CHAUD, s. m. Le pyrosis,--dans l'argot du peuple, qui, ne connaissant

pas le nom grec à donner à cette affection, emploie une expression fort

simple et très caractéristique de la douleur cruelle qu'elle occasionne à

l'estomac.

FERLAMPIER, s. m. Homme à tout faire, excepté le bien,--dans l'argot des

voleurs, qui ont emprunté là un des vieux mots du vocabulaire des

honnêtes gens, en le dénaturant un peu.

FERLAMPIER, s. m. Pauvre diable, misérable,--dans l'argot du peuple.

FERLINGANTE, s. f. Verrerie, faïencerie,--dans l'argot des voleurs.

FERME, s. f. Décor de fond, dans la composition duquel entre une

charpente légère qui permet d'y établir des portes praticables. Argot des

machinistes.

FERMER, v. a. et n. Attacher solidement, rendre _ferme_,--dans l'argot

des coulisses, où l'on emploie ce verbe à propos de décors.

FERRÉ A GLACE (Être). Savoir parfaitement son métier ou sa leçon,--dans

l'argot des bourgeois.

FERS, s. m. pl. Le forceps,--dans l'argot du peuple, qui ne connaît pas

le nom latin de l'instrument inventé par Palfyn.

FERTANGE ou FERTILLE, s. f. Paille,--dans l'argot des voleurs.

FERTILLIERS, s. m. pl. Blés,--les graminées _fertiles_ par excellence.

FESSE, s. f. Femme, _moitié_,--dans l'argot des faubouriens.

FESSÉE, s. f. Correction paternelle ou maternelle comme celle dont

Jean-Jacques Rousseau avait conservé un si agréable souvenir.

FESSE-MATHIEU, s. m. Avare, usurier,--dans l'argot du peuple.

FESSER, v. a. et n. Fouetter avec des verges ou avec la main les parties

charnues que l'homme a le plus sensibles et sur lesquelles il ne manque

jamais de tomber quand il glisse.

Le verbe est vieux. On trouve dans les _Chansons_ de Gautier Garguille:

«Fessez, fessez, ce dist la mère,

La peau du cul revient toujours.»

Signifie aussi, par analogie au peu de durée de cette correction

maternelle: Faire promptement une chose.

_Fesser la messe._ La dire promptement.

FESSER LE CHAMPAGNE, v. n. Boire des bouteilles de vin de

champagne,--dans l'argot des viveurs.

Du temps de Rabelais on disait _Fouetter un verre_.

FESSES, s. f. pl. Grosses joues,--dans l'argot des faubouriens.

FESSIER, s. m. Les _nates_,--dans l'argot du peuple, qui a l'honneur de

parler comme Mathurin Régnier:

«Dieu sçait comme on le veid et derrière et devant,

Le nez sur les carreaux et le fessier au vent,»

a dit le grand satirique.

FESSU, adj. Qui a de grosses fesses.

FESTILLANTE, s. f. Queue d'animal,--par exemple du chien, qui fait _fête_

à son maître en remuant la sienne.

Le mot est de l'argot des voleurs.

FESTINER, v. n. Boire et manger à ventre déboutonné,--dans l'argot du

peuple.

FESTONNER, v. n. Être en état d'ivresse et décrire en marchant des

zigzags dont s'amusent les gamins, et dont rougissent les hommes au nom

de la Raison et de la Dignité humaine outragées.

FESTOYER, v. n. Dîner copieusement en joyeuse compagnie.

FÊTE DU BOUDIN, s. f. Le 25 décembre, fête de Noël,--dans l'argot du

peuple, qui, ce jour-là, fait réveillon à grands renforts de charcuterie.

FEUILLE DE CHOU, s. f. Journal littéraire sans autorité,--dans l'argot

des gens de lettres.

On dit aussi _Carré de papier_.

FEUILLE DE CHOU, s. f. Guêtre de cuir,--dans l'argot des troupiers.

FEUILLES DE CHOU, s. f. pl. Les oreilles,--dans l'argot des bouchers.

On dit aussi _Esgourdes_ et _Maquantes_.

FIASCO, s. m. Insuccès,--dans l'argot des coulisses et des petits

journaux.

_Faire fiasco._ Échouer dans une entreprise amoureuse; avoir sa pièce

sifflée; faire un mauvais article.

Se dit aussi pour Manquer de parole.

FICELER, v. a. et n. Faire avec soin,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: S'habiller correctement, «se tirer à quatre épingles».

FICELLE, s. f. Secret de métier, procédé particulier pour arriver à tel

ou tel résultat,--dans l'argot des artistes et des ouvriers.

FICELLE, adj. et s. Malin, rusé, habile à se tirer d'affaire,--dans

l'argot du peuple, qui a gardé le souvenir de la chanson de

Cadet-Rousselle:

«Cadet Rousselle a trois garçons,

L'un est voleur, l'autre est fripon,

Le troisième est un peu ficelle...»

_Cheval ficelle._ Cheval qui «emballe» volontiers son monde,--dans

l'argot des maquignons.

FICELLES, s. f. pl. Ruses, imaginations pour tromper,--dans l'argot du

peuple.

FICELLES, s. f. pl. «Les procédés épuisés et les conventions

classiques,»--dans l'argot des gens de lettres.

FICELLIER, s. m. Homme rusé, retors, qui vit d'expédients.

FICHAISE, s. f. Chose de peu d'importance,--dans l'argot des bourgeois,

qui n'osent pas dire _Foutaise_.

FICHANT, adj. Ennuyeux, désagréable,--en parlant des choses et des gens.

FICHE DE CONSOLATION, s. f. Compensation, dédommagement.

FICHER, v. n. Faire, convenir, importer.

Une remarque en passant: On écrit _Ficher_, mais on prononce _Fiche_, à

l'infinitif.

FICHER, v. a. Donner.

Signifie aussi: Appliquer, envoyer, jeter.

FICHER (Se), v. réfl. S'habiller de telle ou telle façon.

_Se ficher en débardeur._ Se costumer en débardeur.

FICHER (Se), v. réfl. Se moquer.

_Se ficher du monde._ N'avoir aucune retenue, aucune pudeur.

_Je t'en fiche!_ Se dit comme pour défier quelqu'un de faire telle ou

telle chose.

FICHER (Se), v. réfl. Se mettre dans l'esprit.

FICHER LE CAMP, v. a. S'en aller, s'enfuir.

Le peuple dit: _Foutre le camp_.

FICHER SON BILLET (En). Donner mieux que sa parole, faire croire qu'on y

engagerait même sa signature.

Le peuple dit _En foutre son billet_.

FICHTRE! Exclamation de l'argot des bourgeois, qui remplace _Foutre_! et

marque l'étonnement, quand elle ne marque pas la colère.

FICHU, adj. Perdu, en parlant des choses; à l'agonie, en parlant des

gens. Même argot.

Madame de Sévigné a donné des lettres de noblesse à cette expression trop

bourgeoise, en parlant quelque part de «l'esprit fichu de mademoiselle Du

Plessis!»

FICHU, adj. Détestable, archi-mauvais,--en parlant des choses et des

gens.

_Fichu livre._ Livre mal écrit.

_Fichu raisonnement._ Raisonnement faux.

_Fichue connaissance._ Triste amant ou désagréable maîtresse.

FICHU, adj. Capable de.

FICHU, adj. Habillé.

_Être mal fichu_, Être habillé sans soin, sans grâce.

On dit aussi _Être fichu comme un paquet de sottises_ ou _comme un paquet

de linge sale_.

Signifie quelquefois: Être mal fait, mal bâti, et même malade.

FIENTER, v. n. _Cacare_,--dans l'argot du peuple, toujours rabelaisien.

FIER, adj. Gris, un peu _raide_,--dans l'argot des faubouriens.

FIER, adj. Etonnant, inouï,--dans l'argot du peuple, qui prend ce mot

plutôt dans le sens virgilien (_Sævus Hector_: le redoutable Hector) que

dans le sens cicéronien (_Superbus_).

«Là véissiés un fier abateis;

Il n'a el monde païen ne sarasin,

S'il les veist, cui pitié n'en prisist,»

dit un poème du moyen âge.

Signifie aussi Habile, malin.

FIER-A-BRAS, s. m. Fanfaron, bravache, qui menace de tout casser,--et qui

est souvent obligé de _se la casser_.

FIÈREMENT, adv. Beaucoup, _étonnamment_.

FIÉROT, adj. et s. Homme un peu fier.

FIEU, s. m. Enfant,--dans l'argot des nourrices.

FIÈVRE CÉRÉBRALE, s. f. Condamnation à mort,--dans l'argot des assassins,

à qui cela doit donner en effet le transport au cerveau, et même le

_delirium tremens_.

FIFI, s. m. Vidangeur,--dans l'argot ironique du peuple, qui tire aussi

bien sur ses propres troupes que sur les autres, le Bourgeois et le

Monsieur.

FIFI-LOLO, s. m. Homme qui fait la bête ou l'enfant,--dans l'argot des

faubouriens.

FIFINE. Réduplication caressante de _Joséphine_.

FIFRELIN, s. m. Monnaie imaginaire fabriquée par le peuple et valant pour

lui cent fois moins que rien.

FIGARO, s. m. Coiffeur,--dans l'argot des bourgeois qui ont gardé bon

souvenir du _Barbier de Seville_, le premier coup de pioche de la

Révolution.

FIGER (Se), v. réfl. Avoir froid,--dans l'argot du peuple.

FIGNARD, s. m. Le _podex_,--dans l'argot des voyous.

FIGNOLADE, s. f. Roulade à perte de vue, vocalise infiniment

prolongée,--dans l'argot des coulisses.

FIGNOLER, v. a. Achever avec soin, _finir_ avec amour,--dans l'argot des

ouvriers et des artistes.

Certain étymologiste veut que ce mot signifie: «Exécuter avec _fions_.»

C'est possible, mais j'ai entendu souvent prononcer _Finioler_: or, la

première personne du verbe _finire_ n'est-elle pas _finio_?--V. aussi

_Fionner_.

FIGURATION, s. f. Les figurants,--dans l'argot des coulisses.

FIGURE s. f. Tête de mouton, bonne pour le pot-au-feu,--dans l'argot des

faubouriens.

_Demi-figure._ Moitié de tête de mouton achetée chez le tripier.

FIGURE (Ma), pron. pers. Moi, ma personne,--dans le même argot.

FIGURE DE CAMPAGNE, s. f. Celle qu'on ne montre, ou plutôt qu'on ne

découvre, qu'à la campagne, au coin d'une haie bien fournie, ou à l'ombre

d'un hêtre touffu, lorsqu'on se croit bien seul dans la nature. Argot du

peuple.

(V. _Pleine lune_ et _Visage_.)

FIGURE DE PROSPÉRITÉ, s. f. Visage qui annonce la santé.

FIGURER, v. n. Paraître comme comparse sur un théâtre, à raison de vingt

sous par soirée quand on est homme et pauvre, et pour rien quand on est

femme et jolie.

FIGURER, v. n. Être exposé au poteau d'infamie,--dans l'argot des

voleurs, qui paraissent là comme des _figurants_ sur un théâtre.

FIL, s. m. Adresse, habileté,--dans l'argot du peuple, qui assimile

l'homme à un couteau et l'estime en proportion de son acuité.

_Avoir le fil._ Savoir comment s'y prendre pour conduire une affaire.

_Connaître le fil._ Connaître le _truc_.

On dit aussi d'une personne médisante ou d'un beau parieur:

_C'est une langue qui a le fil_.

FILASSE s. f. Cheveux trop blonds,--dans l'argot des faubouriens.

Saint-Simon a employé cette expression à propos des cheveux de la

duchesse d'Harcourt, et, avant Saint-Simon, le poète Rutebeuf.

«Au deable soit tel filace, Fet li vallés, comme la vostre!»

FILASSE, s. f. Matelas, et même lit,--dans l'argot des faubouriens.

_Se fourrer dans la filasse._ Se mettre au lit.

FIL EN AIGUILLE (De), adv. De propos en propos,--dans l'argot du peuple,

qui a eu l'honneur de prêter cette expression à Mathurin Régnier:

«Enfin, comme en caquets ce vieux sexe fourmille,

De propos en propos et de fil en esguille,

Se laissant emporter au flus de ses discours,

Je pense qu'il falloit que le mal eust son cours,»

dit le vieux poète en sa _Macette_.

FIL-EN-QUATRE, s. m. Eau-de-vie très forte,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Fil-en-trois_.

FILER, v. a. Suivre un malfaiteur,--dans l'argot des agents de police.

Suivre un débiteur,--dans l'argot des gardes du commerce.

FILER, v. a. Voler,--dans l'argot des voyous.

_Filer une pelure._ Voler un paletot.

FILER, v. n. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.

FILER, v. n. _Levare ventris onus_,--dans le même argot.

FILER DOUX, v. n. Ne pas protester,--même lorsqu'il y a lieu; souffrir ce

qu'on ne peut empêcher. Argot des bourgeois.

«Comme son lict est feict: que ne vous couchez-vous,

Monsieur n'est-il pas temps? Et moi, de filer dous,»

dit Mathurin Régnier en sa satire XIe.

FILER LE PARFAIT AMOUR, v. n. S'abandonner aux douceurs de l'amour

platonique,--dans l'argot du peuple, qui a des tendresses particulières

pour _Estelle et Némorin_.

FILER SON CABLE PAR LE BOUT, v. a. S'enfuir, et, par extension,

Mourir,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de

marine.

FILER SON NOEUD, v. a. S'en aller, s'enfuir,--dans le même argot.

FILER UNE SCÈNE. La conduire avec art,--dans l'argot des vaudevillistes.

On dit de même _Filer une intrigue, une reconnaissance_, etc.

FILER UN MAUVAIS COTON. Être malade et sur le point de mourir,--dans

l'argot du peuple.

Signifie aussi: Faire de mauvaises affaires; mener une vie déréglée.

FILER UN SINVE, v. a. Suivre quelqu'un,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Faire la filature_.

FILET COUPÉ (Avoir le). Être extrêmement bavard,--dans l'argot du peuple,

qui, en entendant certains avocats, souhaiterait qu'on ne leur eût pas

incisé le repli triangulaire de la membrane muqueuse de la bouche.

On dit de même: _Il n'a pas le filet_.

FILET DE VINAIGRE, s. m. Voix aigre et fausse,--dans l'argot des

coulisses.

FILEUR, s. m., ou FILEUSE, s. f. Chevalier dont l'industrie consiste à

_suivre_ les _floueurs_ et les _emporteurs_, et à prélever un impôt de

trois francs par chaque louis escroqué à un _sinve_.

FILLE, s. f. Servante,--dans l'argot des bourgeois.

FILLE, s. f. Femme folle de son corps,--dans l'argot du peuple.

_Fille d'amour._ Femme qui exerce par goût et qui n'appartient pas à la

maison où elle exerce.

_Fille en carte._ Femme qui, avec l'autorisation de la préfecture de

police, exerce chez elle ou dans une maison.

_Fille à parties._ Variété de précédente.

_Fille soumise._ Fille en carte.

_Fille insoumise._ Femme qui exerce en fraude, sans s'assujettir aux

règlements et aux obligations de police,--une contrebandière galante.

FILLE, s. f. Femme qui vit maritalement avec un homme,--dans l'argot des

bourgeoises, implacables pour les fautes qu'elles n'ont pas le droit de

commettre.

FILLE DE MAISON s. f. Pensionnaire du _prostibulum_.

FILLE DE MARBRE, s. f. Petite dame qui a un caillou à la place du

cœur,--dans l'argot des gens de lettres, qui emploient cette expression

en souvenir de la pièce de Théodore Barrière et de Lambert Thiboust jouée

au Vaudeville il y a une trentaine d'années.

FILLE DE TOURNEUR, s. f. Femme de mauvaise vie,--dans l'argot du peuple,

qui a voulu jouer sur le mot _toupie_.

FILOCHE, s. f. Bourse,--dans l'argot des voleurs, qui devraient bien

changer d'expression, aujourd'hui qu'on a remplacé les bourses en

_filet_, à glands et à anneaux, par des porte-monnaie en cuir.

_Avoir sa filoche à jeun._ N'avoir pas un sou en poche.

FILOU, s. et adj. Malin, rusé,--dans l'argot du peuple, qui, quoi qu'en

dise M. Francisque Michel, continue à employer ce mot avec le même sens

qu'au XVIIe siècle.

FILSANGE, s. f. Filoselle,--dans l'argot des voleurs.

FILS-DE-FER, s. m. pl. Jambes grêles,--dans l'argot des ouvriers.

FILS DE L'AUTRE. Nom donné par les bonapartistes, sous la Restauration,

au duc de Reichstadt, fils de Napoléon, dont il était défendu de parler.

FILS DE PUTAIN! Injure du vocabulaire populaire que les mères adressent

souvent naïvement à leurs propres fils.

FINANCE, s. f. Argent,--dans l'argot du peuple.

FINANCER, v. n. Payer.

FINASSER, v. n. Ruser, niaiser.

FINASSERIE, s. f. Finesse grossière, procédé de mauvaise foi.

FINASSEUR, s. m. Homme méticuleux, qui épilogue sur des riens.

On dit plutôt _Finassier_.

FINASSEUSE, s. f. Femme rusée, qui sait faire jouer les fils du

pantin-homme.

FINAUD, adj. et s. Homme trop malin et pas assez loyal.

FINE-LAME, s. f. Homme habile à l'escrime,--dans l'argot des salles

d'armes.

FINE-MOUCHE, s. f. Femme rusée, experte; homme «malin»,--dans l'argot des

bourgeois.

FINESSES COUSUES DE FIL BLANC, s. f. pl. Finesses grossières, farces qui

sont facilement devinées, trahisons qui sont facilement éventées.

FINI, adj. Qui atteint le plus haut degré en bien ou en mal.

_Troupier fini._ Soldat parfait.

_Coquin fini._ Drôle fieffé.

FINIR EN QUEUE DE POISSON, v. n. Finir désagréablement, fâcheusement,

tristement, platement, bêtement,--dans l'argot du peuple, qui cependant

ne connaît pas le _desinat in piscem_ d'Horace.

FINIR EN QUEUE DE RAT, v. n. finir fâcheusement, tristement,

bêtement,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de

marine.

FIOLE, s. f. Bouteille de vin,--dans l'argot du peuple, qui ne sait pas

être si près de la véritable étymologie: [grec: phialê] (vase à boire).

FIOLER, v. a. Boire, vider une ou plusieurs _fioles_ de vin.

_Fioler le rogome._ Boire de l'eau-de-vie.

FIOLEUR, s. m. Ivrogne.

FION, s. m. Dernière main mise à un ouvrage,--dans l'argot des ouvriers

et des artistes.

_Coup de fion._ Soins de propreté, et même de coquetterie.

FIONNER, v. a. et n. Donner le dernier coup de lime ou de rabot; mettre

la dernière main à une chose; avoir du fion.

FIONNEUR, s. m. Ouvrier qui s'habille en monsieur, qui fait le bourgeois.

FIORITURES, s. f. pl. Choses ajoutées à un récit pour l'embellir et

souvent pour le dénaturer,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont

emprunté cette expression aux chanteurs et en font le même abus que ces

derniers.

FIOTTE, s. f. Petite fille,--dans l'argot caressant du peuple.

On dit aussi _Fillotte_.

FIQUER, v. a. Enfoncer, _ficher_,--dans l'argot des voleurs.

FIRTS, s. m. _Nates_,--dans l'argot des faubouriens.

FISTON, s. m. Fils, enfant.

Signifie aussi Ami.

FLAC, s m. Sac,--dans l'argot des voleurs, qui ont voulu rendre la

_flaccidité_ de cette enveloppe.

_Flac d'al._ Sacoche à argent.

Ils disent aussi _Flacul_.

FLACONS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des faubouriens, qui en font

des réservoirs à essences.

FLAFLA, s. m. Etalage pompeux, en paroles ou en actions,--dans l'argot du

peuple, très onomatopéique. Car je ne pense pas qu'il faille voir autre

chose qu'une onomatopée dans ce mot, qui est une imitation, soit d'une

batterie de tambour bien connue, soit du fracas de l'éclair.

Comme Parisien, ayant emboîté le pas aux _tapins_ de mon quartier,

lorsque j'étais enfant, je pencherais volontiers pour la première

hypothèse; comme étymologiste, j'inclinerais à croire que la seconde vaut

mieux,--d'autant plus que les Anglais emploient le même mot dans le même

sens. _Flash_ (éclair), disent-ils; _flash-flash_ (embarras, manières.)

_Faire du fla-fla._ Faire des embarras.

FLAGEOLER, v. n. Trembloter,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce

verbe à propos des jambes des ivrognes et des poltrons, et fait sans

doute allusion aux trémolos ordinaires du _flageolet_ des aveugles.

FLAGEOLETS, s. m. pl. Jambes,--dans le même argot.

On dit aussi _Flûtes_.

FLAMBANT, s. m. Artilleur à cheval,--dans l'argot des troupiers.

FLAMBANT, adj. et s. Propre, net, beau, superbe,--dans l'argot du peuple,

qui a eu longtemps les yeux éblouis par les magnificences des costumes

des gentilshommes et des nobles dames, lesquels

«... Riches en draps de soye, alloient

Faisant flamber toute la voye.»

FLAMBANT NEUF (Être tout). Porter des vêtements neufs.

_Toute flambante neuve._ Pièce de monnaie nouvellement frappée.

FLAMBART, s. m. Canotier de la Seine.

Par extension: Joyeux compagnon, loustic.

FLAMBE, s. f. Epée,--dans l'argot des voleurs, qui connaissent l'archange

Michel, ce Préfet de Police de la capitale du ciel.

_Petite flambe._ Couteau.

FLAMBÉ (Être). Être ruiné ou atteint de maladie mortelle,--dans l'argot

des faubouriens.

Se dit aussi à propos d'une affaire dont on ne peut plus rien espérer.

FLAMBERGE, s. f. Épée,--dans l'argot du peuple, qui a conservé bon

souvenir du fameux bran d'acier de Renaud de Montauban.

_Mettre flamberge au vent._ Dégaîner.

Se dit aussi pour Montrer «la figure de campagne», et pour Jeter au vent

l'aniterge dont on vient de se servir.

FLAMME, s. f. Amour,--dans l'argot des Académiciens.

_Peindre sa flamme._ Déclarer son amour.

FLAMSIK, s. m. Flamand,--dans l'argot des voleurs, qui ne s'éloignent pas

trop du _vlaemsch_ des honnêtes gens.

FLAN (A la), adj. Au hasard, à l'aventure. Même argot.

FLAN (Du)! Expression de l'argot des faubouriens, qu'ils emploient à

propos de rien, comme formule de refus ou pour se débarrasser d'un

ennuyeux.

Ce _flan_-là est de la même famille que les _navets_, les _emblèmes_, et

autres _zut_ consacrés par un long usage.

Cette expression a signifié quelquefois, au contraire: «C'est au nanan!»

comme le prouve cet extrait d'une chanson publiée par _le National_ de

1835:

«J'dout' qu'à grinchir on s'enrichisse;

J'aime mieux gouaper: c'est du flan.»

FLANCHE, s. f. La roulette et le trente-et-un,--dans l'argot des voleurs.

_Grande flanche._ Grand jeu.

FLANCHE, s. m. Affaire,--dans le même argot.

S'emploie ordinairement avec l'adjectif comparatif _mauvais_. «C'est un

mauvais flanche», pour: C'est une mauvaise affaire.

FLANCHE, s. m. Truc, secret, ruse,--dans l'argot des faubouriens.

FLANCHER, v. n. Jouer franchement.

FLANCHER, v. n. Se moquer,--dans l'argot des voyous.

FLANCHET, s. m. Part, lot,--dans l'argot des voleurs.

FLANDRIN, s. m. Imbécile; grand dadais,--dans l'argot du peuple, qui

constate ainsi, à son insu, la haute taille des Flamands.

Les Anglais disent aussi dans le même sens _Lanky fellow_.

FLANELLE, adj. et s. Flâneur amoureux,--dans l'argot des filles, qui

préfèrent les gens sérieux.

_C'est de la flanelle!_ disent-elles en voyant entrer un ou plusieurs de

ces platoniciens et en quittant aussitôt le salon.

_Faire flanelle._ Aller de prostibulum en prostibulum, comme un amateur

d'atelier en atelier, pour lorgner les modèles.

FLANOCHER, v. n. Flâner timidement, sans en avoir le droit, à une heure

qui devrait être consacrée au travail. Argot des ouvriers.

On dit aussi _Flanotter_.

FLANQUER, v. a. Lancer un coup, jeter,--dans l'argot des bourgeois, qui

n'osent pas employer le verbe énergique des faubouriens.

_Se flanquer._ Se jeter, s'envoyer.

On disait autrefois _Flaquer_ pour Lancer, jeter avec force un liquide.

FLAQUADER, v. n. _Cacare_,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Aller à flaquada_.

FLAQUADIN, s. m. Poltron, homme mou, irrésolu, sur lequel on ne peut

compter, parce que la peur produit sur lui un effet physique désagréable.

FLAQUER, v. n. _Alvum deponere_,--dans l'argot des voyous.

Se dit aussi pour Accoucher, mettre un enfant au monde.

FLAQUET, s. m. Gousset de montre, poche de gilet,--dans l'argot des

voleurs.

FLÊME, s. f. Lassitude d'esprit et de corps,--dans l'argot des

faubouriens, qui, sans s'en douter, emploient là un des plus vieux mots

de notre langue. Qu'est-ce en effet que la _flême_, si ce n'est une

exagération du _flegme_, sa conséquence même, comme la rêverie celle d'un

tempérament lymphatique? Or, dès le XIIIe siècle, _flegme_ s'écrivait

_flemme_.

_Avoir la flême._ Être plus en train de flâner que de travailler.

_Jour de flême._ Où l'on déserte l'atelier pour le cabaret.

FLEUR DU MAL, s. f. Femme à propos de laquelle on peut dire ce que, dans

une de ses épigrammes, Martial dit d'une nommée Bassa, chez laquelle on

ne voyait jamais venir d'hommes: _Hic ubi vir non est, ut sit

adulterium_.

_Fleur du mal_ est une expression toute moderne; elle appartient à

l'argot des gens de lettres depuis l'apparition du volume de poésies de

Charles Baudelaire.

FLEUR DE MARI, s. f. Ce que pleurait sur la montagne la fille de

Jephté,--dans l'argot des voleurs, qui ont rarement autant de

délicatesse.

FLEUR DES POIS, s. f. Le plus brillant causeur d'une compagnie,--dans

l'argot des gens de lettres. Le plus vaillant compagnon d'un

atelier,--dans l'argot des ouvriers. La plus belle fille d'un bal,--dans

l'argot des gandins.

FLEURER, v. a. et n. Respirer, sentir,--dans l'argot du peuple, qui

trouve que _flairer_ n'emporte pas assez avec soi l'idée d'odeurs, de

parfums. C'était aussi l'opinion de Mathurin Régnier, qui a dit:

«Je sentis à son nez, à ses lèvres décloses,

Qu'il fleuroit bien plus fort mais non pas mieux que roses.»

FLEURETTES, s. m. pl. Galanteries,--dans l'argot des bourgeois.

_Conter fleurettes._ Faire la cour à une femme.

_Conteur de fleurettes._ Libertin.

FLEURS BLANCHES, s. f. pl. Blennorrhée spéciale aux femmes,--dans le même

argot, qui n'est pas la bonne langue.

C'est _Flueurs_ (de _fluere_, couler) qu'on devrait dire, à ce qu'il me

semble du moins,--contrairement à l'opinion de Littré.

FLEURS ROUGES, s. f. pl. Les menstrues féminines,--dans l'argot du

peuple.

FLIBUSTER, v. a. Filouter,--dans le même argot.

FLIBUSTIER, s. m. Escroc.

FLIGADIER, s. m. Pièce de cinq centimes,--dans l'argot des voleurs.

FLINGOT, s. m. Couteau,--dans l'argot des bouchers. Fusil,--dans l'argot

des troupiers.

FLIQUADARD, s. m. Sergent de ville,--dans l'argot des faubouriens.

FLONFLONS, s. m. pl. Chansons,--dans l'argot du peuple.

_Faiseur de flonflons._ Vaudevilliste.

FLOPÉE, s. f. Foule,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à

propos des choses comme à propos des gens.

FLOPÉE, s. f. Coups de poing et coups de pieds _nombreux_.

FLOTTANT, s. m. Poisson,--dans l'argot des voleurs.

FLOTTE, s. f. Argent paternel ou avunculaire,--dans l'argot des

étudiants.

_Recevoir sa flotte._ Toucher sa pension.

FLOTTE, s. f. Grande quantité de monde ou de choses,--dans l'argot du

peuple, fidèle à l'étymologie (_fluctus_, flot, chose abondante) et à la

tradition:

«As noces vint bien atornée,

Et des autres i ot grand flote,

Et Renart lor chante une note.»

dit le _Roman du Renard_.

_Être de la flotte._ Être de la compagnie.

FLOTTER, v. n. Se baigner, nager.

FLOTTEUR, s. m. Nageur.

FLOU, s. m. Variété de morbidesse, de douceur de touche, de coloris

vaporeux,--dans l'argot des artistes.

J'aurais volontiers été tenté de croire ce mot moderne et qu'il n'était

qu'une onomatopée de l'œil et de l'oreille, si je n'avais pas lu dans

François Villon:

«Item je donne à Jean Lelou.

Homme de bien et bon marchant,

Pour ce qu'il est linget et flou,

Un beau petit chiennet couchant.»

_Flou_, c'est _flo_, et _flo_, c'est _faible_.

_Faire flou._ Dessiner ou peindre sans arrêter suffisamment les contours,

en laissant flotter autour des objets une sorte de brume agréable.

Se dit aussi à propos de la sculpture; car Puget ne craignait pas de

_faire flou_.

FLOUCHIPE, s. m. Filou, macaire,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Monsieur de Flouchipe_.

FLOUE, s. f. Foule,--dans l'argot des voleurs, qui peuvent s'y _fluer_ et

y _flouer_ à leur aise.

FLOUER, v. a. et n. Jouer,--dans le même argot.

_Flouer grand flouant._ Jouer gros jeu, risquer sa liberté ou sa vie.

FLOUER, v. a. Tricher au jeu; voler,--dans l'argot du peuple.

FLOUERIE, s. f. Tricherie; escroquerie, vol pour ainsi dire légal.

Signifie aussi dans le sens figuré: Duperie.

FLOUEUR, s. m. Tricheur; escroc; voleur.

FLOUME, s. f. Femme,--dans l'argot des voleurs et des troupiers.

FLUME, s. m. Résultat, expectoré ou non, de la pituite,--dans l'argot du

peuple, qui parle comme écrivait le poète Eustache Deschamps:

«Dieux scet que ma vieillesse endure

De froit et reume jour et nuict,

De fleume, de toux et d'ordure.»

_Fleume_ ou _flume_, c'est tout un.

_Avoir des flumes._ Être d'un tempérament pituiteux. On dit de même

_Avoir la poitrine grasse_.

FLUT'! Expression de l'argot de Breda-Street, où l'on dédaigne d'employer

le _zut_ traditionnel, comme trop populaire.

FLÛTE, s. f. Bouteille de vin,--dans l'argot des ouvriers.

FLÛTE, s. f. L'instrument avec lequel les matassins poursuivent M. de

Pourceaugnac,--dans l'argot du peuple, Tulou médiocre.

_Avoir toujours la flûte au cul._ Abuser des détersifs.

FLÛTENCUL, s. m. Pharmacien.

FLÛTER, v. a. et n. Boire beaucoup.

FLÛTER, v. n. Parler inutilement.

Le peuple n'emploie ordinairement ce verbe que dans cette phrase, qui est

une formule de refus: _C'est comme si tu flûtais_!

FLÛTER (Se faire). Se faire administrer un détersif dans le gros

intestin.

FLÛTES, s. f. pl. Jambes.

_Jouer des flûtes._ Courir, se sauver.

_Astiquer ses flûtes._ Danser.

FLÛTEUR, s. m. Ivrogne.

FOGNER, _Alvum deponere_,--dans l'argot des ouvriers, qui parlent comme

écrivait Bonaventure Des Périers.

FOIN, s. m. Synonyme d'argent,--dans l'argot du peuple.

_Avoir du foin au râtelier._ Avoir de la fortune.

_Mettre du foin dans ses bottes._ Amasser de l'argent, faire des

économies.

On dit aussi _Avoir du foin dans ses bottes_.

FOIRE, s. f. Diarrhée,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie

(_foria_) et à la tradition:

«Renart fait comme pute beste:

Quand il li fu desus la teste,

Drece la queüe et aler lesse

Tot contreval une grant lesse

De foire clere a cul overt,

Tout le vilain en a covert,»

dit le _Roman du Renard_.

FOIRE D'EMPOIGNE, s. f. Vol.

_Aller à la foëre d'empoigne._ Voler.

On disait autrefois: _Passer à l'île des Gripes_.

FOIRER, v. n. avoir peur,--dans l'argot des faubouriens.

Par extension, Mourir.

On dit aussi _Avoir la foire_.

FOIREUX, s. et adj. Poltron, homme dont le cœur est débilité et l'esprit

dévoyé.

_Foireux comme un geai._ Extrêmement poltron.

On dit aussi _Foirard_.

FOLICHON, s. et adj. Homme amusant, chose agréable,--dans l'argot du

peuple, qui dit cela depuis plus d'un siècle.

_Être folichon._ Commencer à se griser.

Signifie aussi: Dire des gaudrioles aux dames.

FOLICHONNADE, s. f. Amusement plus ou moins décent; farce plus ou moins

drôle.

On dit aussi _Folichonnerie_.

FOLICHONNE, s. f. Femme qui n'est pas assez bégueule; bastringueuse.

On dit aussi _Folichonnette_.

FOLICHONNER, v. n. Folâtrer avec plus ou moins de décence.

Signifie aussi: Courir les bals et les cabarets.

FONCÉ, adj. Riche, en _fonds_.

FONCER, v. n. Donner de l'argent, fournir des _fonds_.

«S'il plaist, s'il est beau, il suffit.

S'il est prodigue de ses biens,

Que pour le plaisir et déduit

Il fonce et qu'il n'espargne rien.»

trouve-t-on dans G. Coquillard, poète du XVe siècle.

Les bourgeois disent, eux: _Foncer à l'appointement_.

FONCER, v. n. Courir, s'abattre, se précipiter,--dans l'argot des

écoliers.

FONCER (Se). Commencer à se griser,--dans l'argot des ouvriers.

FONDANT, s. m. Beurre,--dans l'argot des voyous.

FOND D'ESTOMAC, s. m. Potage épais,--dans l'argot du peuple.

FONDEMENT, s. m. Le _podex_,--dans l'argot des bourgeois, qui parlent

comme écrivait Ambroise Paré.

FONDRE, v. n. Maigrir.

FONDRE LA CLOCHE. Terminer une affaire, en arriver à ce qu'elle a

d'essentiel, de difficile.

Signifie aussi: Vendre une chose et s'en partager l'argent entre

plusieurs.

FONDRIÈRE, s. f. Poche,--dans l'argot des voleurs, qui ne craignent pas

d'y descendre avec la main.

FONDS (Être en). Avoir de l'argent dans son porte-monnaie.

_Les fonds sont bas._ N'avoir presque plus d'argent; être dans la gêne.

FONFE. s. f. Tabatière,--dans le même argot.

On dit aussi _Fonfière_.

FORCIR, v. n. Engraisser, devenir _fort_ et grand,--dans l'argot des

bourgeois, qui disent cela surtout à propos des enfants.

FORMES, s. f. pl. Les parties saillantes du corps de la femme.

_Dessiner ses formes._ Se serrer dans son corset et à la taille, de façon

à accuser davantage les reliefs naturels.

FORT, adv. Étonnant, inouï, incroyable,--dans l'argot du peuple, qui dit

cela à propos de tout ce qui lui semble _amer_ ou difficile à _avaler_.

On dit aussi _Fort de café_, _fort de moka_ et _fort de chicorée_.

_C'est plus fort que de jouer au bouchon._ C'est extrêmement étonnant.

L'expression ne date pas d'hier: «Vous m'avouerez que cela est fort,

locution de la Cour,» dit de Caillières (1690).

Dans un sens ironique: _Cela n'est pas fort!_ pour Cela n'est pas très

spirituel, très gai, très aimable, ou très honnête.

FORTE, s. f. Chose inouïe, incroyable.

_En dire de fortes._ Raconter des histoires invraisemblables; mentir.

_En faire de fortes._ Se rendre coupable d'actions délictueuses.

FORT-EN-GUEULE, adj. et s. Insolent, bavard; homme qui crie plus qu'il

n'agit.

On connaît l'apostrophe de madame Pernelle à la soubrette de sa bru:

... Vous êtes, ma mie, une fille suivante

Un peu trop forte en gueule et fort impertinente.»

FORT-EN-MIE, s. m. Homme très gras,--dans l'argot des faubouriens, qui

prennent les os pour la croûte du corps.

Les voyous anglais ont la même expression: _Crummy_.

FORT-EN-THÈME, s. m. Jeune homme qui obtient de brillants succès au

collège. Argot des gens de lettres.

FORTIN, s. m. Poivre,--dans l'argot des voleurs.

FORTINIÈRE, s. f. Poivrière.

FORT POUR... (Être). Avoir du goût pour une chose; avoir tendance à faire

une chose. Argot des bourgeois.

FORTUNE DU POT (A la), adv. Au hasard, au petit bonheur,--perdrix aux

choux ou choux sans perdrix.

FOSSE AUX LIONS, s. f. Loge d'avant-scène, à l'Opéra, où se tenaient, il

y a une trentaine d'années, les élégants du jour, les _lions_.

On disait aussi _La loge infernale_.

FOSSILE, s. m. Académicien,--dans l'argot des Romantiques, qui prenaient

Népomucène Lemercier pour un _Megatherium_ et Andrieux pour un

_Ichthyosaurus_.

FOUAILLER, v. n. Manquer d'énergie, de courage,--dans l'argot du peuple.

FOUAILLER, v. n. Échapper, éclater, manquer,--en parlant des choses.

Signifie aussi Faire faillite.

FOUAILLEUR, s. m. Homme irrésolu et même lâche.

FOUCADE, s. f. Lubie, envie subite, _fougue_ d'un moment, coup de tête.

_Travailler par foucades._ Irrégulièrement.

On prétend qu'il faut dire _fougade_, et même _fougasse_. Je le crois

aussi, mais le peuple dit _foucade_,--comme l'écrivait Agrippa d'Aubigné.

FOUETTE-CUL, s. m. Magister, maître d'école.

FOUETTEUX DE CHATS, s. m. Homme-femme, sans énergie sans virilité morale.

FOUILLE-AU-POT, s. m. Homme qui s'occupe plus qu'il ne le devrait des

soins du ménage, qui fait la cuisine au lieu de la laisser faire par sa

femme.

Signifie aussi: Marmiton, cuisinier.

FOUILLE-MERDE, s. m. L'escarbot.

Se dit aussi des gens qui «travaillent sur le tard», et surtout la nuit,

comme les _goldfinders_.

FOUILLER (Se). Chercher inutilement,--dans l'argot des faubouriens, qui

n'emploient ce verbe que dans cette phrase:

_Tu peux te fouiller._ C'est-à-dire: Tout ce que tu diras et feras sera

inutile.

FOUILLOUSE, s. f. Poche,--dans l'argot des voleurs.

Le mot est contemporain de François Villon.

FOUINER, v. n. S'occuper de ce qui ne vous regarde pas,--dans l'argot du

peuple.

Signifie aussi S'enfuir.

FOUINEUR ou FOUINARD, s. m. Homme qui se mêle des affaires des autres, et

rapporte chez lui ce qui se passe chez ses voisins. Même argot.

Signifie aussi: Malin, et même Lâche.

FOULAGE, s. m. Besogne pressée,--dans l'argot des ouvriers.

_Il y a du foulage._ Les travaux arrivent en _foule_.

FOULER LA RATE (Ne pas se). En prendre à son aise, ne pas se donner

beaucoup de mal.

On dit aussi absolument: _Ne pas se fouler_.

FOULETITUDE, s. f. Grande quantité de gens ou de choses.

FOUR, s. m. L'amphithéâtre,--dans l'argot des coulisses.

FOUR, s. m. «Fausse poche dans laquelle les enquilleuses cachent les

produits de leurs vols.» Argot des voleurs.

FOUR, s. m. Insuccès, chute complète,--dans l'argot des coulisses et des

petits journaux.

Dictionnaire de la langue verte · 第 48 / 143 题