EMPAUMER, v. a. Circonvenir; tromper,--dans l'argot du peuple, qui a eu
l'honneur de prêter ce verbe à Corneille.
EMPAVE, s. f. Carrefour, _pavimentum_,--dans l'argot des voleurs.
Quelques Gilles Ménage de Clairvaux veulent que ce mot, au pluriel,
signifie aussi Draps de lit. Dont acte.
EMPÊCHEUR DE DANSER EN ROND. s. m. Gêneur,--dans l'argot des coulisses.
EMPÊTRER (S'), v. réfl. S'embarrasser dans une affaire, sans savoir
comment en sortir.--Argot des bourgeois.
EMPIFFRER (S'), v. réfl. Manger gloutonnement, comme un animal plutôt que
comme un homme,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe depuis
longtemps.
EMPIFFRERIE, s. f. Gloutonnerie.
EMPIOLER, v. a. Enfermer, mettre en _piole_,--dans l'argot des voleurs.
EMPLÂTRE, s. m. Homme sans énergie, pusillanime, qui reste _collé_ en
place, sans pouvoir se décider à bouger. Argot du peuple.
EMPLÂTRE, s. m. Empreinte,--dans l'argot des voleurs, oui se garderaient
bien d'en prendre avec du plâtre (comme l'insinue M. Francisque Michel)
et qui se servent au contraire de substances molles, ou se malaxant entre
les doigts, _collant_ enfin [grec: enplassô] comme la cire, la
gomme-résine, etc.
EMPLÂTRER, v. a. Gêner comme avec un emplâtre,--dans l'argot du peuple.
_S'emplâtrer de quelqu'un._ S'en embarrasser en s'en chargeant.
EMPOIGNER, v. a. Critiquer vertement un livre,--dans l'argot des gens de
lettres; Siffler un acteur ou une pièce,--dans l'argot des coulisses.
EMPOIGNER (Se faire). Se faire arrêter par un agent de police.
EMPORTAGE A LA CÔTELETTE, s. m. Variété de vol, dont Vidocq donne les
détails. (V. _Les Voleurs_, page 108.)
EMPORTER LE CHAT, v. a. Se mêler d'une chose que l'on ne connaît pas, et
recevoir pour sa peine une injure, ou pis encore.--Argot du peuple.
EMPORTER SES CLIQUES ET SES CLAQUES, v. a. Emporter ses outils, ses
effets.
Signifie aussi Mourir.
EMPORTEUR, s. m. Filou qui a pour spécialité de raccrocher des
provinciaux sous un prétexte quelconque, et de les amener dans un
estaminet borgne, où ils sont plumés par _le bachotteur_ et _la bête_.
(Voir à propos de ce mot, le volume de Vidocq.)
EMPOTÉ, s. et adj. Paresseux, maladroit,--dans l'argot du peuple, qui
trouve volontiers bêtes comme des _pots_ tous les gens qui n'ont pas ses
biceps et ses reins infatigables.
EMPROSEUR, s. m. Lesbien,--dans l'argot des voleurs.
EMPRUNTÉ, adj. Gauche, maladroit, timide,--dans l'argot des bourgeois.
EMPRUNTER UN PAIN SUR LA FOURNÉE, v. a. Avoir un enfant d'une femme avant
de l'avoir épousée,--dans l'argot du peuple, à qui ses boulangères font
volontiers crédit.
ÉMU (Être). Être gris à ne plus pouvoir parler ni marcher,--comme un
homme à qui l'émotion enlèverait l'usage de la parole et des jambes.
On dit aussi _Être légèrement ému_.
EN AVOIR PLEIN LE DOS. Être excessivement ennuyé de quelque chose ou par
quelqu'un.--Argot du peuple.
ENBOHÉMER (S'), v. réfl. Perdre sa jeunesse, son esprit et son argent
dans les parlottes artistiques et littéraires.
ENBONNETDECOTONNER (S'), v. réfl. Prendre des allures bourgeoises,
mesquines, vulgaires. Argot des gens de lettres.
ENCAGER, v. a. Emprisonner,--dans l'argot du peuple.
Il dit aussi _Encoffrer_.
ENCAISSER UN SOUFFLET, v. a. Le recevoir sur la joue.--Même argot.
ENCARRADE, s. f. Entrée,--dans l'argot des voleurs.
ENCARRER, v. n. Entrer.
ENCASQUER, v. n. Entrer quelque part ou dans quelque chose,--dans le même
argot.
ENCEINTRER, v. a. Mettre une femme dans une «position intéressante».
Le peuple, qui emploie ce verbe aujourd'hui, a dit autrefois
_Enceinturer_.
ENCENSOIR, s. m. Fressure d'animal,--dans l'argot des voleurs, qui ont
probablement voulu faire allusion au _plexus_ de graisse qui enveloppe
cette partie.
Ils l'appelaient autrefois _Pire_.
ENCHARIBOTTÉ, adj. Ennuyé, chagriné, embarrassé,--dans l'argot du peuple.
Il a dit autrefois _Encharbotté_.
ENCHIFERNÉ, adj. Enrhumé du cerveau.
_Enchifrené_, vaudrait peut-être mieux, mais le peuple est autorisé à
dire comme on disait au XVIIe siècle.
ENCOLIFLUCHETER. (S'), v. réfl. S'ennuyer, être tout je ne sais comment.
On dit aussi _S'encornifistibuler_.
ENCORE UN TIRE-BOUCHON! Se dit,--dans l'argot des coulisses,--lorsqu'un
entr'acte se prolonge outre mesure.
ENCOTILLONNER (S'). Se laisser mener par sa femme ou par les femmes.
Argot du peuple.
ENCROÛTER (S'). S'acagnarder dans une habitude ou dans un emploi.
ENDÊVER, v. n. Enrager, être dépité.
_Faire endêver quelqu'un._ Le taquiner, l'importuner de coups d'épingle.
Caillières prétend que le mot est «du dernier bourgeois». C'est possible,
mais en attendant Rabelais et Jean-Jacques Rousseau s'en sont servis.
ENDIMANCHÉ, adj. Gauchement et ridiculement habillé,--dans l'argot des
bourgeois, impitoyables pour le peuple, d'où ils sont sortis.
ENDIMANCHER (S'), v. réfl. Mettre son habit ou sa redingote du dimanche.
ENDORMI, s. m. Juge,--dans l'argot des voyous.
ENDORMIR, v. a. Etourdir, tuer,--dans l'argot des prisons.
ENDORMIR SUR LE RÔTI (S'), v. réfl. Se relâcher de son activité ou de sa
surveillance; se contenter d'un premier avantage ou d'un premier succès,
sans profiter de ce qui peut venir après.
Cette expression qui s'emploie plus fréquemment avec la négative, est de
l'argot des bourgeois. Le peuple, lui, dit; _S'endormir sur le fricot_.
_Rester sur le rôti._ Agir prudemment, au contraire, en n'allant pas plus
loin dans une affaire sur l'issue de laquelle on a des doutes.
ENDOS, s. m. L'échine du _dos_,--dans l'argot des voyous.
ENDOSSES, s. f. Épaules,--dans l'argot des voleurs.
EN DOUCEUR, adv. Doucement, prudemment, avec précaution,--dans l'argot du
peuple.
ENDROGUER, v. n. Chercher à faire fortune,--dans l'argot des voleurs.
ENFANT DE CHOEUR, s. m. Pain de sucre,--dans l'argot des faubouriens.
ENFANT DE LA BALLE, s. m. Celui qui a été élevé dans la profession
paternelle, comédien parce que sa mère a appartenu au théâtre, épicier
parce que son père a été marchand de denrées coloniales, etc. Argot du
peuple.
ENFANT DE LA FOURCHETTE, s. m. Académicien,--dans l'argot des voyous.
ENFANT DE TROUPE, s. m. Fils de comédien, enfant né sur les
planches,--dans l'argot des coulisses.
ENFILER (S'), v. réfl. S'endetter,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi: Se laisser entraîner à jouer gros jeu.
ENFLAQUER, v. a. Em...nuyer,--dans le même argot.
ENFLAQUER, v. a. Mettre, revêtir, endosser,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi: Arrêter, emprisonner.
ENFLÉ, s. m. Imbécile, homme dont on se moque,--dans l'argot des
faubouriens.
_Ohé! l'enflé!_ est une injure à la mode.
ENFLÉE, s. f. Vessie,--dans l'argot des voleurs.
ENFLER, v. n. Boire,--dans l'argot du peuple.
ENFONCÉ, adj. Ruiné, blessé mortellement, perdu sans rémission.
Signifie aussi: Avoir perdu la partie, quand on joue.
ENFONCER, v. a. Tromper, faire tort, duper.
Signifie aussi Surpasser.
ENFONCEUR, s. m. Mercadet gros ou petit, agent suspect d'affaires
véreuses.
ENFONCEUR DE PORTES OUVERTES, s. m. Faux brave, qui ne se battrait même
pas contre des moulins, de peur de recevoir un coup d'aile.
ENFRIMER, v. a. Regarder quelqu'un au visage,--dans l'argot des voleurs.
Les faubouriens disent _Enfrimousser_.
ENGANTER, v. a. Prendre, saisir, empoigner, voler avec la main qui est
le moule du gant. Même argot.
Signifie aussi: Traiter quelqu'un comme il mérite de l'être.
ENGANTER (S'), v. réfl. S'amouracher,--dans le même argot.
ENGONCÉ, adj. Vêtu sans goût ni grâce,--dans l'argot des bourgeois.
Signifie aussi: Qui a l'air d'avoir le cou dans les épaules.
ENGOULER, v. a. Manger _goulûment_,--dans l'argot du peuple.
Il dit aussi _Engoulifrer_.
ENGRAILLER, v. a. Prendre,--dans l'argot des voleurs.
_Engrailler l'ornie._ Dévaliser un poulailler.
ENGUEULEMENT, s. m. Injure de parole,--dans l'argot du peuple. Injure de
plume,--dans l'argot des gens de lettres.
ENGUEULER, v. n. Avaler, manger,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Engouler_.
ENGUEULER, v. a. injurier grossièrement; provoquer, chercher querelle.
_Se faire engueuler._ Se faire attraper.
ENGUEULEUR, s. m. Ecrivain qui trempe sa plume dans la boue et qui en
éclabousse les livres dont il n'aime pas les auteurs.
ENJÔLER, v. a. Caresser, endormir la résistance par des discours
flatteurs.
ENJÔLEUR, s. m. Homme qui trompe les hommes par des promesses d'argent et
les femmes par des promesses de mariage.
ENLEVER, v. a. Débiter un rôle ou passage d'un rôle, avec feu, verve ou
aplomb,--dans l'argot des coulisses.
ENLEVER (S'), v. réfl. Souffrir de la faim,--dans l'argot des voleurs.
ENLEVER LE CUL, v. a. Donner un coup de pied au derrière de
quelqu'un.--Argot du peuple.
On dit aussi _Enlever le ballon_.
ENLEVER QUELQUE CHOSE, v. a.--dans l'argot des bourgeois qui n'osent pas
employer la précédente expression.
ENLEVEUR, s. m. Acteur qui joue ses rôles avec beaucoup d'aplomb.
ENLUMINER (S'), v. réfl. Commencer a ressentir les effets de l'ivresse,
qui colore le visage d'un fard intense.
ENLUMINURE, s. f. Demi-ivresse.
ENNUYER (S'), v. réfl. Être sur le point de mourir,--dans l'argot des
bourgeois, que cela chagrine beaucoup.
ENQUILLER, v. a. Cacher,--dans l'argot des voleurs.
_Enquiller une thune de camelote._ Cacher entre ses cuisses une pièce
d'étoffe.
ENQUILLER, v. n. Entrer quelque part comme une boule au jeu de
_quilles_,--dans l'argot du peuple.
ENQUILLEUSE, s. f. Femme qui porte un tablier pour dissimuler ce qu'elle
vole.
ENROSSER, v. a. Dissimuler les vices rédhibitoires d'un cheval, d'une
_rosse_,--dans l'argot des maquignons.
ENTABLEMENT, s. m. Épaules,--dans l'argot des faubouriens.
ENTAILLER. Tuer,--dans l'argot des prisons.
ENTAULER, v. n. Entrer dans la _taule_, ou ailleurs. Même argot.
_Entauler à la planque._ Entrer dans sa cachette.
ENTENDRE DE CORNE, v. n. Entendre autre chose que ce qu'on dit,--dans
l'argot des bourgeois.
ENTENDRE QUE DU VENT (N'y). N'y rien entendre,--dans l'argot du peuple.
ENTERREMENT, s. m. Morceau de viande quelconque fourré dans un morceau de
pain fendu,--comme, par exemple, une tranche de gras-double revenu dans
la poêle et que la marchande vous donne tout apprêté, tout _enterré_ dans
une miche de pain de marchand de vin.
ENTICHER (S'). Se prendre d'affection pour quelqu'un au point de le gâter
de caresses et d'amitiés. Argot des bourgeois.
Se dit aussi à propos des choses.
ENTIFFER, v. n. Entrer,--dans l'argot des faubouriens.
ENTIFFER, v. a. Enjôler, ruser,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Entifler_.
ENTONNER, v. n. Boire,--dans l'argot du peuple.
ENTONNOIR, s. m. La bouche,--dans l'argot des faubouriens, imitateurs
involontaires des _Beggars_ anglais, qui disent de même _gan_, aphérèse
de _began_ (_begin_ commencer, entonner).
ENTORTILLER, v. a. Circonvenir,--dans l'argot des marchands. Captiver,
_allumer_,--dans l'argot des petites dames. Ennuyer,--dans l'argot du
peuple.
ENTORTILLER (S'), v. réfl. S'embarrasser, s'empêtrer dans ses réponses.
EN-TOUT-CAS, s. m. Parapluie à deux fins, trop grand pour le soleil, trop
petit pour la pluie,--dans l'argot des bourgeoises, qui font toujours les
choses à moitié.
ENTRAÎNEMENT, s. m. Méthode anglaise, devenue française qui s'applique
aux hommes aussi bien qu'aux chevaux, et qui consiste à faire maigrir, ou
plutôt à _dégraisser_ les uns et les autres pour leur donner une plus
grande légèreté et une plus grande vigueur.
ENTRAÎNER, v, a. et n. Soumettre un cheval, un jockey ou un rameur à un
régime particulier, de façon qu'ils pèsent moins et courent et rament
mieux.
ENTRAVAGE, s. m. Conception d'un vol, d'un mauvais coup,--dans l'argot
des voleurs.
ENTRAVER, v. a. Comprendre, entendre,--dans l'argot des voleurs, qui
emploient là un des plus vieux mots de la langue des honnêtes gens, car
ils disent aussi _Enterver_ comme Rutebeuf et l'auteur d'_Ogier le
Danois_.
_Entraver bigorne_ ou _arguche_. Comprendre et parler l'argot.
Signifie aussi: Embarrasser la police.
_Entraver nibergue_ ou _niente_. N'y entendre rien.
ENTRECÔTE DE BRODEUSE. Morceau de fromage de Brie,--dans l'argot du
peuple, qui sait que les brodeuses, ainsi que les autres ouvrières, ne
gagnent pas assez d'argent pour déjeuner à la fourchette comme les filles
entretenues.
ENTREFILET, s. m. Petit article placé dans le corps du journal, entre
deux autres.
ENTREFESSON, s. m. Le périnée,--dans l'argot du peuple, qui parle comme
écrivait Ambroise Paré.
ENTRELARDÉ, s. et adj. Homme qui n'est ni gras ni maigre.
ENTRELARDER, v. a. Mêler, farcir, au propre et au figuré.
ENTRER AUX-QUINZE-VINGTS. Dormir,--dans l'argot des faubouriens, qui ont
cette facétie à leur disposition chaque fois qu'ils éprouvent le besoin
de fermer les yeux.
ENTRER DANS LA CONFRÉRIE DE SAINT-PRIS, v. n. Se marier,--dans l'argot du
peuple, qui s'y laisse _prendre_ plus volontiers que personne.
ENTRETENEUR, s. m. Galant homme qui a un faible pour les femmes galantes,
et dépense pour elles ce que bien certainement il ne dépenserait pas pour
des rosières.
ENTRETENIR (Se faire). Préférer l'oisiveté au travail, le Champagne à
l'eau filtrée, les truffes aux pommes de terre, l'admiration des
libertins à l'estime des honnêtes gens.
L'expression est vieille comme l'immoralité qu'elle peint.
ENTRIPAILLÉ, adj. Gros, gras, ventripotent.
ENTRIPAILLER (S'), v. réfl. Manger de façon à devenir pansu.
ENTROLER, v. a. Emporter,--dans l'argot des voleurs.
ENVELOPPER, v. a. Arrêter les contours d'un dessin, d'une peinture,--dans
l'argot des artistes.
ENVOYER, v. a. et n. Injurier, se moquer, critiquer,--dans l'argot du
peuple.
_C'est bien envoyé!_ Se dit d'une repartie piquante ou d'une impertinence
réussie.
ENVOYER A LA BALANÇOIRE, v. a. Se débarrasser sans façon de quelqu'un ou
de quelque chose. Argot des faubouriens.
ENVOYER A L'OURS, v. a. Prier impoliment quelqu'un de se taire ou de s'en
aller. Même argot.
ENVOYER FAIRE LAN LAIRE, v. a. Se débarrasser de quelqu'un,--dans l'argot
des bourgeois, qui n'osent pas employer un plus gros mot.
Ils disent aussi _Envoyer promener_.
ENVOYER PAÎTRE, v. a. Prier brusquement quelqu'un de s'en aller ou de se
taire.
ÉOLE, s. m. _Ventris flatus_,--dans l'argot des faubouriens, heureux que
le fils de Jupiter leur fournisse un prétexte à une équivoque.
ÉPAIS, s. m. Le cinq et le six,--dans l'argot des joueurs de dominos.
ÉPARGNER LE POITOU, v. a. Prendre des précautions,--dans l'argot des
voleurs.
ÉPATAGE, s. m. Action d'éblouir, de renverser quelqu'un les _quatre
pattes_ en l'air par la stupéfaction ou l'admiration. Argot du peuple.
On dit aussi _Epatement_.
ÉPATAMMENT, adv. D'une façon épatante.
L'expression appartient à M. Roger Delorme. (_Tintamarre_ du 28 janvier
1866).
ÉPATANT, adj. Étonnant, extraordinaire.
ÉPATE, s. f. Apocope d'_Epatage_.
_Faire de l'épate._ Faire des embarras, en conter, en imposer aux
simples.
ÉPATEMENT, s. m. Étonnement.
ÉPATER, v. a. Étonner, émerveiller, par des actions extravagantes ou par
des paroles pompeuses.
_Épater quelqu'un._ L'intimider.
Signifie aussi: Le remettre à sa place.
ÉPATEUR, s. m. Homme qui fait des embarras, qui raconte des choses
invraisemblables que les imbéciles s'empressent d'accepter comme vraies.
ÉPATEUSE, s. f. Drôlesse qui fait des effets de crinoline exagérés sur le
boulevard, pour faire croire aux passants,--ce qui n'existe pas.
ÉPICEMAR, s. m. Épicier,--dans l'argot des faubouriens.
ÉPICÉPHALE, s. m. Chapeau,--dans l'argot des étudiants, à qui le grec est
naturellement familier ([grec: epi], sur, et [grec: kephalê], tête).
ÉPICER, v. a. Médire, railler, et même calomnier,--dans l'argot des
faubouriens, à qui le _poivre_ ne coûte rien quand il s'agit
d'assaisonner une réputation.
ÉPICERIE, s. f. Bourgeoisisme,--dans l'argot des romantiques.
Le mot est de Théophile Gautier.
ÉPICE-VINETTE, s. m. Épicier,--dans l'argot des voleurs,
ÉPICIER, s. et adj. Homme vulgaire, sans goût, sans esprit, sans rien du
tout,--dans l'argot des gens de lettres et des artistes, pleins de dédain
pour les métiers où l'on gagne facilement sa vie.
ÉPINGLE A SON COL (Avoir une). Avoir un verre de vin, payé d'avance par
un camarade, à boire sur le comptoir voisin de l'atelier. Argot des
ouvriers.
On dit aussi _Avoir un factionnaire à relever_.
ÉPIPLOON, s. m. Cravate.--dans l'argot des étudiants, frais émoulus du
grec. Pour ceux, en effet, qui ne sont pas encore gandins, la cravate
_flotte_ sur le cou ([grec: epi] et [grec: plein]) comme le grand repli
du péritoine flotte sur les intestins.
Signifie aussi Chemise.
EPLUCHER, v. a. Examiner avec soin, méticuleusement, soupçonneusement, la
conduite de quelqu'un ou une affaire quelconque.
ÉPONGE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des voyous, qui révèlent ainsi
d'un mot tout un détail de mœurs. Autrefois (il n'y a pas longtemps) les
filles et leurs souteneurs hantaient certains cabarets borgnes connus de
la police. Ces messieurs consommaient, on inscrivait sur l'ardoise, ces
dames payaient, et le cabaretier acquittait la note d'un coup d'_éponge_.
ÉPONGE, s. f. Ivrogne,--dans l'argot du peuple.
ÉPONGE A SOTTISES, s. f. Imbécile, qui accepte tout ce qu'on lui dit
comme paroles d'Évangile.
L'expression sort du _Théâtre Italien_ de Ghérardi.
ÉPONGE D'OR, s. f. Avoué,--dans l'argot des prisons.
ÉPOQUES (Avoir son ou ses). Se dit,--dans l'argot des bourgeois,--des
_menses_ des femmes.
ÉPOUFFER, v. a. et n. Saisir la victime à l'improviste,--dans l'argot des
voleurs.
ÉPOUSE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des étudiants, qui se marient
souvent pour rire avant de se marier pour de bon.
ÉPOUSER LA CAMARDE, v. a. Mourir,--dans l'argot des voleurs, qui
préféreraient souvent une autre fiancée.
ÉPOUSER LA FOUCANDIERE, v. a. Se débarrasser des objets volés en les
jetant çà et la quand on est poursuivi.
«_Épouser_ est ici une altération d'_éponter_, qui faisait autrefois
partie du langage populaire avec le sens de _glisser_, de _se dérober_.»
C'est M. Francisque Michel qui dit cela, et il a raison.
ÉPOUSER LA VEUVE, v. a. Être exécuté,--dans l'argot des malfaiteurs, dont
beaucoup sont fiancés dès leur naissance avec la guillotine.
ÉQUIPE, s. f. Les ouvriers qui composent une commandite,--dans l'argot
des typographes.
ÉREINTER, v. a. Dire du mal d'un auteur ou de son livre,--dans l'argot
des journalistes; siffler un acteur ou un chanteur,--dans l'argot des
coulisses.
ÉREINTEUR, s. m. Homme-merle qui sait siffler au lieu de savoir parler,
et remplace le style par l'injure, la bonne foi de l'écrivain digne de ce
nom par la partialité du _condottiere_ digne de la police
correctionnelle.
ÉRÉNÉ, adj. et s. Éreinté,--fourbu,--dans l'argot du peuple.
Ce mot, du meilleur français et toujours employé, manque au Dictionnaire
de Littré.
ERGOTS, s. m. pl. Les pieds ou les talons.
_Être sur ses ergots._ Tenir son quant-à-soi; avoir une certaine raideur
d'attitude frisant de très près l'impertinence.
_Monter sur ses ergots._ Se fâcher.
ES, s. m. Apocope d'_Escroc_,--dans l'argot des voyous, qui se plaisent à
lutter de concision et d'inintelligibilité avec les voleurs.
Ils disent aussi _Croc_, par aphérèse.
ESBIGNER (S'), v. réfl. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot des
faubouriens, à qui Désaugiers a emprunté cette expression.
ESBLOQUANT, adj. Etonnant, ébouriffant,--dans l'argot des soldats, qui
songent au _bloc_ plus souvent qu'ils ne le voudraient, et le mettent
naturellement à toutes sauces.
ESBROUFFANT, adj. Inouï, incroyable,--dans l'argot du peuple.
ESBROUFFE, s. f. Embarras, manières, vantardises.
_Faire de l'esbrouffe._ Faire plus de bruit que de besogne.
ESBROUFFER, v. a. En imposer; faire des embarras, des manières, intimider
par un étalage de luxe et d'esprit.
Signifie aussi Réprimander.
ESBROUFFEUR, s. et adj. Gascon de Paris, qui vante sa noblesse apocryphe,
ses millions improbables, ses maîtresses imaginaires, pour escroquer du
crédit chez les fournisseurs et de l'admiration chez les imbéciles.
ESBROUFFEUSE, s. t. Drôlesse qui éclabousse d'autres drôlesses, ses
rivales, par son luxe insolent, par ses toilettes tapageuses, par le
nombre et la qualité de ses amants.
ESCAFIGNONS, s. m. Souliers,--dans l'argot du peuple, qui parle comme
écrivait ou à peu près, il y a 450 ans, Eustache Deschamps, l'inventeur
de la _Ballade_.
«De bons harnois, de bons chauçons velus.
D'escafilons, de sollers d'abbaïe.»
Les écoliers du temps jadis disaient _Escaffer_ pour Donner un coup de
pied «quelque part.»
_Sentir l'escafignon._ Puer des pieds.
ESCANNER, v. n. Fuir,--dans l'argot des voleurs.
_A l'escanne!_ Fuyons!
ESCARE, s. m. Empêchement,--dans le même argot.
ESCARER, v. a. et n. Empêcher.
ESCAREUR, s. m. Homme qui trouve des obstacles à tout.
ESCARGOT, s. m. Homme mal fait, mal habillé,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Vagabond, homme qui se traîne sur les chemins, rampant
pour obtenir du pain, et quelquefois montrant les cornes pour obtenir de
l'argent.
ESCARPE, s. m. Voleur qui va jusqu'à l'assassinat pour en arriver à ses
fins.--Argot des prisons.
C'était ici, pour MM. les étymologistes, une magnifique occasion
d'exercer leur verve... singulière. Eh bien, non! tous ont gardé de
Conrart le silence prudent. Me permettra-t-on, à défaut de la leur, de
risquer ma petite étymologie? Je ne dirai pas: _Escarpe_, parce que le
voleur qui tient absolument à voler, escalade la _muraille_ qui sépare le
délit du crime et la prison de l'échafaud; mais seulement parce qu'il
emploie un instrument tranchant _aigu_,--_scarp_ en allemand. Pourquoi
pas? _escarbot_ vient bien de _scarabæus_, en vertu d'une épenthèse
fréquente dans notre langue.
A moins cependant qu'_escarpe_ ne vienne du couteau d'_escalpe_ (du
_scalp_) des sauvages... (V. _Les Natchez_).
_Escarpe-Zézigue._ Suicide.
ESCARPER, v. a. Tuer, _écharper_ un homme.
On disait autrefois _Escaper_.
_Escarper un zigue à la capahut._ Assassiner un camarade pour lui voler
sa part de butin.
ESCARPINER (S'). S'échapper, s'enfuir en courant légèrement,--dans
l'argot des faubouriens, qui ne savent pas qu'ils emploient un mot du
XVIe siècle.
ESCARPINS DE LIMOUSIN, s. m. pl. Sabots,--dans l'argot du peuple, qui
sait que les Lémovices n'ont jamais porté d'autre chaussure, si l'on en
excepte toutefois des souliers pachydermiques qui ont plus de clous que
l'année n'a de semaines.
On dit aussi _Escarpins en cuir de brouette_.
ESCARPOLETTE, s. f. Charge de bon ou de mauvais goût, interpolation bête
ou spirituelle,--dans l'argot des comédiens.
ESCLOTS, s. m. pl. Sabots,--dans l'argot du peuple, qui se servait déjà
de cette expression du temps de Rabelais.
ESCOBAR, s. m. Nom d'homme, qui est devenu celui de tous les hommes dont
la conduite est tortueuse et dont les paroles semblent louches.
ESCOFFIER, v. a. Tuer,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot au
provençal escofir.
ESCOGRIFFE, s. m. Homme de grande taille et de mine suspecte,--dans le
même argot.
On dit aussi _Grand escogriffe_--pour avoir l'occasion de faire un
pléonasme.
ESCOUSSE, s. f. Élan,--dans l'argot des écoliers.
_Prendre son escousse._ Reculer de quelques pas en arrière pour sauter
plus loin en avant.
ESPALIER, s. m. Figurante,--dans l'argot des coulisses.
ESPALIER, s. m. Galérien,--dans l'ancien argot des voleurs.
ESPÈCE, s. f. Femme entretenue,--dans l'argot méprisant des bourgeoises,
héritières des rancunes des duchesses contre les jolies filles qui leur
enlèvent leurs fils et leurs maris.
ESPÉRANCES, s. f. pl. Héritage paternel ou maternel que toute jeune fille
bien élevée doit apporter comme surcroît de dot à son époux, qui ne
craint pas de voir mettre les souliers d'un mort dans la corbeille de
mariage.
_Avoir des espérances._ Avoir des grands-parents riches que l'on compte
voir mourir bientôt,--façon bourgeoise de «tuer le mandarin!»
ESQUINTE, s. m. Abîme,--dans l'argot des voleurs.
ESQUINTER, v. a. Fracturer, briser, perdre, _abîmer_, tuer.
Signifie aussi: Tromper, enfoncer quelqu'un.
ESQUINTER, v. a. Éreinter, battre,--dans l'argot du peuple.
_S'esquinter_, v. pron. Se fatiguer à travailler, à marcher, à jouer,
à--n'importe quoi de fatigant.
On dit aussi _S'esquinter le tempérament_.
ESSAYER LE TREMPLIN. Jouer dans un lever de rideau; être le premier à
chanter dans un concert. Argot des comédiens et des chanteurs de
café-concert.
On dit aussi _Balayer les planches_.
ESSENCE DE CHAUSSETTES, s. f. Sueur des pieds,--dans l'argot des
faubouriens.
ESSUYER LES PLÂTRES, v. a. Habiter une maison récemment construite, dont
les plâtres n'ont pas encore eu le temps de sécher.
Se dit aussi, ironiquement, des Gandins qui embrassent des filles trop
maquillées.
ESSUYEUSE DE PLÂTRES, s. f. Lorette, petite dame, parce que ce type
parisien, essentiellement nomade, plante sa tente où le hasard le lui
permet, mais surtout dans les maisons nouvellement construites, où l'on
consent à l'admettre à prix réduits, et même souvent pour rien. C'est
ainsi qu'on fait essayer les ponts aux soldats.
ESTAFFIER, s. m. Sergent de ville, mouchard,--dans l'argot du peuple,
fidèle à la tradition.
ESTAFFION, s. m. Chat,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Griffard_.
ESTAFFION, s. m. Taloche, coup de poing léger,--dans l'argot du peuple.
ESTAMPILLER, v. a. Marquer du fer rouge,--dans l'argot des prisons.
ESTOC, s. m. Esprit, finesse, malice,--dans l'argot des voleurs, qui
emploient là une expression de la langue des honnêtes gens.
ESTOMAC, s. m. La gorge de la femme,--dans l'argot du peuple, qui parle
comme écrivait Marot:
«Quant je voy Barbe en habit bien duisant,
Qiu l'estomac blanc et poli descœuvre.»
ESTOMAQUÉ, adj. Étonné, stupéfait,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Stomaqué_.
ESTOME, s. m. Apocope d'_Estomac_,--dans l'argot des faubouriens.
ESTORGUE, s. f. Fausseté, méchanceté,--dans l'argot des voleurs.
_Centre à l'estorgue._ Faux nom.
_Chasse à l'estorgue._ OEil louche,--storto.
ESTOURBIR, v. a. Tuer,--dans l'argot des faubouriens et des voleurs.
Le vieux français avait _esturbillon_, tourbillon, et le latin
_exturbatio_. L'homme que l'on tue au moment où il s'y attend le moins
doit être en effet estourbillonné.
Signifie aussi Mourir.
ESTOURBIR (S'). Disparaître, s'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.
Par extension: Mourir.
ESTRANGOUILLADE, s. f. Action d'étrangler, _strangulare_,--dans l'argot
du peuple.
ESTRANGOUILLER, v. a. et n. Etrangler quelqu'un, étouffer.
ESTROPIER UN ANCHOIS, v. a. Manger un morceau pour se mettre en appétit;
faire un déjeuner préparatoire. Argot des ouvriers.
ESTUQUER, v. a. et n. Donner ou recevoir des coups,--dans l'argot du
peuple.
ÉTAL, s. m. La gorge de la femme,--dans l'argot des faubouriens, qui
appellent la chair de la _viande_.
ÉTALER, v. a. Jeter par terre,--dans l'argot du peuple.
_S'étaler._ Se laisser tomber.
ÉTALER SA MARCHANDISE, v. a. Se décolleter trop,--dans l'argot des
faubouriens, qui disent cela à propos des marchandes d'amour.
ET ALLEZ DONC! Phrase exclamative, une selle à tous chevaux: on l'emploie
volontiers pour renforcer ce qu'on vient de dire, comme coup de fouet de
la fin.
ÉTALON, s. m. Homme de galante humeur,--dans l'argot du peuple.
ÉTAMINE, s. f. Chagrin, misère,--dans l'argot du peuple, qui sait que
l'homme doit passer par là pour devenir meilleur.
_Passer par l'étamine._ Souffrir du froid, de la faim et de la soif.
ÉTEINDRE SON GAZ, v. a. Se coucher,--dans l'argot du peuple.
Le mot est de Gavarni.
Se dit aussi pour Mourir.
ÉTERNUER DANS DU SON, v. n. Étre guillotiné,--dans l'argot des bagnes.
On dit aussi _Éternuer dans le sac_.
ÉTERNUER UN NOM. Se dit,--dans l'argot du peuple, d'un nom difficile à
prononcer, à cause des nombreuses consonnes sifflantes qui le composent,
par exemple les noms polonais.
ET MÈCHE! Formule de l'argot des faubouriens, employée ordinairement pour
exagérer un récit: «Combien cette montre a-t-elle coûté? soixante
francs?--Soixante francs, et mèche!» c'est-à-dire beaucoup plus de
soixante francs.
ÉTOILE, s. f. Cantatrice en renom, comédienne hors ligne, premier rôle
d'un théâtre,--dans l'argot des coulisses, où il y a tant de nébuleuses.
ÉTOILE DE L'HONNEUR, s. f. La croix de la Légion d'honneur,--dans l'argot
des vaudevillistes, plus académiciens qu'ils ne s'en doutent.
ÉTOILE, s. f. Bougie allumée ou non,--dans l'argot des francs-maçons.
_Etoile flamboyante._ Le symbole de la divinité.
ÉTOUFFER, v. a. Cacher, faire disparaître,--dans l'argot des faubouriens.
ÉTOUFFER UNE BOUTEILLE, v. a. La boire, la faire disparaître jusqu'à la
dernière goutte,--dans l'argot du peuple.
ÉTOUFFEUR, s. m. Libraire qui ne sait pas _lancer_ ses livres ou qui ne
veut pas lancer les livres édités par les autres libraires.
ÉTOUFFOIR, s. m. Table d'hôte où l'on joue l'écarté,--dans l'argot des
voleurs, qui savent que dans ces endroits-là on _ferme_ tout avec soin,
portes et fenêtres, de peur de surprise policière.
ÉTOURDIR, v. n. Solliciter,--dans le même argot.
ÉTOURDISSEUR, s. m. Solliciteur.
ÉTRANGLER UNE DETTE, v. a. L'acquitter, pour s'en débarrasser lorsqu'elle
est trop criarde,--dans l'argot des bohèmes.
ÊTRE (En), v. n. Faire partie de la corporation des non-conformistes.
ÊTRE (En), v. n. Euphémisme de l'argot du peuple, qui est une allusion
aux _Insurgés de Romilly_. (Voir ce mot.)
ÊTRE (L'). Être trompé par sa femme,--dans l'argot des bourgeois, qui se
plaisent à équivoquer sur ce verbe elliptique.
ÊTRE A COUTEAUX TIRÉS AVEC QUELQU'UN. Être brouillé avec lui, ne plus le
saluer ni lui parler,--dans l'argot des bourgeois.
ÊTRE A FEU. Être en colère,--dans l'argot des faubouriens.
ÊTRE A FOND DE CALE. N'avoir plus d'argent,--dans l'argot des ouvriers.
ÊTRE A JEUN. Être vide,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à
propos des choses aussi bien qu'à propos des gens, au sujet d'un sac
aussi bien qu'au sujet d'un cerveau.
_Avoir la sacoche à jeun._ N'avoir pas le sou.
ÊTRE A LA BONNE, v. n. Inspirer de la sympathie, de l'intérêt de
l'amour,--dans l'argot du peuple, qui a conservé là, en la modifiant un
peu, une vieille expression française.
Les gens de lettres modernes ont employé cette expression à propos de M.
Sainte-Beuve, et ils ont cru l'avoir inventée pour lui. «Vous ne poviez
venir à heure plus opportune, nostre maistre est en ses bonnes,» dit
Rabelais.
ÊTRE A LA CAMPAGNE, v. n. Être à Saint-Lazare,--dans l'argot des filles
qui rougissent d'aller en prison et ne rougissent pas d'autre chose non
moins grave.
ÊTRE A LA CHANCELLERIE. Être pris de façon à ne pouvoir se
défendre,--dans l'argot des lutteurs français et anglais.
ÊTRE A LA FÊTE, v. n. Être de bonne humeur;--dans l'argot du peuple.
ÊTRE A LA MANQUE, v. n. Tromper quelqu'un, le trahir,--dans l'argot des
voyous.
ÊTRE A LA PAILLE (En). Être à l'agonie,--dans l'argot des faubouriens,
qui font allusion à la paille que l'on étale dans la rue devant la maison
où il y a un malade.
ÊTRE A L'OMBRE, v. n. Être en prison,--dans l'argot du peuple.
ÊTRE A PLUSIEURS AIRS, v. n. Faire ses embarras; faire ses coups à la
sourdine,--dans l'argot des ouvriers.
ÊTRE A POT ET A FEU AVEC QUELQU'UN. Avoir un commerce d'amitié, vivre
familièrement avec lui.
ÊTRE ARGENTÉ, v. n. Avoir dans la poche quelques francs disposés à danser
le menuet sur le comptoir du marchand de vin.
_Être désargenté._ N'avoir plus un sou pour boire.
ÊTRE A SEC. N'avoir plus d'argent,--dans l'argot du peuple.
C'est la même expression que _Les eaux sont basses_.
ÊTRE A TU ET A TOI AVEC QUELQU'UN. Vivre familièrement avec quelqu'un,
être son ami, ou seulement son compagnon de débauche.
ÊTRE AUX ÉCOUTES, v. n. Faire le guet; surprendre une conversation,--dans
l'argot du peuple.
L'expression sort de la langue romane.
ÊTRE AVEC UNE FEMME, v. n. Vivre maritalement avec elle,--dans l'argot
des ouvriers.
ÊTRE AVEC UN HOMME, v. n. Vivre en concubinage avec lui,--dans l'argot
des grisettes.
ÊTRE BIEN, v. n. Être en état d'ivresse,--dans l'argot du peuple.
ÊTRE BIEN DE SON PAYS. Avoir de la naïveté, s'étonner de tout et de rien,
se fâcher au lieu de rire. Argot du peuple.
ÊTRE BIEN PORTANT, v. n. Être libre,--dans l'argot des voleurs.
ÊTRE BON LÀ. Demander plus qu'il n'est permis. Manifester des exigences
ou des prétentions,--dans l'argot du peuple, qui n'emploie cette
expression qu'ironiquement, par antiphrase.