II

Vous trouverez peut-être que je suis trop prodigue de ma propre

histoire: cela doit être. Mais ma manière d’écrire est plutôt de penser

tout haut, et de suivre mon envie, que de prendre garde à qui m’écoute;

et, si j’en viens à examiner si l’on peut dire telle ou telle chose,

j’en viendrai bientôt à croire qu’on ne peut rien dire du tout. Je me

place moi-même à quinze ou vingt ans d’ici, et je suppose que j’écris

pour ceux qui prendront alors quelque intérêt à moi. Cherchant ainsi à

rassembler tous les événements connus de moi seul, je travaille avec

tous les efforts que je suis capable de faire à présent, attendu que je

ne sais pas si je pourrai jamais retrouver le temps de les faire une

autre fois.

L'Anglais mangeur d'opium Traduit de l'Anglais et augmenté par Alfred de Musset, avec une notice par M. Arthur Heulhard · 第 15 / 23 题