Vous trouverez peut-être que je suis trop prodigue de ma propre
histoire: cela doit être. Mais ma manière d’écrire est plutôt de penser
tout haut, et de suivre mon envie, que de prendre garde à qui m’écoute;
et, si j’en viens à examiner si l’on peut dire telle ou telle chose,
j’en viendrai bientôt à croire qu’on ne peut rien dire du tout. Je me
place moi-même à quinze ou vingt ans d’ici, et je suppose que j’écris
pour ceux qui prendront alors quelque intérêt à moi. Cherchant ainsi à
rassembler tous les événements connus de moi seul, je travaille avec
tous les efforts que je suis capable de faire à présent, attendu que je
ne sais pas si je pourrai jamais retrouver le temps de les faire une
autre fois.