salle des Preux, on pénètre dans la salle souterraine et circulaire de
cette tour L par une porte en tiers-point, suivie d'une herse et d'une
porte en plein cintre. Le couloir intermédiaire, recouvert de linteaux,
communique avec un escalier à vis qui dessert tous les étages. Six
branches d'ogives aux arêtes abattues rayonnent autour de la clef de
voûte, et viennent rejoindre des consoles: deux archères sont percées
dans les murs épais de 5m,20. Au-dessus se trouve une salle hexagone,
sans archères et sans cheminée, qui était voûtée par six nervures à tore
aminci, dont les retombées s'appuient sur des chapiteaux à crochets et
des colonnes engagées. Une fenêtre s'ouvre au levant au fond de l'une des
six niches en tiers-point, et les latrines sont établies sur une fosse
carrée, profonde de 18 mètres, qui s'élève au-dessus d'un puits rond.
Au premier étage, on voit encore des amorces de la voûte d'ogives, les
niches habituelles, cinq archères et une cheminée. La porte à linteau
s'ouvrait à l'extrémité orientale de la salle des Preux, en avant d'un
passage coudé qui communiquait avec l'escalier à vis. En traversant la
cage, on pouvait circuler, à l'intérieur d'un gros mur, dans un couloir
recouvert de grandes dalles qui rejoignait la chemise du donjon. Des
latrines en encorbellement s'élèvent dans l'angle rentrant de la courtine
méridionale, comme dans les tours précédentes. Les étages supérieurs sont
inaccessibles.
V
CORPS DE LOGIS
=Côté nord.=--On voit encore dans la cour les débris des treize arcades
aveugles en tiers-point qui retombaient sur des contreforts intérieurs au
revers de la courtine du nord, afin d'élargir le chemin de ronde. Ce
système, qui devint plus tard si fréquent dans l'architecture militaire
du midi de la France et dans les églises fortifiées de la même région,
apparut dans l'Ile-de-France autour du mur d'enceinte du château de
Farcheville, près d'Étampes, construit par Hugues de Bouville, sénéchal
de Philippe Auguste. L'architecte du château de Coucy eut soin de monter
le parement supérieur du mur de fond après le décintrage des voussures,
afin de remédier aux effets du tassement. Les marques de tâcherons, la
disposition des supports, le champ plat de quelques écoinçons, suffisent
à prouver qu'aucun bâtiment ne venait s'adosser à la courtine du nord, au
XIIIe siècle.
Vers la fin du XIVe siècle, comme l'indiquent quelques profils et la
finesse des marques de tâcherons, on éleva la porterie et un corps de
logis contre la même courtine, à l'intérieur de la cour. On remplit de
maçonnerie la plupart des arcades qui se trouvèrent englobées dans de
petites pièces à solives apparentes. Trois escaliers à vis desservaient
l'unique étage; le premier, en partant de la porte du château, descend
dans un souterrain du XIIIe siècle, à travers la voûte; le troisième
s'élève à l'angle du bâtiment de la salle des Preuses. Ce qui est
extraordinaire, c'est qu'Androuet du Cerceau figure au milieu de la
courtine du nord une petite tour ronde assez saillante, dont il est
impossible de retrouver la trace. Viollet-le-Duc l'indique à tort sur son
plan; mais il suffit d'examiner le parement extérieur du mur pour
constater l'absence de tout collage ou d'une brèche rebouchée: on n'a
jamais relancé aucune pierre dans les assises primitives. Etait-ce une
œuvre du XIVe siècle? Je n'en sais rien, mais j'affirme qu'au XIIIe
siècle il n'y avait pas de petite tour partant de fond entre les deux
grosses tours du nord.
=Côté ouest.=--Le grand corps de logis dont on voit les ruines entre les
tours nord-ouest et sud-ouest fut presque entièrement reconstruit par
Enguerrand VII, un peu avant le voyage de Charles VI à Coucy, le 23 mars
1387, comme le prouve le compte publié par M. Broche; mais le magasin P
du rez-de-chaussée est une œuvre du XIIIe siècle. On y entrait de
plain-pied, comme dans une halle, par cinq larges arcades en tiers-point,
qui s'ouvraient sur la cour et qui retombaient sur des piles
rectangulaires. Aucune trace de fermeture ou de mur de clôture contre les
supports. Au revers du mur extérieur, cinq profondes arcades en
tiers-point, construites avant le parement supérieur du fond, étaient
destinées à réduire la portée des solives du plancher de la salle des
Preuses, comme dans le cellier méridional. Les marques de tâcherons
permettent de distinguer toutes les assises et les claveaux du XIIIe
siècle.
[Illustration:
Photo Lefèvre-Pontalis.
VUE PRISE SOUS LA SALLE DES PREUSES]
Vers 1385, le plafond de bois primitif fut remplacé par cinq croisées
d'ogives aux angles abattus, dont on voit les amorces sur les anciennes
piles. Les doubleaux, en cintre surbaissé, présentaient le même profil.
Les nervures de la première voûte au nord, tangente à une arcade aveugle
du XIIIe siècle, viennent d'être rétablies par les soins de M.
Bœswillwald. La voûte suivante butait contre un gros mur de refend,
monté au XIVe siècle pour soutenir un escalier à vis qui reliait la salle
des Preuses au second étage. La seconde arcade, en partant du nord, se
trouve donc en partie bouchée comme la première, adossée aux bâtiments du
nord et à une voûte d'ogives du XIVe siècle. Pour se rendre à la salle
des Preuses et à celle des Preux, on montait un large escalier tournant,
dont la cage et la porte à colonnettes prismatiques sont encore intactes
dans l'angle sud-ouest de la cour.
[Illustration:
Photo Neurdein.
CÔTÉ OUEST DE LA COUR
Ruines de la salle des Preuses.]
=Salle des Preuses.=--Le compte de 1386-1387 mentionne la construction de
la cheminée du boudoir attenant à cette salle, qui venait d'être achevée.
L'architecte d'Enguerrand VII fit remplacer le parement du mur
occidental, à l'intérieur, nomme l'indiquent les fines marques de
tâcherons. A droite, il piocha la courbe de la tour nord-ouest pour faire
un angle, encadré par un gros arc de décharge en plein cintre, au-dessus
du second étage. A gauche, derrière un décrochement, un large couloir du
XIIIe siècle voûté en berceau brisé, fait communiquer la tour sud-ouest
avec la salle des Preuses. Au XIVe siècle, trois grandes fenêtres,
amorties par un arc surbaissé, furent percées après coup dans le mur
occidental. La baie centrale s'ouvrait au fond d'un boudoir qui renferme
une petite cheminée. Sa voûte se compose de deux petites croisées
d'ogives, dont la baguette à filet saillant retombe sur des anges.
[Illustration: MARQUES DE TACHERONS DU XIVe SIÈCLE]
Cette salle était en outre chauffée par une grande cheminée à deux âtres,
dessinée par Androuet du Cerceau et décorée des statues des neuf Preuses,
suivant la description poétique d'Antoine d'Asti, secrétaire du duc
Charles d'Orléans, vers 1440. Au-dessus du plafond de bois, une autre
salle, aussi vaste mais plus basse, était de même éclairée par trois
baies; celle du milieu conserve encore deux voûtes d'ogives de faible
dimension. Près de la tour nord-ouest, une cage d'escalier, coupée en
deux, correspond au mur de refend où passait le conduit de la grande
cheminée. Au revers, deux petites pièces superposées étaient éclairées
par deux fenêtres ouvertes au XIVe siècle.
=Côté sud.=--Le vaste bâtiment qui renfermait la salle des Preux s'élève
au-dessus des deux caves parallèles, voûtées en berceau brisé, que j'ai
déjà décrites. Le grand cellier R du rez-de-chaussée fut remanié vers
1385, comme le magasin qui se trouve sous la salle des Preuses. Au XIIIe
siècle, des poutres de fort équarrissage portaient le plancher du premier
étage. Elles devaient être soulagées par des piliers de pierre, à cause
de leur grande portée, suivant un système appliqué au château de Chillon
et dans l'abbaye du Moncel (Oise). Neuf arcades en tiers-point, assez
profondes, soutenues par des piédroits, et marquées de signes de
tâcherons, faisaient corps avec le mur méridional pour donner aux solives
un point d'appui.
L'architecte d'Enguerrand VII modifia cette disposition pour voûter le
cellier. Il dressa dans l'axe longitudinal une file de colonnes où les
ogives aux arêtes abattues et les doubleaux de même profil qui
décrivaient une courbe en segment de cercle venaient retomber en
pénétration. Le sommier de l'un des fûts, d'où partaient huit arcs, et
des amorces de nervures sont encore visibles contre une pile occidentale
et à l'entrée de la cave de la tour sud-est. Chaque galerie fut donc
recouverte de neuf voûtes soigneusement appareillées: entre les deux
dernières voûtes, à l'ouest, deux larges doubleaux s'appuyaient sur un
massif de maçonnerie flanquée de colonnes engagées, et d'un mur de refend
qui venait buter contre une ancienne niche en tiers-point.
Plus loin, un arc surbaissé du XIIIe siècle, formé de deux rangs
d'énormes claveaux, supportait le mur de fond et la cheminée de la salle
des Preux. Par mesure de prudence, on le fit murer au XIVe siècle; au
revers, une petite voûte en berceau, et une voûte d'ogives à trois
nervures furent montées à la même époque; mais primitivement une poutre
franchissait l'espace triangulaire entre la tour sud-ouest et l'arc
transversal au droit d'un corbeau, encore intact, qui soutenait une
contre-fiche.
=Salle des Preux.=--Cette magnifique salle fut rebâtie, en même temps que
la salle des Preuses, dans le dernier quart du XIVe siècle. L'architecte
fit arracher l'ancien parement intérieur du mur méridional, pour y
substituer de nouvelles assises. Il perça du même côté deux larges
fenêtres à plate-bande appareillée, qui étaient recoupées par un meneau
central et deux arcs tréflés. Au dehors, un boudin coudé encadrait
chacune des baies. Les deux cheminées, très larges, conservent leur foyer
encadré par un arc surbaissé sous un arc de décharge en tiers-point. Les
quatre niches sont flanquées de deux colonnettes, et leurs dais à sept
pans garnis de petits arcs trilobés portent déjà l'empreinte du style
flamboyant.
[Illustration:
Photo Lefèvre-Pontalis.
RUINES DE LA SALLE DES PREUX]
Un bandeau de feuilles frisées marque le niveau de la charpente en carène
renversée de la salle des Preux. Trois lucarnes à meneau central, dont
on voit encore les glacis, correspondaient à une voussure de bois en
pénétration dans le berceau. A l'extérieur, une ligne de corbeaux
moulurés accuse le sommet de la courtine surélevée, comme entre les
autres tours.
On montait à la tribune occidentale, destinée aux musiciens, par un petit
escalier à vis accolé à la tour sud-ouest et coiffé d'une voûte d'ogives
à six branches qui retombent sur des petits anges. A l'autre extrémité,
c'est-à-dire à l'orient, une immense verrière s'ouvrait dans le pignon
pour éclairer la salle. Au niveau de son appui on avait élevé une tribune
en bois décorée de pampres et de fruits, comme les deux autres, qui
étaient réservées aux dames.
La belle cheminée occidentale de cette salle se divisait en deux foyers
séparés par un pilier. Les statues des Preux étaient au nombre de dix,
car Charles d'Orléans y avait ajouté Bertrand du Guesclin. Ce détail se
trouve dans le poème de son secrétaire, Antoine d'Asti.
=Chapelle.=--Orientée vers le nord-est et adossée au bâtiment de la salle
des Preux, cette chapelle du XIIIe siècle, à chevet plat, a presque
entièrement disparu; mais on peut encore relever le plan de ses
soubassements. Le rez-de-chaussée S divisé par de fortes piles et
recouvert de quatre voûtes d'ogives sur chaque galerie, servait de
passage, comme sous la chapelle du château de Senlis, pour entrer soit
dans le grand cellier, situé sous la salle des Preux, par une porte en
tiers-point de six mètres d'épaisseur, soit dans la cuisine, qui
s'élevait à l'orient. Entre les contreforts à bandeau inférieur mouluré,
des arcs de décharge encadraient des murs percés de portes.
[Illustration:
A Ventre del.
CLEF DE VOUTE DE LA CHAPELLE]
Au premier étage, deux grandes voûtes d'ogives retombaient sur des
faisceaux de cinq colonnettes dont il reste des assises au pied de la
courtine du nord. L'une des clefs à trou central, ornée d'une guirlande
de feuillages, est déposée au musée de la tour nord-est: les amorces de
ses grosses nervures en amande accusent une époque peu avancée du XIIIe
siècle. J'ai retrouvé aussi quelques débris des meneaux, épais de 0m,75,
qui divisaient les fenêtres; le fût de leurs colonnettes et leur
feuillure sont bien visibles. Plusieurs morceaux de quatrefeuilles ou de
rosaces à cinq lobes, provenant du remplage, sont épars sur le sol.
Loin de ressembler à la Sainte-Chapelle de Paris, comme un dessin de
Viollet-le-Duc pourrait le faire supposer, la chapelle du château de
Coucy était plutôt une œuvre du même style que le chevet de la
cathédrale de Soissons. La riche décoration de cette chapelle avait
frappé Antoine d'Asti, secrétaire du duc Charles d'Orléans, car il décrit
dans ses _Lettres héroïques_, vers 1440, les figures peintes sur les
voûtes qui étaient rehaussées de dorures, les statues, les vitraux, qui
représentaient des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il affirme
que pendant la guerre de Cent Ans, le prince Jean aurait acheté les
anciennes verrières au prix de douze mille écus d'or.
=Cuisine.=--Une petite cour séparait le côté sud de la chapelle, de la
cuisine T recoupée en deux pièces, dont les murs sont démolis presque à
ras de terre. Les eaux de vaisselle, vidées sur un évier, se déversaient
par un caniveau dans un grand puisard, dissimulé dans l'épaisseur de la
chemise du donjon, et surmonté d'un réduit voûté en berceau brisé.
VI
DONJON
=Chemise.=--Les défenses extérieures du donjon V, qui commandait à la
fois la basse-cour et la cour du château, se composaient d'un fossé large
de 6m,36 et d'une chemise annulaire qui s'interrompait en face de
l'entrée de la tour. Cette chemise, aujourd'hui découronnée et éventrée
par la mine en 1652, mesurait 20 mètres de hauteur, en partant du fond du
fossé. Elle se reliait, au nord, à la courtine de la porte du château, et
au midi à la tour sud-est par un gros mur dont le couloir intérieur
communiquait avec celui de la chemise surmontée d'un chemin de ronde
crénelé. On y montait rapidement, au XIIIe siècle, par une rampe courbe
partant du sol de la cour en face de la porte du donjon: au-dessous, des
arcs de décharge formaient des niches. L'escalier à vis, adossé au
puisard des cuisines, fut appliqué contre la chemise au XIVe siècle.
Plus loin, un escalier droit du XIIIe siècle, recouvert d'énormes
dalles, descend dans un passage, ménagé à travers la chemise, au niveau
des fondations. On pouvait donc passer du fossé intérieur au fossé
extérieur, mais comme l'ennemi aurait pu prendre le même chemin, une
herse manœuvrée dans une petite chambre permettait de barrer ce couloir
vers le sud. Cette poterne correspondait par un pont volant avec celle
que j'ai déjà signalée au pied de la tour sud-est.
Vers 1386, on eut l'idée d'établir au pied de la chemise, dans le fossé
extérieur, une galerie de contre-mine, voûtée en quart de cercle, et
recouverte d'un talus. Cette date se déduit d'une dépense inscrite dans
le registre de comptes de la châtellenie pour la captation de la source
qui s'y trouve, et qui devait nécessairement être protégée en cas de
siège. Viollet-le-Duc et d'autres archéologues ont eu tort de croire que
la galerie pouvait remonter au XIIIe siècle. A l'entrée, ses doubleaux
avec arêtes abattues et ses voussoirs en pierre jaune sont d'un tout
autre grain que la roche à coquillages primitive. C'est donc un simple
collage contre le vieux mur.
=Procédé de construction.=--Le donjon, du XIIIe siècle, est bâti
sur un plan circulaire, comme ceux de Rouen, de Lillebone, ou
comme les tours d'angle des châteaux de Gisors et de Falaise,
œuvres des ingénieurs militaires de Philippe Auguste, qui ont pu
servir de prototype à l'architecte. Sa hauteur, prise du fond du
fossé, atteint 54 mètres; son diamètre mesure exactement
31m,25; et l'épaisseur du mur, au rez-de-chaussée, est de
7m,46: c'est donc la plus grosse tour du monde.
[Illustration:
Photo Neurdein.
DONJON ET TOUR NORD-EST]
Viollet-le-Duc a deviné le premier à l'aide de quel ingénieux procédé sa
construction fut menée à bonne fin. Des trous de boulin disposés en
spirale, de la base au sommet, correspondaient à deux poutrelles reliées
par des contrefiches qui soutenaient un chemin en encorbellement, dont la
pente était assez douce à cause du diamètre énorme du donjon. La largeur
de cette rampe en hélice pouvait atteindre cinq mètres, ce qui permettait
aux ouvriers de monter les pierres à l'aide de petits chariots. Un rayon
de bois, tournant horizontalement autour d'un axe, suffisait à régler la
courbe du parement. Suivant un principe appliqué dès le XIIe siècle, le
mur du donjon était cerclé par des longrines de bois noyées dans la
maçonnerie, à trois hauteurs différentes: une enrayure, dont les trous
sont visibles, venait s'assembler dans ce chaînage au niveau du second
étage.
=Salle basse.=--On entrait au rez-de-chaussée par un pont à bascule qui
franchissait le fossé de la chemise et qui s'abattait sur deux corbeaux,
encore intacts. La porte en tiers-point est flanquée de deux colonnettes:
on a remplacé ses chapiteaux, le linteau et la plus grande partie du
tympan, qui représente la lutte d'un chevalier contre un lion. La croupe,
la queue et une patte de l'animal sont seules anciennes. Dès le XIIe
siècle, on a reproduit la même scène sur un grand nombre de chapiteaux
romans, comme à Laffaux et à Saconin, près de Soissons. Dom Toussaint
Duplessis y voit bien à tort un souvenir de la lutte d'Enguerrand III
contre les Albigeois, mais ce n'est qu'un symbole de la bravoure
chevaleresque[25]. Au XVIe siècle, Androuet du Cerceau et L'Alouète ont
voulu expliquer ce bas-relief par une légende qui se rattache à
Enguerrand Ier et à la fondation de l'abbaye de Prémontré en 1119, grâce
à un jeu de mots ridicule répété par tous les auteurs modernes.
[Illustration:
Photo Neurdein.
TYMPAN DE LA PORTE DU DONJON]
[25] Notre savant confrère, M. Mâle, est d'avis que ce combat
n'a aucun rapport avec la lutte de Samson et du lion ou avec
l'iconographie religieuse. Le sujet a pu en être fourni aux
sculpteurs romans par des motifs orientaux.
[Illustration:
Photo Lefèvre-Pontalis.
SALLE BASSE DU DONJON
Statuette sous la retombée des voûtes.]
Huit figurines se détachent sur la voussure, mais comme les attributs des
trois statuettes primitives sont cassés, il est difficile de les
identifier avec telle ou telle vertu. L'archivolte, garnie de crochets,
retombe sur deux consoles ornées d'une chimère et de deux aigles
becquetant des masques.
Le couloir de la porte était défendu par un assommoir rectangulaire et
par une herse que l'on manœuvrait dans une petite chambre qui communique
avec l'escalier. Dans le passage voûté en berceau débouchent des
latrines recouvertes de dalles et éclairées par une archère. On pénètre
dans la salle du rez-de-chaussée en passant sous un linteau qui repose
sur deux corbeaux: à droite, un lion mutilé est flanqué d'un masque; à
gauche, une chouette se dresse à côté de deux oiseaux affrontés.
[Illustration:
Viollet-le-Duc del.
COUPE DU DONJON]
Le donjon ne renferme pas de rotonde souterraine, comme les autres tours;
son soubassement, qui forme talus, est plein afin d'opposer plus de
résistance à la sape. Ses trois salles, dont la largeur est de 16m,33 et
la hauteur moyenne de 13 mètres étaient recouvertes de douze branches
d'ogives qui rayonnaient autour d'une clef centrale; mais l'ingénieur
Métézeau et son fils firent sauter les trois voûtes, en 1652, à l'aide
d'une mine dont on a retrouvé les traces à deux mètres de profondeur et
qui fit trois lézardes dans les murs de la tour. Au rez-de-chaussée, dont
le plan est un dodécagone, les amorces du boudin en amande et des deux
tores des nervures prennent naissance sur des sommiers ornés d'un
personnage mutilé, assis les jambes croisées, qui correspond à une courte
colonnette surmontée d'un chapiteau à crochets et d'un tailloir à bec. De
chaque côté de la figurine, un culot garni de feuillages servait de point
d'appui à une colonnette des douze arcatures supérieures, qui jouaient le
rôle de formerets.
[Illustration: SALLE BASSE DU DONJON
Sommier d'une ogive.]
Les niches en tiers-point du premier rang, dépourvues de moulures,
s'ouvrent entre de robustes piédroits. Larges de 3m,10 et profondes de
1m,70, elles servaient pour loger des provisions: leur mur de fond est
plein. Au sud, une large cheminée restaurée chauffait la salle; à
l'ouest, une niche abrite le puits qui fut creusé avant les fondations du
donjon. Son diamètre est de 2m,14 et le rouet se trouve à 64m,50 de
profondeur, comme on l'a constaté en 1819, en vidant les déblais qui le
remplissaient entièrement[26]. Ce travail a fait découvrir des boulets de
pierre et de fer, deux têtes de statues dorées, et le petit canon en
cuivre du musée. A dix mètres au-dessous du sol, on voit l'orifice d'un
souterrain qui devait communiquer avec les caves de la salle des Preux.
[26] Aujourd'hui le puits ne mesure plus que 30 mètres de
profondeur.
La salle basse était décorée d'un second rang de niches plus hautes,
souligné par un bandeau de crochets. Leur archivolte en tiers-point, dont
le tore est bien dégagé, retombait sur deux colonnettes et sur des
chapiteaux à crochets. Trois fenêtres de la même forme, surmontées
d'énormes linteaux de fond, s'ouvrent dans les murs: elles sont carrées à
l'extérieur: leurs glacis en escalier, où l'on accédait par une échelle,
permettaient de les utiliser pour la défense. La niche qui correspond à
la cheminée est recoupée par deux arcatures secondaires, pour masquer le
passage du conduit. Sous quelques voussures, on voit des rinceaux rouges
et des faux-joints, de la même couleur, qui se détachaient sur un fond
ocre, car les salles du donjon étaient peintes très sobrement.
=Etages supérieurs.=--On monte aux deux étages et à la plate-forme
supérieure par un bel escalier à vis, dont la cage a 3m,05 de diamètre.
Les marches, au nombre de 215, mesurent 0m,20 de hauteur, et sont posées
sur des chanfreins qui se détachent en saillie sur le parement et sur le
noyau. Les onze fenêtres percées dans la cage jouaient le même rôle que
des archères. L'architecte avait pris la sage précaution de planter
l'escalier du côté de la cour pour éviter le danger d'une brèche faite
par les machines de guerre au point où le mur présentait un point faible.
[Illustration:
Photo Lefèvre-Pontalis.
INTÉRIEUR DU DONJON]
La salle du premier étage était également voûtée par douze ogives à trois
tores qui viennent rejoindre les chapiteaux à crochets de colonnettes en
délit. La clef centrale était percée d'un large trou pour le passage des
projectiles dans un panier monté par un treuil. On remarquera l'absence
de formerets sous les lunettes. Chacun des douze pans coupés conserve une
niche en tiers-point, beaucoup plus haute que celles du rez-de-chaussée;
ses claveaux sont nus comme les pilastres qui les soutiennent. Trois
fenêtres s'ouvrent autour de la salle; près du passage de la cheminée une
petite porte devait aboutir à un pont volant jeté sur le fossé, au niveau
du chemin de ronde de la chemise. A l'est, des latrines correspondaient à
celles du rez-de-chaussée: au nord, il faut signaler, sous l'une des
arcades, un four à pain voûté en berceau brisé qui s'ouvre sous un arc
surbaissé, repris en moellons neufs. A côté, on voit la porte qui donne
dans la cage de l'escalier.
[Illustration:
A Ventre del.
PLAN DU SECOND ÉTAGE DU DONJON]
Si la voûte d'ogives du second étage diffère de celle du premier par le
profil de ses douze nervures aux arêtes abattues, le plan dodécagone de
la salle supérieure offre également une variante. En effet, un couloir
circulaire, à 4m,55 au-dessus du dallage, permettait d'en faire le tour.
La première idée de ce chemin de ronde intérieur se trouve appliquée dans
les donjons de Chambois (Orne) et de Châteaudun; mais à Coucy, le couloir
traverse de grandes arcades en tiers-point qui s'ouvrent sur la salle
haute. Cette tribune a 3m,45 de profondeur: on avait augmenté sa largeur
au moyen d'un plancher de bois qui s'avançait jusqu'au dosseret des
colonnettes, car la trace des trous des barres du parapet est encore
visible. Il était donc facile de loger des approvisionnements dans les
niches comme aux étages inférieurs.