Combien de fois--toutes les fois à peu près que la question du
«rajeunissement des cadres» revenait sur le tapis--avons-nous eu l'écho
des appréhensions que pouvaient bien faire concevoir l'état physique de
certains des chefs de l'armée, leur insuffisante validité, leur manque
éventuel de résistance, en cas de campagne! Le raid tout à fait
admirable que viennent d'accomplir deux de nos «Marocains», les plus
allants et les plus haut cotés, les généraux Dalbiez et Gouraud,
répondent--au moins pour ce qui les concerne--à ces inquiétudes.
Le général Lyautey convoquait récemment ses deux excellents
collaborateurs à Rabat. Ils devaient s'y rendre d'urgence, de Meknès où,
ils étaient, en suivant la ligne d'étapes du nord, celle que jalonnent
les postes de Dar bel Hamri, Sidi-Aya, Kenitra, soit 155 kilomètres à
parcourir en deux jours.
Avec une des auto-mitrailleuses dont dispose l'état-major, la chose
était facile. Mais le mauvais état des pistes, détrempées par la pluie,
interdisait même de songer à ce moyen de transport rapide. Que faire?
Les deux officiers généraux ne balancèrent pas: ils gagneraient à cheval
Sidi-Aya, où aboutit actuellement la voie ferrée qu'on pousse
progressivement et sûrement vers Meknès.
En selle à 7 heures du matin, le général Dalbiez et le général Gouraud
arrivaient à 14 heures à Dar bel Hamri. Le temps d'y souffler un peu et
de changer de montures, et ils repartaient une heure après. A 18 heures,
ils étaient à Sidi-Aya.
Ils avaient parcouru en treize heure 93 kilomètres. Qu'en disent les
«jeunes»?
[Illustration: Un Zeppelin de 140 mètres de long aplati sur le sol par
une rafale, au champ de manoeuvres de Carlsruhe.]