UNE MAISON DANS LES DUNES

_A Paul Blier._

Jadis, au temps des Antoine et des Paphnuce, la Thébaïde l'eût

tenté, avec ses cavernes et ses arènes muettes. Presque seul,

vraiment seul, dans le désarroi des deuils récents et la

survivance illogique des vieilles habitudes,--mort à ce qui

n'était pas très loin, très haut ou très absurde,--il habitait une

grande maison carrée, couvent égyptien, lourde blancheur écrasée

dans l'or pâle des sables.

Terres conquises sur la mer, le sol en avait gardé la nostalgie;

les herbes qu'il nourrissait avaient des formes marines; il cédait

sous les pieds comme le flot cède au poitrail des barques;--et

les pins, ceinture sacrée qui enserrait la maison, s'étaient

courbés sous l'éternel vent de l'Océan, ainsi que de fuyantes

voilures.

Il crut, rentrant chez lui, qu'il allait visiter ses frères en

monastère; il attendait sur le seuil la coule noire du père

Hilarion...

Là bas, le phare d'Alexandrie dardait une flamme vive dans le

couchant assombri.

Proses moroses · 第 52 / 59 题