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Monsieur,
Permettez à un grammairien de profession de vous communiquer une
observation à propos du mot [Grec: hathêrêloigos]. Le mot par
lui-même est très vague (_ce qui fait disparaître les barbes du
blé_), et n'indique pas la forme de l'instrument. Aussi le
trouve-t-on traduit par _van_ dans le dictionnaire d'Alexandre, et
par _fléau_ dans la traduction de l'_Odyssée_ de Leconte de Lisle,
sens qui n'est pas satisfaisant. Je crois que la traduction de MM.
Paul Arène et Mistral est la bonne. Seulement, elle n'est pas
nouvelle. Le dictionnaire grec-allemand Le Pape, répandu même en
France, traduit très bien [Grec: hathêrêloigos] par pelle à vanner
(_Worsschaufel_).
Quant à l'usage de vanner complètement le blé à la pelle, et non
pas seulement de se servir de la pelle pour le jeter dans le van,
vous le trouverez décrit et figuré dans un livre classique, traduit
en français depuis longtemps, le dictionnaire des antiquités
romaines et grecques d'Antony Rich, article _pala_ n°2. Par un
hasard curieux, à la même page (_pala_ n°1), vous pouvez voir
figuré un travailleur cheminant sa bèche sur l'épaule. Il ne faut
pas un grand effort d'imagination pour voir dans cette bèche une
rame, et cette figure pourrait presque représenter Ulysse, sa rame
sur l'épaule.
Où M. Paul Arène a encore bien raison, c'est quand il conseille de
faire le voyage de Provence pour comprendre les auteurs anciens.
Pour moi, je vous assure que toutes les épithètes homériques de la
mer, qui m'avaient paru vagues et quelquefois étranges, lorsque
j'expliquais Homère étant élève, m'ont paru très claires et très
vraies lorsque j'ai vécu sur les côtes de Provence. Tel rocher
isolé, près de la presqu'île de Giens, m'a fait comprendre le
Philoctète de Sophocle mieux que les commentaires des éditions les
plus savantes.
Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de mes sentiments
distingués.
P. CLAIRIN, Professeur au lycée Louis-le-Grand.
Paris, 17 février 1891.
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Paris, 21 février 1891.
Monsieur,
Ayant lu avec un très vif intérêt votre dernier article de la vie
littéraire (le _Temps_, 15 février 1891), je prends la liberté de
vous écrire au sujet de la phrase des _Martyrs_, que vous avez
citée.
À Pleudihen et au Minihic-sur-Rance, les paysans se servent de
pelles «qui ressemblent pas mal à des rames», en guise de vans. Je
dis bien: ils vannent, ils nettoient leur blé avec des pelles. Les
paysans munis de pelles se placent la figure contre le vent et
lancent le grain en demi-cercle devant eux. C'est ce qui a sans
aucun doute, permis à Chateaubriand d'écrire la phrase dont il
s'agit et dans laquelle le mot van est la traduction littérale
d'[Grec: hathêrêloigos].
Votre très assidu,