CHAPITRE XV

I. Routes.--II. Chemins de fer. État et compagnies. Rachat des lignes

par l’État et nationalisation du réseau ferré.--III. Principales

lignes.--IV. Tramways.--V. Tarifs des chemins de fer.

I.--Les communications, au Japon, se font de deux manières: par les

routes et les chemins de fer. Les communications par eau sont, en effet,

à peu près inexistantes, par suite du manque de rivières navigables, et

elles ne sont guère pratiquées qu’à l’embouchure de certains fleuves, et

dans leur cours inférieur; la navigation intérieure, telle qu’elle

existe en Europe, parallèlement aux moyens de communication par terre,

n’est pas employée au Japon et ne peut l’être, étant donné le système

orographique du pays, et le peu de longueur et de largeur de ses cours

d’eau.

Les routes, elles-mêmes, sont peu nombreuses et assez mal entretenues;

et il ne semble pas que le Gouvernement japonais s’en préoccupe

beaucoup; il n’y a plus depuis longtemps de ministère des Travaux

publics; il n’existe pas de corps d’ingénieurs des ponts et chaussées et

chaque préfecture, chaque ville et village, entretient ses routes un peu

à sa fantaisie.

Cela tient à ce qu’on ne voyage pas en voiture au Japon; autrefois les

grands seigneurs et les gens riches circulaient en chaises à porteur; le

peuple allait à cheval ou à pied, et il suffisait, alors, d’un étroit

sentier entre les rizières pour pouvoir passer. Depuis l’introduction

des chemins de fer, tout le monde prend la voie ferrée et le Japon, en

développant son réseau de fer, n’a pas songé à développer parallèlement

son réseau de routes.

Ce n’est pas, cependant, qu’il n’existe pas du tout de routes dans ce

pays; mais, outre qu’elles sont insuffisantes, comme nombre et comme

largeur, elles sont encore plus insuffisantes comme entretien, et

pendant la saison des pluies, dans certaines provinces, il est

impossible de faire passer même un _jinrikisha_ (pousse-pousse). Je vais

donner ici les principales grandes voies de communication: d’abord les

routes impériales qui, dès l’antiquité, avaient été établies pour relier

ensemble les principaux centres de l’Empire. La plus connue des

Européens est le Tôkaido, qui va de Tokio à Kioto et a 130 lieues de

longueur; elle est célèbre par les dessins de Hiroshigé, et c’était la

route la plus fréquentée, autrefois, par les cortèges du Shôgun et des

Daïmios lorsqu’ils allaient rendre hommage à l’Empereur à Kioto;

aujourd’hui elle est bien délaissée, par suite de la construction du

chemin de fer qui la longe constamment, et elle a perdu le cachet vivant

et affairé qu’elle avait encore il y a seulement une vingtaine d’années.

Elle part de _Nihonbashi_ (le pont du Japon), point central, d’où sont

calculées les distances, à partir de Tokio, jusqu’à tous les points de

l’Empire, et, après avoir traversé plusieurs villes et villages, dont

les plus importants sont Fujisawa, Odawara, Hakone, Shidzuoka,

Hamamatsu, Atsuta, Yokkaichi, Otsu, arrive à Kioto, où elle a son

terminus au pont de Sanjô Ohashi.

Le _Nakasendo_, route impériale, part également de Tokio pour aboutir à

Kioto, mais elle franchit le massif central par le Ken de Nagano

(Zenkôji), tandis que le Tôkaidô suit la mer. Le Nakasendo a une

longueur totale de 138 lieues et, de Nihonbashi, se dirige sur Omiya et

Takasaki (40.000 habitants), puis entre à Kutsukake, dans le Ken de

Nagano, et, par Shimonosuwa et Fukushima, tombe à Ochiai, Ken de Gifu;

elle vient aboutir, après avoir franchi Sékigahara et Otsu, à Kioto, au

pont de Sanjô Ohashi.

Le _Riku u Kaidô_, appelé aussi _Oshu Kaidô_ ou bien _O u kaidô_, va de

Tokio à Aomori (extrémité nord du Honshu). Cette route a 200 lieues de

long; elle part de Nihonbashi, passe à Senji près de Tokio, et, à Sôka,

atteint le Ken de Saitama; à Nakada, elle traverse le Ken de Ibaraki,

et, à Nogi, le Ken de Tochigi. Elle passe à Nihonmatsu, jolie petite

ville de 15.000 habitants, dans le Ken de Fukushima, province

d’Iwashiro, puis atteint Sendai, Ken de Miyagi, province de Rikuzen,

ville importante de plus de 100.000 habitants. De là, continuant vers le

Nord, elle passe à Morioka, Ken d’Iwate, province de Rikuchu, ville de

40.000 habitants, et aboutit enfin à Aomori, Ken d’Aomori, province de

Mutsu, chef-lieu du Ken et ville de 20.000 habitants.

Le _Akita Kaidô_, de Tokio à Akita, a une longueur de 151 lieues. Elle

se divise à proprement parler en deux tronçons: l’un de Tokio

(Nihonbashi) à Yamagata avec une longueur de 95 lieues; l’autre de

Yamagata à Akita, long de 56 lieues.

La route impériale, _Akita ken michi_, d’une longueur de 52 lieues,

réunit Akita à Aomori.

Le _Chukoku Kaidô_, route impériale, part d’Osaka pour rejoindre

Akamagaseki, à l’extrémité Sud-Ouest du Honshû, Ken de Yamaguchi;

longueur 140 lieues; elle traverse Himeji, Ken de Hiogo, province de

Harima (35.000 habitants); Okayama, Ken d’Okayama, province de Bizen

(80.000 habitants); Hiroshima, Ken de Hiroshima, province d’Aki (121.000

habitants), et se termine à Akamagaseki, petite ville de 35.000 âmes.

Le _Ehime Kaidô_ relie Osaka à Matsuyama; longueur 95 lieues.

Le _Fukui Kaidô_, route impériale, réunit Tokio à Fukui (Ken du même

nom); sa longueur est de 136 lieues. De Nihonbashi à Atsuta cette route

se confond avec le Tôkaidô; puis d’Atsuta elle passe à Nagoya, ville

importante de 290.000 habitants, et, après avoir traversé vingt-cinq ou

vingt-six petites villes et villages, vient aboutir à Fukui, chef-lieu

du Ken de Fukui, ville de 50.000 habitants.

Le _Ishikawa Kaidô_ relie Tokio à Kanazawa (Ken d’Ishikawa). Elle se

divise en trois tronçons: de Tokio (Nihonbashi) à Atsuta, 91 lieues;

d’Atsuta à Fukui, 45 lieues; de Fukui à Kanazawa, 22 lieues.

Le _Kagoshima Kaidô_, route impériale, part de Kokura au Nord de Kiushu

pour gagner Kagoshima en passant par Kumamoto: 98 lieues. Une deuxième

route part de Kokura pour rejoindre Kagoshima, mais cette dernière passe

par Miyazaki et sa longueur est de 116 lieues.

Le _Kôchi Kaidô_ relie Osaka à Kôchi (35.000 habitants); longueur 89

lieues.

Le _Kôshû Kaidô_, route impériale très fréquentée et généralement en

très mauvais état, réunit Tokio à Kofu, sur une longueur de 35 lieues.

[Illustration: Route d’Utsunomiya à Nikkô.]

Le _Nagasaki Kaido_, route impériale, part de Kokura pour rejoindre

Nagasaki, sur une longueur de 63 lieues; elle passe à travers un pays

merveilleux très accidenté.

Les deux routes impériales de Tokio à Niigata sont nommées _Niigata

Kaidô_; l’une passant par Shimidzu, avec une longueur de 88 lieues;

l’autre par Nagano (Zenkôji) avec une longueur de 112 lieues.

Telles sont les principales grandes routes du Japon praticables à pied

et à cheval, mais absolument impraticables, dans certaines contrées de

leur parcours, aux voitures et automobiles. Parfois, sur une certaine

longueur, dans le voisinage d’une grande ville, la route fait bon effet

et a quelque ressemblance avec une belle route de France, mais il ne

faut pas aller trop loin pour tomber dans les ornières et les

fondrières. Le système actuel des routes et leur répartition dans

l’Empire ne serait pas mal établi, s’il s’agissait de routes et non,

comme la plupart du temps, de sentiers tantôt larges, tantôt étroits.

II.--Le soin que les Japonais ont négligé de donner à leur réseau

routier, ils l’ont consacré tout entier à leur réseau ferré.

Actuellement le Japon est couvert de chemins de fer; le Japonais voyage

beaucoup, il se déplace très facilement.

Ce fut dès 1869, tout de suite après la restauration impériale, que le

Gouvernement décida de se mettre à l’œuvre afin de doter le Japon de

voies ferrées, et il chargea le département des Affaires civiles et

financières (aujourd’hui supprimé) de préparer des projets. En 1872 le

premier tronçon fut construit entre Tokio (Shimbashi) et Yokohama;

presque aussitôt après on relia Kobé à Osaka et Kiôtô par une autre

ligne. Les voies japonaises sont de un mètre d’écartement.

Pendant de longues années, les deux tronçons Tokio-Yokohama et

Kobé-Kioto furent les seules voies ferrées existant au Japon; lorsque,

en 1881, la Compagnie des chemins de fer du Japon (Nippon Tetsudô

Kaisha) obtint l’autorisation de commencer la ligne Tokio-Aomori.

C’était, à cette époque, une entreprise qui ne manquait pas d’audace;

car il était difficile de trouver des ouvriers, les travailleurs

ordinaires n’étant pas encore expérimentés en ce genre de travaux; de

plus, la longueur de la ligne nécessitait une mise de fonds importante.

Malgré toutes les difficultés, le Gouvernement ayant décidé de garantir

l’emprunt et de donner toute latitude à la Compagnie, les travaux furent

commencés en 1882 entre Tokio et Mayebashi, et, en 1883, la section

Tokio (Uyeno)-Kumagaye fut livrée au trafic. Ce fut comme un coup

d’éperon; l’émulation s’ensuivit et les Compagnies privées de chemins de

fer, en concurrence avec l’État, se mirent à établir partout des lignes,

avec une hâte fébrile. Dans toutes les provinces se créèrent des

sociétés pour la construction et l’exploitation des voies ferrées,

parfois à peine longues de quelques kilomètres.

Dès 1903, il existait 1.226 milles de lignes appartenant à l’État et

3.010 milles appartenant à des sociétés privées. Parmi ces dernières, la

Compagnie des chemins de fer japonais possédait 857 milles; la Compagnie

des chemins de fer de Kiushu 416 milles et la Compagnie des chemins de

fer du San yô (Kobe-Yamaguchi), 334 milles.

Afin du reste que le lecteur puisse se rendre compte de la rapidité avec

laquelle les lignes de chemins de fer se développèrent au Japon, voici

un tableau explicatif:

ANNÉES Chemins de l’État. Chemins

Au 31 décembre. (En milles anglais). des Compagnies.

1872 18 --

1877 65 --

1882 170 --

1887 300 293

1892 550 1.320

1893 557 1.381

1894 580 1.537

1895 593 1.697

1896 631 1.875

1897 661 2.287

1898 768 2.652

1899 832 2.806

1900 949 2.905

1901 1.059 2.966

1902 1.226 3.010

J’ai déjà indiqué que les chemins de fer sont construits sur le gabarit

de 1 mètre; les wagons sont assez confortables pour des Japonais, mais

les sleeping-cars, par exemple, sont tout à fait inutilisables pour un

Européen d’une taille raisonnable. D’ailleurs, en Asie, les seuls wagons

pratiques et confortables sont ceux de l’Inde britannique; je passe sous

silence ceux du Tonkin où il n’existe rien de commode pour passer la

nuit.

Le stock de machines et de wagons peut s’élever aujourd’hui à 1.500

locomotives, 5.000 wagons à voyageurs et 21.000 wagons à marchandises.

Suivant les relevés de mars 1903, le capital souscrit pour les travaux

de chemins de fer, s’élevait à 520.830.963 yen. Dans cette somme la part

de l’État figurait pour 247.655.963 yen, et la part des Compagnies

privées pour 273.175.000 yen. Mais ces sommes ne représentent pas le

capital versé; elles représentent le capital nominal. Le capital versé

fin 1903 peut se figurer ainsi:

Chemins de l’État, 144.395.060 yen.

Chemins des Compagnies, 231.808.970 yen.

En janvier 1905, lors de l’arrivée au pouvoir du cabinet Saionji, le

Gouvernement, après une délibération très longue et très mûrie, apporta

aux Chambres un projet de rachat de toutes les lignes de chemins de fer

par l’État. Présenté à la Chambre des Représentants le 3 mars, le projet

fut adopté le 16 du même mois à une très grande majorité. A la Chambre

des Pairs le nombre des Compagnies à racheter d’abord fut réduit de 32 à

17, mais en somme les deux Chambres votèrent la loi de rachat de tous

les chemins de fer, la nationalisation des voies ferrée de l’Empire.

Immédiatement, un bureau spécial, chargé d’opérer le rachat et de

préparer d’abord les conditions dans lesquelles le rachat devait être

fait, fut créé par ordonnance impériale Nº 117, en date du 23 mai 1906,

en principe les 17 compagnies à racheter devaient l’être en 10 ans; mais

ce long délai a semblé devoir ralentir l’essor dans la construction et

le développement des voies ferrées, et occasionner de grandes pertes

financières. Le Gouvernement décida donc de racheter le plus rapidement

et dans le plus bref délai possible; et le 21 juillet 1906 les lignes

suivantes furent désignées pour un premier rachat:

Ligne des charbonneries du Yézo, 1er octobre 1906.

-- de Kôbu, 1er octobre 1906.

-- de Nippon, 1er novembre 1906.

-- de Gan yetsu, 1er novembre 1906.

-- de San yô, 1er décembre 1906.

-- de Nishinari, 1er décembre 1906.

Plus tard, le 3 avril 1907, les lignes suivantes furent désignées pour

le rachat qui eut lieu effectivement:

Lignes de Kiushu, 1er juillet 1907.

-- Hokkaido, 1er juillet 1907.

-- Kiôtô, 1er août 1907.

-- Hankaku, 1er août 1907.

-- Hokuyetsu, 1er août 1907.

-- Sô Bu, 1er septembre 1907.

-- Bô Sô, 1er septembre 1907.

-- Nanao, 1er septembre 1907.

-- Tokushima, 1er septembre 1907.

-- Kwansai, 1er octobre 1907.

-- Sangu, 1er octobre 1907.

Toutes ces lignes furent donc rachetées en 1906 et 1907 pour la somme de

720.878.360 yen comme prix fixe d’achat, augmenté de 61.519.075 yen pour

supplément de rachat de constructions, de matériel en stock, etc... ce

qui fait la somme totale de 782.397.435 yen soit 1.995.113.459 fr. 25.

Ce chiffre indique bien que les chemins de fer japonais sont loin

d’avoir la valeur des voies ferrées européennes.

En dehors des lignes précédentes rachetées par l’État et qui constituent

le principal réseau ferré de l’Empire, il existe encore plusieurs

petites lignes qui continuent à fonctionner en dehors de l’État, entre

les mains de sociétés particulières. Ce sont les lignes de:

Bisei, 15 milles; tête de ligne: Tsushima (Ken d’Aichi);

Chugoku, 48 milles; tête de ligne: Okayama;

Chuyetsu, 83 milles; tête de ligne: Shimôseki (Toyama);

Hakata wan, 15 milles; tête de ligne: Fukuoka Ken;

Iyo, 26 milles; tête de ligne: Matsuyama;

Iôbu, 24 milles; tête de ligne: Saitama ken;

Kanan, 10 milles; tête de ligne: Osaka fu;

Kawagoye, 18 milles; tête de ligne: Kawagoye (Saitama);

Kôtsuke, 21 milles; tête de ligne: Takasaki;

Kôya, 17 milles; tête de ligne: Mukai (Osaka);

Mito, 12 milles; tête de ligne: Mito;

Nankai, 42 milles; tête de ligne: Osaka;

Narita, 45 milles; tête de ligne: Narita (Chiba ken);

Ome, 13 milles; tête de ligne: Ome (Tokio);

Omi, 26 milles; tête de ligne: Shiga Ken;

Riugasaki, 2 milles; tête de ligne; Riugasaki (Ibaraki);

Sano, 9 milles; tête de ligne: Tochigi Ken;

Tôbu, 42 milles; tête de ligne: Tokio;

Toyokawa, 17 milles; tête de ligne: Toyohashi;

Zusô, 10 milles; tête de ligne: Tokio;

La construction de ces différentes lignes a coûté 997.250.000 yen.

D’une manière générale les voitures sont construites au Japon; seul le

matériel en fer ou acier est acheté à l’étranger, ou fabriqué soit à la

compagnie de construction de wagons d’Osaka, soit à celle de Nagoya,

soit enfin à celle d’Amano, près de Tokio. Quant aux machines

locomotives et à toutes les pièces délicates elles viennent de

l’étranger, soit d’Allemagne: A. Bourrig, Berlin; Berliner machinen

action Gesellschaft;

Soit des États-Unis d’Amérique: Brooks Loco; Cooke Loco; Pittsburg Loco.

Soit de Belgique: Société John Cockerill.

Soit d’Angleterre: North British Loco Cº; Vulcan Foundry; Kitson et Cº,

Leeds.

Aucun matériel n’est fourni par la France, et il n’est pas difficile de

comprendre pour quels motifs. Un seul serait d’ailleurs suffisant: c’est

que les prix de revient de notre industrie sont tellement au-dessus de

ceux des autres pays industriels que nous ne pouvons rien écouler à

l’étranger.

III.--Le voyageur, à l’heure actuelle, circule par tout le Japon en

chemin de fer; il n’y a guère d’endroits que l’on ne puisse atteindre ou

tout au moins dont on ne puisse approcher par ce mode de locomotion. Si

nous prenons Tokio comme point central, pour nous diriger vers le Nord

nous avons la grande ligne de Uyeno (station du chemin de fer du Nord à

Tokio), à Aomori, qui passe par Sendai et Morioka, et dessert une foule

de localités sur son parcours.

D’Aomori la ligne s’incurve vers le Sud et redescend la côte occidentale

jusqu’à Akita. Au Sud, la ligne du Tokaidô part de Shimbashi (station du

chemin de fer du Sud à Tokio), et arrive à Kiôtô en passant par Nagoya

et desservant un certain nombre de villes importantes comme Numadzu,

Shidzuoka, Hamamatsu; de Kiôtô la voie se dirige sur Osaka et Kobe, et,

de ce dernier port, elle repart jusqu’à Yamaguchi, à l’extrémité

Sud-Ouest du Honshu. Si l’on traverse le bras de mer qui sépare

Shimonoseki de Môji, on peut reprendre la voie ferrée qui conduira

jusqu’à Nagasaki. Ainsi du Nord au Sud, dans toute sa longueur, le Japon

est desservi par une ligne ferrée qui constitue comme l’immense arête de

laquelle les lignes secondaires partent en différents sens sur tous les

points du territoire. Des voies transversales conduisent ainsi jusqu’à

Niigata par Takasaki en venant de Tokio; et jusqu’à Kanazawa et Fukui en

partant de Kiôtô par Komehara. De Tokio également, une ligne centrale va

sur Fukushima et de là sur Akita, rejoignant Aomori et la ligne de

Sendai-Tokio.

L’île de Yezo possède quelques lignes qui rendent le voyage à travers le

pays moins pénible qu’il n’était autrefois; de Hakodate, à Otaru, à

Sapporô; puis jusqu’au centre de l’île, à Asahigawa; de là à Tokachi;

d’autres prolongements sont en projet.

L’île de Shikoku n’est pas encore très bien pourvue de voies ferrées;

deux petites lignes seulement existent, à Takamatsu et à Tokushima.

Le voyage en chemin de fer au Japon est toujours très agréable, parce

qu’on traverse généralement des paysages pittoresques et gais. Et quand

on a ainsi parcouru la plus grande partie de l’Empire du Soleil Levant,

à la saison des cerisiers ou des chrysanthèmes, au milieu des sourires

de la nature et des habitants, on se laisse prendre à cette amabilité

jusqu’à ce qu’on ait appris à mieux connaître. Le voyageur européen qui

ne veut pas manger le _bentô_ du buffet (_bentô_: déjeuner; petite boîte

bien nette et blanche en bois, renfermant du riz et des assaisonnements,

et vendue aux buffets des gares) devra emporter des provisions. Mais

c’est une inutile complication, il est si facile de s’habituer à manger

à la japonaise; ce qu’on vous sert est toujours très propre et très

appétissant.

IV.--Les tramways électriques, en ville et hors des villes, ont pris

depuis quelque temps une grande extension; actuellement on compte huit

Compagnies de tramways électriques, chacune possédant un capital de

500.000 yen au moins; le total du capital versé se monte à 37.075.000

yen. D’autres Compagnies également, avec un capital au-dessous de

500.000 yen chacune, dont l’ensemble donne un chiffre total de

40.143.110 yen, se sont formées, mais beaucoup d’entre elles ne

fonctionnent pas encore. Cependant, pour donner une idée de la quantité

relativement grande de lignes électriques de transport dans tout le

Japon, en voici la liste complète:

Compagnie des trains électriques de Tokio;

-- de Kei Hin (Tokio-Yokohama);

-- de Yokohama;

-- de Odawara;

-- de Hanshin;

-- de Kioto;

-- de Nagoya;

-- de Ise.

Toutes ces lignes sont ouvertes au trafic.

Les lignes en construction, mais qui ne sont pas encore ouvertes au

trafic, sont les suivantes:

Compagnie des trains électriques de Kobé;

Compagnie de Tokio-Narita (Kei-Sei);

-- Kioto-Osaka (Kei-Han);

-- Kei-so;

-- Oji;

-- Gan Han;

-- Musashi;

-- Mito;

-- Mino-o;

-- Buso;

-- Nara;

-- Awaji;

-- Niigata;

-- Shimonoseki (Bakan);

-- Hachiman (Kioto);

-- Mino;

-- Ina;

-- Yawata (Fukuoka);

-- Horinouchi;

-- Shingu;

-- Otsu-Kioto (Kei-Shin);

-- Jômô;

-- Shintatsu;

-- Okayama;

-- Shiobara;

-- Môji;

-- Maidzuru;

-- Toban;

-- Otsu.

La longueur de ces lignes va de 13 à 45 milles anglais; la Compagnie des

tramways électriques de Kiôtô, par exemple, a 15 milles, et celle de

Tokio a 45 milles.

V.--Le tarif sur les chemins de fer japonais n’est pas très élevé, il

l’est cependant un peu plus que le tarif français. Jusqu’à une distance

de 50 milles, le voyageur paye 1 sen 65 centièmes par mille; jusqu’à 100

milles, il paye 1 sen 40 centièmes par mille; jusqu’à 200 milles, 1 sen

10 centièmes par mille; jusqu’à 300 milles, 0,20 centièmes de sen; et

au-dessus de 300 milles, 0,82 centièmes de sen par mille. Ce prix est le

prix de la troisième classe; pour avoir le prix de la deuxième classe,

il faut prendre une fois trois quarts le prix de la troisième classe; et

pour le prix de la première classe trois fois le prix de la troisième

classe. Chaque voyageur de première classe a droit à 100 livres

japonaises (kin = 600 gr.) de bagages; chaque voyageur de deuxième a

droit à 60 kin; et celui de troisième à 30 kin.

Pour les transports de marchandises en général, le tarif est de 2 à 5 et

7 rin (10 rin = 1 sen), par tonne; mais pour les graines, engrais,

sucre, farine, bière, oranges, charbon de bois, patates, le tarif va de

2 sen par tonne jusqu’à 50 tonnes à 1 sen par tonne au-delà de 300

tonnes; avec un prix intermédiaire de 1 sen 7 rin pour 100 tonnes, et 1

sen 4 rin pour 200 tonnes.

L'Empire Japonais et sa vie économique · 第 33 / 70 题