I. L’Empire du Japon.--II. Sa situation géographique; développement des
côtes, superficie, population.--III. Climat.--IV. Humidité
atmosphérique.--V. Système orographique, volcans.--VI. Hydrographie,
rivières et lacs.
I.--L’Empire du Japon resta inconnu à l’Europe jusqu’au XIIIe siècle,
époque à laquelle Rubruquis et Marco Polo en dévoilèrent l’existence;
mais ce n’est guère qu’après l’arrivée dans les îles japonaises des
jésuites portugais, c’est-à-dire au XVIe siècle, que ce pays devint un
peu plus familier aux Occidentaux. Je n’ai pas à retracer ici l’histoire
du Japon; qu’il me suffise de dire que depuis 1852, époque à laquelle
les États-Unis forcèrent ses portes, jusqu’à nos jours, le Japon a subi
de telles transformations, il a su si bien secouer sa vieille
civilisation chinoise et adopter le mécanisme européen, qu’il est devenu
un facteur militaire et économique, surtout militaire, avec lequel il
faut compter et qu’on ne saurait négliger. Le fond du caractère
japonais, très guerrier et batailleur, portera encore longtemps ce
peuple vers les choses de la guerre; car, depuis l’antiquité,
l’éducation du jeune Japonais de bonne famille était principalement une
éducation militaire.
II.--Tout en longueur, le Japon est situé au Nord-Ouest de l’Océan
Pacifique; il se compose de quatre grandes îles: Nihon ou Honshu;
Shikoku; Kiushu; Yezo ou Hokkaidô; et d’une foule de petites îles parmi
lesquelles les plus considérables sont: Sado, Oki, Awaji, Tsushima. Le
petit archipel des Riukiu compte aussi comme partie intégrante de
l’Empire, bien qu’en réalité les habitants ne soient pas des Japonais.
En outre, à la suite de la guerre contre la Chine, le Japon a conquis
l’île de Formose et les Pescadores; et à la suite de sa campagne de
Mandchourie contre les Russes, il a réussi à se faire rétrocéder la
partie sud de l’île Sakhalin ou Karafuto, qu’il avait cédée à la Russie
en 1875.
A l’extrême nord de Yezo, le Japon possède les Kouriles ou Chishima; et,
dans le Pacifique, le groupe des Bonin, en japonais Ogasawara.
Tout l’Empire est compris entre le 156° 32′ et le 119° 20′ de longitude
Est; et le 21° 48′ et le 50° 56′ de latitude Nord (méridien de
Greenwich). Il est séparé de la Corée, au Nord-Ouest, par la mer du
Japon.
Les îles principales Honshu, Shikoku, Kiushu et Yezo (plus connu au
Japon sous le nom de Hokkaido), avec les Kouriles, les îles de Sado,
Oki, Awaji, Iki, Tsushima, les Riukiu et les îles Bonin ou Ogasawara ont
un développement de côtes de 7.000 lieues; avec Formose et les
Pescadores de 7.423 lieues. On n’a pas encore actuellement des
renseignements précis pour la partie japonaise de Sakhalin (Karafuto).
Comme superficie, tout ensemble, le territoire japonais a 27.126 lieues
carrées. La population, en 1906 (41e année de meiji), était de
47.674.471 habitants, dont 24.047.953 hommes et 23.626.518 femmes. Au 20
décembre 1908 elle était de 49.232.822 habitants dont 24.864.385 hommes
et 24.368.437 femmes.
III.--Le Japon est très long et très étroit; le climat se ressent de
cette configuration et, tandis qu’au Nord il fait très froid, l’hiver,
au Sud, au contraire, la chaleur est excessive, l’été; en général,
cependant, le climat est tempéré, mais excessivement énervant pour les
Européens, surtout pour les femmes. Les suicides et la neurasthénie
parmi la population blanche sont relativement fréquents.
On pourrait, au point de vue physique, diviser le Japon en trois zones:
zone du Nord: l’île de Yezo et le Nord de Honshu jusqu’à la baie de
Sendai; zone du centre depuis la baie de Sendai jusqu’à Yokohama et la
baie de Yedo; zone du Sud depuis la baie de Yedo jusqu’à la pointe
extrême de Kiushu. La zone Nord, comme je viens de l’indiquer, est très
froide en hiver; la neige y tombe en abondance et la glace y est
permanente. La zone centrale est plus tempérée, mais les saisons n’y
sont cependant pas aussi nettement déterminées qu’en Europe centrale; et
il y existe toujours, même l’hiver, une certaine humidité; les étés y
sont très chauds sauf sur les hauteurs; ainsi dans la plaine de Tokio,
le thermomètre monte jusqu’à +35° et +36°[1].
[1] La pression atmosphérique étant réduite au niveau moyen de la mer
et corrigée de la variation de pesanteur.
Quant à la zone méridionale, elle est sensiblement moins froide l’hiver
et beaucoup plus chaude l’été; dans sa partie extrême Sud, c’est-à-dire
vers Nagasaki et Kagoshima, les chaleurs d’été sont pénibles. Les trois
zones sont soumises au régime pluvieux de la mousson de suroît et les
mois de juillet et d’août y sont en général aussi humides que sous les
tropiques; les moissons y sont souvent dévastées par les inondations.
Aussi la moyenne de l’humidité atmosphérique est-elle considérable:
Kagoshima, 76 pour 100; Kochi, 75 pour 100; Osaka, 73 pour 100;
Nagasaki, 75 pour 100; Shimonoseki, 77 pour 100; Sakai, 80 pour 100;
Tokio, 73 pour 100; Kanazawa, 79 pour 100; Akita, 78 pour 100;
Ishinomaki, 80 pour 100; Hakodate, 77 pour 100; Nemuro, 81 pour 100.
IV.--D’ailleurs, par les tableaux ci-dessous, il est facile de se rendre
compte de l’humidité du pays:
Nombre de jours Temps clair.
de pluie.
Kagoshima 178 61
Kochi 146 49
Osaka 145 40
Nagasaki 168 36
Shimonoseki 174 34
Sakai 225 23
Tokio 134 54
Kanazawa 235 23
Nagano 176 30
Akita 224 11
Ishinomaki 174 36
Hakodate 203 29
Nemuro 140 46
Ce relevé est celui de l’année 1906[2].
[2] Il n’est pas parlé des jours de neige, gelée, etc.
Il est clair donc que, pour l’Européen, peu habitué à une terre humide,
le climat du Japon n’est pas, malgré tout ce que l’on en dit, le climat
par excellence, et il est notamment inférieur à celui de la Chine. Les
Européens ayant résidé longtemps au Japon et y étant parvenus à la
vieillesse sont bien plus rares qu’en Chine. Cependant au point de vue
pittoresque, par la beauté de ses paysages verdoyants et fleuris, le
Japon l’emporte de beaucoup sur la Chine.
Voici les maxima et minima de température observés en 1906:
Maximum. Minimum.
Kagoshima 33° 2 -1°
Kochi 35° -5°
Osaka 35° -3°
Nagasaki 33° -2°
Shimonoseki 34° -6°
Sakai 32° -4°
Tokio 32° -4°
Kanazawa 34° -5°
Nagano 33° -16°
Akita 33° -15°
Ishinomaki 30° -11°
Hakodate 28° -19°
Nemuro 28° -21°
V.--Pays essentiellement montagneux, le Japon est coupé du Nord au Sud
par un système de chaînes et de pics, dont quelques-uns assez élevés, se
ramifiant dans toutes les directions. La chaîne principale part du Nord
du Honshu pour se continuer sur Tokio et de là sur Kioto et Shimonoseki,
coupant, pour ainsi dire, en deux, la grande île et divisant son régime
des eaux en deux versants bien distincts Ouest-Nord, Est-Sud, dans la
direction de l’Ouest à l’Est, de Aomori, à la pointe extrême Nord-Est,
jusqu’à Akamagaseki à la pointe Sud-Ouest de la province de Chôshû. De
cette chaîne principale se détachent des chaînes secondaires qui se
dirigent l’une vers la presqu’île d’Idzu au cap Irozaki; l’autre vers
Wakayama au cap Shiwomizaki (Sud de l’île); et une troisième vers la
presqu’île de Noto, au cap Rokkozaki (sur la mer du Japon).
Les îles du Sud, Shikoku et Kiushu, sont également partagées dans toute
leur longueur en deux versants par une chaîne de montagnes qui court,
pour Shikoku, du Nord-Est (Tokushima) au Sud-Ouest (cap Ashizurimisaki);
et pour Kiushu, du Nord (Kokura) au Sud, où elle se divise en deux
branches (Nomamisaki à l’Ouest et cap Satamisaki à l’Est).
La grande île d’Yezo n’échappe pas au système montagneux du reste de
l’Empire. Mais les chaînes de montagnes qui la traversent ne la
partagent pas en deux versants bien nets; on pourrait dire qu’elles la
coupent en quatre versants, en prenant comme point central le sommet du
Tokachidaké (3.500 mètres). En effet, du Tokachidaké part une chaîne qui
se dirige vers le Nord au cap Soyamisaki (cette chaîne renferme le mont
Ishikariyama, la seconde montagne de l’île, 2.350 mètres). Du même point
une autre chaîne court vers le Nord-Est où elle se divise en deux
branches pour se terminer aux caps Shiretokozaki et Noshafuzaki; enfin,
toujours du Tokachidaké part une troisième chaîne qui se dirige au Sud
pour finir au cap Yerimisaki. Vers l’Ouest, entre le Tokachidaké et la
ville de Sapporo, une grande dépression forme la plaine de Sapporo, où
s’est répandue jusqu’ici la plus grande partie de l’émigration
japonaise.
A l’Ouest de Sapporo, au cap Kamoimisaki, le terrain se relève; et, de
ce cap jusqu’à Hakodate, à la pointe extrême Sud de l’île, une autre
chaîne de montagnes coupe cette partie de l’île en deux.
Des pics élevés se dressent sur toute l’étendue de ce système
orographique, aussi bien au Nord qu’au Sud, et quelques-uns atteignent
des hauteurs de 2.000 à 3.000 mètres.
Dans la province du Mutsu (district de Tsugaru), au Nord, nous citerons
l’Iwakiyama (1.594 mètres) dit aussi Tsugaru no fuji ou Fuji de Tsugaru
à cause de sa ressemblance comme forme avec le Fuji; il est, d’ailleurs,
célèbre dans toute la région;
l’Iwateyama, province de Rikuchu;
l’Osoresan (la montagne qui fait peur), volcan en activité, dans la
province de Mutsu, district de Kitagori;
le Chôkai san (1.960 mètres), dans la province d’Ugo, district d’Akumi;
le Gessan (1.700 mètres), province d’Uzen, district de Tagawa;
le Jide san (1.200 mètres), chaîne plutôt que pic, qui s’étend sur les
provinces de Iwashiro et d’Echigo;
le Nikkôzan, les montagnes de Nikkô, d’une hauteur d’environ 2.000
mètres, les plus célèbres montagnes du Japon avec le Fuji et l’Asama.
Elles sont les plus hautes montagnes de la province de Shimodzuké, et on
les appelle aussi Futaharayama ou Kurokamiyama. Elles sont dominées par
leur pic principal, le Nantaisan, situées au Nord-Ouest du district de
Kami tsuga gori; au Nord-Est, le Niôhôzan continue la chaîne et, sur le
versant oriental qui est presque à pic, se trouvent les sept cascades
(nana taki) qui forment la source de l’Inarigawa. Entre ces deux points
se trouvent les deux plateaux de Omanago et Komanago. Au Nord de Omanago
se dresse isolé le Tarodake et, à l’Est du Niôhôzan, se prolonge la
chaîne de l’Akanagi. En s’éloignant de cette chaîne, on aperçoit sur la
rive Nord de l’Inarigawa la colline appelée Toyama; bien qu’elle ne soit
pas très élevée, elle est originale, seule et isolée au milieu du
massif. A l’Est de cette dernière se trouve le Ogurayama; le Konosuyama
s’élève au Sud de la rivière Daiyagawa, et à l’Ouest de cette rivière on
aperçoit le plateau élevé de Nakimushi. Vers le milieu de la chaîne se
développent en ligne droite les plateaux du Tsukimi, Matsu taté, Ni no
miya.
Un temple est à mi-côte du Futaharayama, et, à quelque trois lieues du
pied de cette montagne, se dresse l’ancien temple de Chusenji. Le lac
qui se trouve là, très froid et très profond, se nomme la mer du bonheur
(Satsu no umi); il est fort célèbre et c’est le plus grand lac des
environs de Nikkô; à l’Est du lac l’eau tombe à pic en formant la
cascade de Kegon et le torrent qui en découle est précisément le Dai ya
gawa. Au Nord-Ouest du Futahara s’élève le Yugatake au pied duquel se
trouvent des sources thermales (yu = eaux chaudes).
Tout ce que je viens d’énumérer forme le massif intérieur du groupe de
montagnes de Nikkô. A l’extérieur au Nord s’élève le Kôshinzan; les deux
Shirane (Maye = antérieur; oku = postérieur) qui forment la frontière du
Kodzuke et du Shimodzuke au col du Konsei toge. Au Nord-Est de ce col se
trouve le Kinunuma yama avec de nombreux lacs et étangs.
Dans ces montagnes, pleines de sites admirables et de splendeurs
naturelles, deux Shôgun[3] ont voulu être enterrés. C’est pourquoi on y
rencontre aujourd’hui un nombre incalculable de temples et des
monastères.
[3] Shôgun, général en chef, lieutenant du Mikado. C’est lui que les
Européens appelaient _Tai Kun_ et avec qui ils signèrent leurs
premiers traités.
Le Tsukuba san, peu élevé, mais de forme originale, plonge sur les
districts de Tsukuba, Niibari et Makabe dans la province de Hitachi; le
Bandai San (1.900 m.) s’élève au Nord du lac d’Inawashiro; cette
montagne, que l’on croyait depuis longtemps être un volcan éteint, s’est
remise soudainement en activité le 14 juillet 1888 et a détruit de
nombreux villages dont elle a enseveli les habitants[4].
[4] L’effet de l’éruption s’est fait sentir jusqu’à Tokio, où je me
trouvais à ce moment, et la ville a été violemment secouée.
[Illustration: Vue du Fujiyama au col de l’Otomi.]
Le Fuji san ou Fujiyama a 3.900 ou 4.000 mètres. Cette montagne peut
être nommée la montagne sainte du Japon; d’une forme admirable et
régulière (sauf un petit renflement d’un côté) elle a été de tout temps
l’objet du culte et de l’adoration de tous les Japonais. Bien
qu’actuellement éteint, le Fujiyama a eu dans les époques antérieures
plusieurs éruptions, notamment vers 799 de l’ère chrétienne, puis en
863.
La dernière éruption eut lieu dans le cinquième mois de la période Hoyei
(1706). C’est de là que le petit renflement signalé plus haut sur un des
flancs de la montagne (au Sud-Est), a reçu le nom de Hoyeizan. Le
cratère a pris sa forme actuelle à la même date en vomissant des masses
considérables de cendres que le vent porta jusqu’à Yedo.
Le Fuji, tous les étés au mois d’août, est un lieu de pèlerinage très
fréquenté; c’est par milliers qu’hommes et femmes, habillés tout de
blanc, un bâton à la main, font l’ascension de la montagne.
Du massif du Fuji partent des ramifications assez élevées: les montagnes
de Hakone et la chaîne de l’Amagi.
L’Asamayama (2.500 mètres) est le plus célèbre des volcans en activité.
Il ne sort plus de son cratère actuellement que d’épaisses fumées et
aussi des cendres; mais il a eu parfois des éruptions terribles, et l’on
peut s’attendre à tout moment au retour de ces phénomènes; en 1783,
notamment, l’éruption détruisit quantité de villages et de vies
humaines. Au Sud de l’Asama se trouvent le Tateshi yama (2.300 mètres)
et le Yatsugadake (2.700 mètres).
L’Ontake san, qui domine les trois provinces de Shinano, Mino et Hida.
Le Tateyama (2.000 mètres), dans la province d’Echu.
Le Hakusan (3.000 mètres), d’où l’on a une vue très étendue sur les
provinces de Kaga, Echizen, Mino et Hida.
Le Sanshôgataké, dans la province de Yamato; c’est le pic le plus élevé
de la chaîne de montagnes de Yoshino. Les ramifications vont rejoindre
la chaîne de montagnes de Kumano et de Kôya dans la province de Kii.
L’Unsengatake (1.500 mètres), dans la province de Hizen; volcan en
activité; non loin de là se trouvent des sources d’eaux thermales très
fréquentées.
Le Sakurajimagataké, volcan en activité dans l’île de Sakurajima,
province d’Osumi.
Dans les temps de formation géologique, l’action volcanique a dû être
extrêmement violente, et d’ailleurs cette action a continué à se
manifester dans les temps historiques. Des centaines de montagnes,
actuellement au repos, étaient autrefois des brasiers enflammés. Les
annales du Japon sont remplies de ces terribles crachements de cendres,
de feu, de lave vomis par les montagnes au Nord et au Sud, à l’Est et à
l’Ouest; des milliers de vies humaines furent détruites en un instant,
des villages engloutis. A l’époque où nous vivons, les Japonais estiment
que leur pays compte encore à peu près vingt volcans en activité et une
centaine qui dorment mais qui peuvent se réveiller d’un moment à l’autre
avec un épouvantable fracas. En 1874 le volcan de Taromai, dans l’île de
Yezo, dont le cratère, refroidi depuis longtemps, semblait inoffensif,
fit explosion, envoya au loin la croûte qui le fermait et lança des
cendres jusque sur le bord de la mer.
L’Asayama yama, jamais tranquille, mais jetant constamment de la vapeur
et de la fumée, craquant et tremblant tour à tour, est la terreur des
campagnes environnantes. Le Fuji lui-même, la montagne sainte, posé si
majestueusement dans la plaine de Subashiri, n’offre aucune sécurité.
Le volcan de Hakuzan, sur la côte Ouest, qui dresse sa crête au-dessus
des nuages, à 3.000 mètres au-dessus du niveau de la mer, et renferme
dans son cratère un lac aux eaux de la plus grande pureté, entra, lui
aussi, un jour en fureur, lança du feu, de la fumée, des rocs, des
cendres et de la lave. Que de fois, par les nuits noires, le pêcheur
Japonais un peu éloigné des côtes aperçoit les feux des volcans
d’Oshima!
En dehors des champs de scories si nombreux et qui attestent le
caractère volcanique du sol japonais, des lits de soufre abondent
partout comme preuves du feu souterrain. Satsuma, Riukiu, Yezo sont
connus pour la quantité de soufre qu’ils produisent. Des flancs du
Hakuzan il sort d’énormes blocs de soufre; des solfatares existent dans
presque toutes les provinces; enfin, dans les provinces de Shinano et
d’Echigo, les paysans s’éclairent et cuisent leur riz avec le gaz
inflammable qui sort de terre et qu’ils font servir à leurs usages en le
captant dans des tubes.
Par suite de la nature volcanique du pays, les tremblements de terre
sont nombreux et causent souvent des malheurs terribles. Des villes et
des villages ont été et sont encore constamment détruits, des provinces
ravagées. Le dernier grand tremblement de terre qui a eu lieu à Yedo en
1855 a été l’un des plus effrayants que l’on ait vus: la ville a été à
peu près entièrement détruite et brûlée; les maisons japonaises étant de
bois, le tremblement de terre occasionne à sa suite un incendie qui
achève ce qu’il a commencé.
En 1891, au mois d’octobre, un autre tremblement de terre qui fut une
vraie catastrophe, désola le pays entre Nagoya et Kioto; il y eut
environ 30.000 victimes.
VI.--Le Japon est arrosé par un assez grand nombre de cours d’eau; mais,
par suite du peu d’étendue de ses vallées, lesquelles sont forcément
très resserrées vu le peu de largeur et l’extrême longueur du pays, les
fleuves ont un cours fort modeste et ne sont jamais navigables qu’en
partie, vers leur embouchure. J’en citerai quelques-uns néanmoins:
Le Fujikawa est formé de trois rivières qui prennent naissance dans la
province de Kai. Il se dirige vers le Sud et traverse la province de
Suruga, passe au pied du mont Fuji avant de se jeter dans la mer. Le
Fujikawa est à proprement parler un torrent qui, aux grandes pluies
d’été, est assez souvent l’ennemi du cultivateur et le destructeur des
récoltes.
Le Oigawa prend sa source à la limite des provinces de Shinano et de
Kai; il coule vers le Sud, formant la limite des provinces de Suruga et
de Totomi.
Le Tenriugawa, un peu plus important que les précédents (60 ri de
longueur)[5], prend sa source au lac Suwa. Ce fleuve a son embouchure
dans la province de Shinano; il traverse la province de Totomi en
coulant vers le Sud.
[5] Le ri représente 3 kilom. 927 mètres. (Voir tableau des mesures de
longueur, à la fin du volume.)
Le Shinanogawa prend sa source dans la province du même nom sous le nom
de Chikuma gawa, il coule au Nord-Ouest puis au Nord, et traverse la
province d’Echigo où il prend le nom de Shinano gawa. Ce fleuve se jette
dans la mer à Niigata. La longueur de son cours est d’environ 100 ri;
navigable seulement en partie, il offre des rapides qui rendent son
utilisation très peu sûre comme voie de transport.
Le Kisogawa prend naissance dans le district de Chikuma, province de
Shinano et coule au Sud-Ouest, puis au Sud. Il entre dans la province de
Mino, coule vers l’Ouest et reprend ensuite la direction du Sud; il se
divise alors en plusieurs branches qui vont se jeter dans la mer en
traversant les provinces d’Owari et d’Ise.
L’Abukumagawa prend naissance dans le district de Shirakawa, province
d’Iwaki et, se dirigeant vers le Nord, entre ensuite dans la province
d’Iwashiro où il coule vers l’Est. Changeant de direction, il rentre
dans la province d’Iwaki, coule vers le Nord jusqu’à la limite de la
province de Rikuzen, puis se dirige vers l’Est pour gagner la mer.
Le Kitakamigawa a sa source dans le district d’Iwate, province de
Rikuchu; il coule vers le Sud, traverse la province de Rikuzen et se
jette dans la mer au port de Ishinomaki.
Le Mogamigawa part de la montagne de Dainichi, dans le district de
Oitama, province d’Uzen; il traverse les deux districts de Murayama et
de Mogami en coulant vers le Nord, et se dirige ensuite vers l’Ouest à
la limite de la Province d’Ugo. Il se jette dans la mer à Sakata.
Le Tonegawa (190 ri), le fleuve le plus considérable du Japon, sort du
Nakanodake, passe à Numata, puis contourne à l’Ouest la chaîne de
l’Akagi pour arriver à la grande ville de Mayebashi (50.000 habitants);
en aval de cette dernière ville, le fleuve se dirige directement à l’Est
jusqu’à la hauteur de Koga (ville d’environ 10.000 habitants), puis vers
le Nord et enfin vers l’Est. Il se jette dans l’Océan Pacifique au Nord
du cap Inubomisaki. Quoique passant pour un grand fleuve au Japon, le
Tonegawa n’a rien des fleuves du continent européen; il n’égale même pas
la Seine, et si quelques jonques à fond plat et quelques petits vapeurs
à faible tirant d’eau peuvent y naviguer jusqu’à Numata, son importance
comme voie commerciale n’est pas considérable. En outre, à son
embouchure, il n’existe pas de bon port; en dehors d’une barre toujours
renouvelée, les vents battent la plage inhospitalière aux navires. Le
Tonegawa bifurque à Sekiyado dans la province de Shimosa, et forme la
branche nommée Yedogawa, qui tombe dans la baie de Yedo, non loin de
Tokio.
Le Sumidagawa (75 ri), plus connu sous le nom d’Arakawa à sa source dans
le massif du Kokushidake et aussi dans tout son cours supérieur, se
jette à la mer à Tokio après avoir traversé une grande partie de la
ville. Il n’est guère navigable, comme toutes les rivières japonaises,
que vers son embouchure.
Le Baniugawa, qui a seulement 18 ri de longueur, est un torrent qui
sort, sur les pentes Nord-Est du Fujiyama, du lac de Yamanaka. Comme le
Fujikawa, il cause souvent des désastres l’été.
Le Yodogawa prend sa source dans le lac Biwa, province d’Omi; il se
dirige vers le Sud, entre dans la province de Yamashiro, puis reprend
son cours vers l’Ouest. Ce fleuve qui, à son origine, porte le nom
d’Ujigawa, passe à Yodo, d’où son nom; il coule alors vers le Sud-Ouest
et sépare les deux provinces de Kawachi et de Setsu. Il se jette dans la
mer en passant par Osaka: il n’a que 20 ri de longueur.
Le Gôgawa est formé par deux rivières dont la première, nommée
Mioshigawa, prend naissance dans la province de Bingo, et la seconde,
nommée Yoshidagawa, dans la province d’Aki. Le fleuve, formé par la
réunion de ces deux rivières, coule vers le Nord-Ouest et passe dans la
province d’Iwami. Il prend le nom de Gôgawa à son entrée dans cette
province dont il arrose les deux districts d’Ochi et de Naka, en se
détournant un peu de son cours; puis, il retourne vers le Nord-Ouest
pour gagner la mer. La longueur de son cours est de 80 ri.
Le Yoshigawa prend sa source dans le district de Tosa, dans la même
province, se dirige d’abord vers l’Est, puis incline vers le Nord; il
traverse la province d’Awa, reçoit la rivière Iyogawa et se jette dans
la mer par plusieurs embouchures.
Le Chikugo ou Chitosegawa est formé par la réunion de deux cours d’eau,
dont l’un vient de la province de Higo et l’autre de la province de
Bungo. Ce fleuve coule d’abord vers le Nord-Ouest jusqu’à la limite des
provinces de Chikuzen et Chikugo; il traverse ensuite cette dernière
province qu’il sépare de Hizen.
Pays montagneux et volcanique, le Japon renferme un nombre considérable
de lacs, au Nord aussi bien qu’au Sud: je me bornerai à citer ici les
trois principaux; d’abord le lac Biwa, non loin de Kioto, dans la
province d’Omi; il a environ 74 lieues de tour, et doit son nom à sa
configuration en forme de guitare japonaise (Biwa); des bateaux à vapeur
font le service du lac dans tous les sens et offrent le confort
désirable pour bien visiter les endroits remarquables.
Le lac de Hakone, fort petit, n’a que 5 lieues de tour; mais il est très
connu et très fréquenté par suite de sa situation dans un des sites les
plus agréables du Japon.
Le lac de Chiusendji, dans la province de Shimodzuke, est situé au
sommet des montagnes de Nikkô; il a 8 lieues de circonférence; c’est sur
ses bords que les Européens habitant Tokio et Yokohama vont se réfugier
pendant les chaleurs de l’été; et grâce au chemin de fer qui relie Tokio
à Nikkô, Chiusendji est devenu la résidence du corps diplomatique
pendant les mois de juillet, août et septembre.