Quel que puisse être le désir, tu as ta volonté, la volonté d'acquérir
et de posséder à satiété; je sais trop bien qui te contrarie, en venant
ainsi ajouter à ta douce volonté. Ne veux-tu pas, toi dont la volonté
est vaste et spacieuse, consentir une fois à cacher ma volonté dans la
tienne? La volonté sera-t-elle toujours bien accueillie chez les autres,
et toujours repoussée chez moi? La mer, qui n'est que de l'eau, reçoit
pourtant la pluie, qui ajoute aux trésors de son abondance; daigne donc,
toi qui es riche en volonté, ajouter à ta volonté une mienne volonté
pour rendre ta volonté plus vaste encore. Ne tue pas des suppliants dans
ta cruelle beauté. Ne pense qu'à un seul, à moi qui suis Will.
[Note 1: Les deux sonnets qui se succèdent ici, CXXXV et CXXXVI, sont
presque incompréhensibles en français, parce qu'ils se composent d'une
série de jeux de mots sur <i>will</i>, volonté; <i>will</i>, sera, et <i>Will</i>,
abrégé de William, nom de baptême de Shakspeare.]