Si l'épaisse substance de ma chair n'était qu'esprit, la distance
injurieuse ne m'arrêterait plus en dépit de l'espace, j'arriverais alors
des lieux les plus reculés, là où tu te trouves. Peu m'importerait
alors, même lorsque mon pied poserait sur le point de la terre le plus
éloigné de toi, l'agile pensée peut franchir les mers et la terre, aussi
promptement qu'elle a conçu le désir d'arriver dans un lieu. Mais hélas,
pensée qui me tue, je ne suis pas la pensée, je ne puis pas franchir
d'innombrables lieues lorsque tu es loin de moi, je suis fait au
contraire de tant de terre et d'eau que je suis obligé d'attendre en
gémissant le bon plaisir de la terre, ne recevant de ces éléments
pesants que des larmes amères, gages de la douleur de tous deux.