XV

Quand je considère comment tout ce qui grandit ne conserve la perfection

qu'un instant; que ce vaste monde ne présente que des spectacles sur

lesquels les étoiles exercent en secret leur influence; quand je vois

que les hommes se multiplient comme les plantes, sont nourris et

desséchés par le même ciel, qu'ils s'enorgueillissent de leur séve de

jeunesse, décroissent quand ils sont arrivés au faîte, et disparaissent

du souvenir avec leur éclat, alors l'idée de cette courte durée vous

fait apparaître à mes yeux dans toute la richesse de votre jeunesse, je

vois le temps prodigue discuter avec le déclin pour changer en une

sombre nuit le jour de votre jeunesse, et faisant la guerre au temps par

amour pour vous, je vous greffe de nouveau, à mesure qu'il vous enlève

quelque chose.

Sonnets. Volume 8 · 第 16 / 154 题