Beauté prodigue, pourquoi dépenses-tu à ton profit l'héritage de tes
charmes? Les legs de la nature ne donnent rien; elle prête, et comme
elle est fraîche, elle prête à ceux qui sont libres. Belle avare,
pourquoi abuses-tu des largesses qu'elle t'a faites pour les donner à
d'autres? usurière sans profits, comment emploies-tu une somme si
immense sans venir à bout de vivre? Tu n'as commerce qu'avec toi-même,
tu te trompes donc toi-même? Eh quoi! lorsque la nature t'appellera à
rendre l'esprit, quels comptes satisfaisants pourras-tu laisser derrière
toi? Ta beauté inutile sera enterrée avec toi; si tu l'avais employée,
elle vivrait pour être ton exécuteur testamentaire.