IV.

Beauté prodigue, pourquoi dépenses-tu à ton profit l'héritage de tes

charmes? Les legs de la nature ne donnent rien; elle prête, et comme

elle est fraîche, elle prête à ceux qui sont libres. Belle avare,

pourquoi abuses-tu des largesses qu'elle t'a faites pour les donner à

d'autres? usurière sans profits, comment emploies-tu une somme si

immense sans venir à bout de vivre? Tu n'as commerce qu'avec toi-même,

tu te trompes donc toi-même? Eh quoi! lorsque la nature t'appellera à

rendre l'esprit, quels comptes satisfaisants pourras-tu laisser derrière

toi? Ta beauté inutile sera enterrée avec toi; si tu l'avais employée,

elle vivrait pour être ton exécuteur testamentaire.

Sonnets. Volume 8 · 第 5 / 154 题