XXIX

Aux petites stations, dans la campagne, en ces endroits où l'on

n'aperçoit pas de ville, mais seulement, derrière la gare, des arbres et

des champs, et où s'arrête, pour rien, le chemin de fer départemental,

le silence glaçait le coeur de Septime. Il n'avait encore rien éprouvé

de la sorte. Mais au sortir d'une ville élégante et d'une vie émue, où

chaque spectacle était une surprise, chaque être une énigme, et chaque

minute un mouvement, l'aspect de cette maison environnée de solitude, de

ces prairies muettes où le soleil promenait ses beaux rayons derniers,

pour aucun être, de cet unique employé sifflant le départ, seul bruit,

donnait au malheureux amant la terreur d'un immense vide, d'une

effrayante inanité.

Les beaux projets héroïques d'enlèvement, d'amours à l'autre bout du

monde, qu'il avait caressés? Tués, anéantis, par la réalité médiocre.

Mais déjà lui-même se formait au réel, et s'il s'étonnait, c'était de ne

pas s'étonner davantage de n'avoir pas fui avec elle, d'être encore sur

cette route banale de Néans en un état de pitoyable tristesse, au lieu

de se pâmer en des endroits rêvés si loin du commun de la vie. Une force

des choses, plus puissante que nos pauvres désirs, ne semblait-elle pas

s'acharner à tout aplatir, à dompter nos gestes et notre volonté, à tout

réduire à un ordinaire train-train Oh! misère! Déjà le romanesque,

l'aimable et cher romanesque, floraison de la vie jeune, un peu fate, un

peu gauche, un peu ridicule et charmante, se fanait et tombait comme les

atours magnifiques d'une comédienne ordinaire qui, un instant, à nos

yeux, fut fée. Ainsi on brûlait, on voulait accomplir des choses

étonnantes et admirables, et l'on était si pris, si englué dans le

commun que les efforts se perdaient dans l'atmosphère filandreuse;

autant eût valu se débattre en un tonneau de poix. Et il revenait, le

bel amant, heurter son élan contre les murs de ce village infime et

plat, apporter son poème paradisiaque en hommage à la minuscule

convention de cette société que composaient M. le curé et mademoiselle

Hubertine la Hotte, les fournisseurs, les laveuses et les bonnes!...

Le Médecin des Dames de Néans · 第 47 / 53 题