A l’actif de Bloy il est nécessaire de mentionner les amitiés chaudes
que ses livres lui valurent. Il a été encouragé, consolé, secouru par
l’admiration d’intelligences de premier ordre et dont l’orthodoxie ne
fait pas doute: un savant, M. Pierre Termier; un philosophe, M. Jacques
Maritain; un lettré, M. René Martineau, d’autres encore.
Il n’était donc pas, comme certains l’ont prétendu, un sanglier hirsute
toujours écumant et fonçant sur quiconque se risquait dans sa bauge. Au
contraire, rien de plus touchant et de plus délicat que l’affection
rendue par lui à ces amis éprouvés. Ses livres autobiographiques en
témoignent. Et l’on peut croire que, guéri de la méfiance morbide qu’il
manifestait à l’égard de ses relations à l’époque où il écrivait les
_Lettres à sa fiancée_, il acceptait fort bien d’être jugé par les âmes
équitables qui lui apportèrent leur appui aux dernières années de son
existence. Certes, celles-ci ne pouvaient approuver ses témérités dans
le domaine théologique, mais elles appréciaient en lui l’écrivain
magnifique et surtout le chrétien fervent, si sincèrement épris de
Notre-Seigneur.
Un de ses fidèles m’écrivait il y a peu: «Il était orgueilleux, c’est
absolument vrai, et il avait un penchant fâcheux à décider, _comme un
concile_, sur des sujets qu’il connaissait mal. Mais tout en relevant
ses erreurs, je crois qu’il faut proclamer sa valeur d’art qui eut,
selon moi, une action énorme sur bien des âmes. Et en disant cela, je ne
pense pas seulement à ses rencontres fréquentes avec la vérité, mais à
la beauté de sa forme, à la force de son expression. Le premier signe de
certaines conversions que ses livres provoquèrent, c’était ce cri de
ceux qu’il avait remués: _Dire qu’un si grand artiste est catholique!_
Tout partait de là; j’ai pu le constater à plusieurs reprises...»
Oui, il est incontestable que l’art superbe dont Bloy détenait les
secrets fut souvent le moyen dont Dieu se servit pour conquérir des âmes
en détresse. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait entendre tout le long des
pages qu’on vient de lire.