La fin de l’année 1789 fut marquée par maintes violences. Une bande
avinée assaillit l’église dans la semaine de Noël. Des bouviers, des
artisans, des femmes traînèrent les bancs de la maison d’Argé à travers
la nef et les brisèrent sur la place. Le curé Broussel tenta de s’y
opposer. On le repoussa et un langueyeur menaça de lui arracher la
langue; il s’agenouilla alors devant l’autel et pria, tandis qu’une
ronde se formait autour des bancs, que l’on avait enflammés. La milice
accourut pour dissiper les factieux. Claude d’Argé fut entouré
d’énergumènes et frappé. Jacques Chabane le sauva en appelant à l’aide
son père qui, de ses bras noueux, le dégagea. La danse reprit de plus
belle et des filles haut troussées, au milieu des rires, sautèrent le
bûcher. Jacques Chabane, dans l’uniforme que Claude d’Argé avait payé,
s’effrayait de ce brusque débordement.
La nuit arriva et, dans l’église, le curé Broussel, soutenant son corps
de ses mains jointes et appuyées sur les marches de l’autel, priait
toujours. Quand il monta à la tribune pour sonner l’Angélus, il vit avec
douleur que l’on avait coupé les cordes. Il dit à genoux la prière
angélique et la cloche sonnait quand même dans son cœur.