MARMONT À BONAPARTE.

«Alexandrie, 28 octobre 1798.

«Je viens de recevoir, mon cher général, votre lettre du 2 brumaire.

Nous avons été vivement affectés des événements arrivés au Caire, et

particulièrement de la perte de Dupuis et de Sulkowski. L'exemple

terrible que vous avez donné préviendra sans doute de nouveaux malheurs

et assurera notre tranquillité.

«Les ennemis paraissent ne plus s'occuper d'Alexandrie. Ils ont réuni

une partie de leurs forces vis-à-vis d'Aboukir; ils ont canonné le fort

depuis quatre jours, mais inutilement et sans produire d'autre effet

que la mort d'un seul homme.

«L'ennemi, hier, a paru vouloir débarquer à une lieue d'Aboukir; on a

canonné vigoureusement ses chaloupes, qui, à ce qu'on estime, portaient

environ huit cents hommes. Une seule est arrivée à terre, et n'y est

pas restée deux minutes; puis elles se sont éloignées.

«Si les Anglais veulent entreprendre quelque chose aujourd'hui, ils ne

réussiront pas davantage. Le renfort que j'y ai envoyé fera merveille

au physique et au moral.

«Le transport de l'artillerie que vous demandez est suspendu pour le

moment. On emploiera le peu de chevaux qui sont ici à ce travail

lorsque les circonstances auront changé, et je ne crois pas qu'il faille

attendre longtemps.

«Je ne sais si vous avez des données sur les bâtiments turcs qui sont

ici près, mais je suis bien impatient de fixer mon opinion sur ceux qui

les montent. Jamais un bâtiment turc ne s'approche d'une de nos

batteries sans être suivi d'un vaisseau anglais, et la promptitude avec

laquelle ils sont arrivés ne pourrait-elle faire penser que ce n'est

point une expédition venant de Constantinople, mais quelques bâtiments

en croisière ou de Rhodes, ramassés par les Anglais? Si nous sommes

assez heureux pour que les ennemis essayent encore de descendre, nous

ferons des prisonniers, et nous saurons à quoi nous en tenir.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (1/9) · 第 60 / 83 题