«Ober-Ingelheim, 1er septembre 1795.
«Mon cher père, la nouvelle du passage du Rhin se répand en ce moment,
et elle paraît plus que probable. Il est constant que nous nous sommes
emparés, auprès de Coblentz, d'une île qui est à une très-petite
distance de la rive droite du Rhin, et que, dans ce moment-ci, nous
devons être établis de l'autre côté du fleuve. La campagne va donc
commencer: il est temps qu'elle s'ouvre. Les opérations ne peuvent être
que brillantes, car l'armée est animée d'un bon esprit. Pour mon compte,
je suis fort aise de sortir de l'inaction dans laquelle nous étions
plongés, et parce qu'il se présente de nouveaux triomphes à obtenir, et
parce que les travaux du moment amènent plus sûrement et plus
promptement la paix.
«Ne vous inquiétez pas des dangers que je vais courir; j'ai échappé à
ceux que je brave depuis trois ans, et je ne vois pas pourquoi l'étoile
qui me protége m'abandonnerait aujourd'hui. Au reste, je les crains peu,
et je regarde leur perspective moins désagréable que la
disette.--Rassurez-vous donc. Vous m'avez bien jugé quand vous avez
pensé que les besoins n'étaient pas capables de m'abattre; mais mon
courage ne doit pas vous les faire oublier.
«Je ne suis pas encore instruit du sort de Bonaparte. Puisqu'il en est
heureux, je l'apprendrai avec le plus vif plaisir. Notre séparation ne
doit en rien diminuer l'attachement que je lui ai voué.»