«Strasbourg, 23 juillet 1795.
«Je suis arrivé ici avant-hier; mon tendre père; je vous aurais écrit
hier, si je n'eusse voulu vous instruire de ma destination. Je pars
après-demain pour Mayence.--J'aurais pu rester ici quelque temps, mais
qu'y faire, n'y ayant point de besogne fixe et mangeant beaucoup
d'argent? J'aime à remplir mes devoirs, et, quand je n'en ai plus,
j'aime à m'en imposer pour avoir le plaisir de ne pas m'en écarter.
«Je ne crois pas que les grands projets sur l'armée du Rhin s'exécutent.
La paix conclue avec l'Espagne amènera probablement celle avec l'empire,
et indispensablement ensuite celle avec l'empereur. Telle est ici
l'opinion commune; et l'on croit avec plaisir que nous goûterons, cet
hiver, les douceurs de la paix.
«Cette perspective me paraît douce, puisqu'elle me fait entrevoir le
bonheur de me rapprocher de mes bons parents. J'ai vu avec intérêt cette
ville; j'y suis arrivé prévenu fort favorablement; mais, pour la bien
juger, il faudrait y faire un plus long séjour.
«J'ai aperçu les bois de Saverne, où je vous ai ouï dire que vous aviez
chassé souvent, et j'ai considéré avec plaisir le théâtre des anciens
plaisirs de mon père.
«C'est à force de vivre et de comparer que l'on acquiert, et c'est dans
cet esprit-là que je n'aime rester ni dans le repos ni dans l'inaction.
«Il y a apparence que cette campagne ne sera pas aussi instructive que
je l'avais supposé.--Si l'armée ne passe pas le Rhin, elle sera
nécessairement inactive, à quelques affaires près, devant Mayence, car
les dispositions de siége ne sont point faites, à ce qu'il paraît, et
l'on n'agirait vigoureusement sur ce point qu'autant qu'on le ferait
aussi ailleurs.»