«Quartier général de Saint-Paul, 4 septembre 1793.
«Je reviens, ma bonne mère, d'une expédition où nous avons eu du
succès. Il était très-important pour nous de nous emparer de trois
villages que notre affaiblissement nous avait forcés d'abandonner aux
Piémontais. Ces villages couvrent plusieurs ravins praticables qui
aboutissent à l'important poste du col de Nave, qui, si nous n'en
étions pas maîtres, nous couperait toute retraite. Ces villages étaient
occupés par des Autrichiens, il fallait les en chasser; et, comme les
chemins sont impraticables pour l'artillerie, j'ai demandé à y aller en
faisant les fonctions d'officier d'état-major.
«Nous avons marché sur trois colonnes, et, si celle de gauche n'eût pas
été arrêtée dans sa marche par des obstacles, nous aurions fait
beaucoup de prisonniers. Bref, j'étais à la colonne du centre, et nous
sommes arrivés jusqu'à cinquante pas du premier village. Ils venaient
d'être avertis, étaient en batterie devant le village et marchaient à
nous. Ils nous ont fait une décharge; nous leur avons riposté, et ils
nous ont tourné le dos.--Nous les avons poursuivis, et nous en avons
pris neuf, dont un cadet.--Le deuxième poste ne nous a pas attendus, il
s'est retiré subitement dans les rochers. Nous les y avons suivis, et
les intrépides chasseurs de l'Isère montaient par des endroits presque
impraticables, malgré les coups de fusil des ennemis.--Ceux-ci se sont
repliés de roche en roche, et enfin en ont occupé une, qui est vraiment
inaccessible et où on trouve l'avantage d'être à l'abri.--Sentant qu'on
ne pouvait pas les attaquer de front, j'ai pris deux ou trois
compagnies qui étaient dans le bas, et j'ai grimpé à leur tête une
haute montagne, d'où je pouvais les tourner en les prenant par leur
gauche.--Ils ne nous ont pas attendus, ce qui est une grande lâcheté,
car le poste était si avantageux, qu'ils pouvaient y tenir
longtemps.--Au signal de la retraite, nous nous sommes repliés sur les
villages, et, les grand'gardes placées, nous sommes revenus à
Saint-Paul après une absence de dix heures.»