--Qu’est-ce que tu racontes, Maurice?
--Je ne raconte rien. Je dis ce que je sais. (Maurice secouait la tête
avec un air sérieux qui le vieillissait.) J’ai bien entendu ce que vous
disiez, toi et maman, l’autre soir, et puis tout à l’heure... Même j’ai
fermé la fenêtre... Il faut ménager la tante parce qu’elle est riche et
que nous sommes pauvres... J’ai bien compris, va! C’est pour ça que je
suis sorti comme elle l’a dit, au déjeuner, et que je n’ai rien répondu.
Pourtant, tu sais, j’en pleurais...
Il réfléchit un moment et ajouta à voix basse:
«Alors, c’est si important que ça, l’argent?»
M. Laval était si surpris qu’il oublia que c’était un enfant qui
l’interrogeait; il exprima sa pensée avec une amertume résignée:
--Quand tu auras travaillé vingt ans de ta vie sans pouvoir amasser un
sou pour les tiens, tu ne demanderas plus cela...
Gêné de ce qu’il avait dit, il s’arrêta, puis, s’efforçant de rire:
«Allons, je plaisante. Il faut obéir à ta tante, qui est une excellente
personne. Du reste, on est très bien ici...
--Compte sur moi, papa, dit Maurice, avec un air d’homme. Seulement,
toi, n’est-ce pas, tu n’en as que pour la semaine de permission, tandis
que moi j’en ai pour mes deux mois de vacances...