--Mais c’est fou! C’est monstrueux! Ma maison n’est pas un asile! Vous
ne nous aviez pas dit...
--Je vous ai pas dit que Berthe avait pas de frères, hein? riposta la
vieille, qui semblait sincèrement indignée de l’accueil. Vous auriez pas
voulu que je les laisse, ces petits?... Qu’est-ce qu’ils seraient
devenus sans moi? J’ai vendu tout mon petit fourbi pour payer leur
voyage...
--Allez-vous-en, vous êtes une vieille intrigante! hurla M. Mailley,
hors de lui.
--Où ça que je m’en aille? Mendier par les rues, hein! maintenant que
j’ai plus rien à cause de vous!... Eh bien! oui, je vas y aller! mais
soyez tranquilles, je raconterai à tout le monde ce que vous me faites,
à moi, une pauvre vieille qui ne vous ai pas cherché, pas vrai?... Et si
on nous trouve tous morts de faim, on saura qui en est cause...
Les Mailley échangèrent un regard d’angoisse. Mille misères leur
apparurent et peut-être de pitoyables drames dont ils seraient
responsables. Et que dirait-on d’eux? Ils eurent peur.
--C’est un malentendu regrettable, dit Mme Mailley avec effort. Mais,
pour le moment... restez... Le pavillon est prêt...
La servante, furieuse, y guida les intrus. Entre M. et Mme Mailley,
restés seuls, il y eut un silence tragique.
--C’est du joli... C’est du joli... gémit, enfin, M. Mailley, si atterré
qu’il ne trouvait plus la force de se fâcher.
Mme Mailley ne répondit rien. Elle écoutait: Du jardin s’élevait le
bruit de petits pieds qui couraient dans les allées, de petites voix qui
s’émerveillaient de la terre, de l’herbe, des arbres, des bêtes...