Souvenez-vous, oublieuse personne, que vous m'avez accordé la
permission de vous voir une heure aujourd'hui. Je vous envoie mon
médaillon en bronze pour fixer encore mieux votre souvenir. Il date
déjà, comme vous pouvez voir, de l'an 1831, où il eut les honneurs du
Salon. Ah! j'ai été l'une des célébrités ..., et je renoncerais encore
aujourd'hui à cette partie que j'ai négligée pour vous, si vous me
donnez lieu de chercher à vous rendre fière de moi. Vous vous plaignez
de quelques heures que je vous ai fait perdre; moi, mon amour m'a
fait perdre des années, et pourtant je les ressaisirais bien vite si
vous vouliez. Que m'importe la renommée, tant qu'elle ne prendra pas
vos traits pour me couronner? Jusque-là, il y aura une gloire dans
laquelle la mienne s'absorbera toujours: c'est la vôtre; et jamais
mes assiduités les plus grandes ne tendront à vous la faire oublier.
Étudiez donc fortement, mais accordez-moi quelques-uns de vos instants
de repos. Je vous avouerai que je suis aujourd'hui d'une humeur fort
peu tragique, et que je risque dès lors beaucoup moins de vous déranger.