O toi, la plus brillante! quoique venue trop tard pour d'antiques
offrandes,
Trop, trop tard pour la lyre ingénûment croyante,
Lorsque sacrés étaient les rameaux des forêts hantées.
Sacrés l'air, l'eau et le feu;
Pourtant, même en ces jours si éloignés
Des heureuses piétés, tes ailes resplendissantes,
S'agitant parmi les Olympiens évanouis,
Je les vois, et je chante inspiré par mes propres visions.
Donc, souffre que je sois ton chœur et que j'entonne une litanie
Aux heures de minuit;
En l'honneur de ta voix, ton luth, ton pipeau, ton suave encens
Fumant d'un brûle-parfum balancé avec des chaînes;
Ta châsse, ton bocage, ton oracle, ta fiévreuse
Incantation psalmodiée par un prophète aux pâles lèvres.
V
Oui, je serai ton prêtre, et te construirai un temple
Dans quelque région inexplorée de mon esprit,
[Pg 155]
Où mes pensées, telles des ramures, nouvellement jaillies d'une
délicieuse douleur,
En guise de pins, murmureront dans le vent.
Loin, loin alentour, ces arbres groupés dans l'ombre
Garnissent de pic en pic les sauvages déclivités de la montagne;
Et là, zéphyrs, torrents, oiseaux et abeilles,
Endormiront par leurs berceuses les Dryades vêtues de mousse,
Puis, au cœur de cette vaste quiétude,
Je veux édifier un sanctuaire rose
Avec les treillis entrelacés de mon cerveau en travail,
Avec des bourgeons, des clochettes, et des étoiles innommées,
Avec toute la flore que peut simuler la Fantaisie,
Qui créant des fleurs,--ne créera jamais les mêmes;
Et là il y aura pour toi toute la joie apaisante
Qu'une pensée chimérique peut procurer,
Une torche étincelante, et une baie ouverte la nuit
Pour permettre au chaud Amour de s'y introduire.
Avril 1819.
[1] Plus littéralement: au tendre premier clignement d'œil de
l'amoureuse Aurore.
[Pg 156]