IV

O toi, la plus brillante! quoique venue trop tard pour d'antiques

offrandes,

Trop, trop tard pour la lyre ingénûment croyante,

Lorsque sacrés étaient les rameaux des forêts hantées.

Sacrés l'air, l'eau et le feu;

Pourtant, même en ces jours si éloignés

Des heureuses piétés, tes ailes resplendissantes,

S'agitant parmi les Olympiens évanouis,

Je les vois, et je chante inspiré par mes propres visions.

Donc, souffre que je sois ton chœur et que j'entonne une litanie

Aux heures de minuit;

En l'honneur de ta voix, ton luth, ton pipeau, ton suave encens

Fumant d'un brûle-parfum balancé avec des chaînes;

Ta châsse, ton bocage, ton oracle, ta fiévreuse

Incantation psalmodiée par un prophète aux pâles lèvres.

V

Oui, je serai ton prêtre, et te construirai un temple

Dans quelque région inexplorée de mon esprit,

[Pg 155]

Où mes pensées, telles des ramures, nouvellement jaillies d'une

délicieuse douleur,

En guise de pins, murmureront dans le vent.

Loin, loin alentour, ces arbres groupés dans l'ombre

Garnissent de pic en pic les sauvages déclivités de la montagne;

Et là, zéphyrs, torrents, oiseaux et abeilles,

Endormiront par leurs berceuses les Dryades vêtues de mousse,

Puis, au cœur de cette vaste quiétude,

Je veux édifier un sanctuaire rose

Avec les treillis entrelacés de mon cerveau en travail,

Avec des bourgeons, des clochettes, et des étoiles innommées,

Avec toute la flore que peut simuler la Fantaisie,

Qui créant des fleurs,--ne créera jamais les mêmes;

Et là il y aura pour toi toute la joie apaisante

Qu'une pensée chimérique peut procurer,

Une torche étincelante, et une baie ouverte la nuit

Pour permettre au chaud Amour de s'y introduire.

Avril 1819.

[1] Plus littéralement: au tendre premier clignement d'œil de

l'amoureuse Aurore.

[Pg 156]

Poèmes et Poésies Traduction précédée d'une étude par Paul Gallimard · 第 193 / 333 题