JE ME HAUSSAIS SUR LA POINTE DES PIEDS[1]

Je me haussais sur la pointe des pieds au sommet d'un côteau.

L'air était rafraîchissant et tellement tranquille

Que les tendres fleurs en bouton qui avec une modeste fierté

Ployaient languissamment, en une courbe infléchie,

Leurs tiges peu garnies de feuilles et coquettement élancées,

N'avaient pas encore perdu leurs diadèmes étoilés

Dérobés aux premiers sanglots du matin.

Les nuages étaient purs et blancs comme des troupeaux nouvellement

tondus,

Et sortant d'un clair ruisseau; paisiblement ils reposaient

Sur les champs azurés du ciel; alors se glissa

Un imperceptible frémissement parmi la feuillée,

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Produit par le soupir même qu'exhale le silence;

Car on ne pouvait discerner le plus faible mouvement

De toutes les ombres qui s'allongeaient sur la pelouse.

L'œil le plus glouton pouvait vagabonder au large

Pour regarder la variété de ce qui l'entourait;

Sonder la transparence jusqu'au tréfonds de l'horizon

Et suivre les lignes presque effacées de ses contours;

S'imaginer les bizarres et capricieux méandres

D'une fraîche allée de bois qui ne finit jamais;

Ou d'après les ombreuses crevasses et les pentes feuillues

Deviner où les gracieux ruisseaux se rafraîchissent.

Un instant je regardai, et me sentis aussi léger, aussi libre

Que si d'un mouvement d'éventail les ailes de Mercure

Avaient joué sous mes talons: mon cœur était léger,

Et de nombreuses jouissances surgissaient à mes yeux;

De sorte qu'aussitôt je me mis à composer un bouquet

De splendeurs brillantes, laiteuses, harmonieuses et rosées.

Un buisson de fleurs de Mai avec des abeilles les butinant;

Ah certes! nul recoin plaisant n'en serait dépourvu!

Que le cytise juteux fasse couler sur elles ses grappes,

Que les hautes herbes croissent autour des racines pour les garder

Humides, fraîches et vertes; et ombragent les violettes

Pour qu'elles enlacent la mousse dans le réseau de leurs feuilles.

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* * * * *

Qui est là proche? une touffe d'onagres,

Au-dessus desquelles peut voltiger l'esprit jusqu'à ce qu'il

s'engourdisse;

Au-dessus desquelles il lui est loisible de faire un somme

délicieux,

Quoique sans cesse troublé par le jaillissement

De boutons en fleurs mûres, ou par le vol rapide

De diverses phalènes qui abandonnent sans relâche leur lieu de

repos,

Ou par la lune élevant son cercle argenté

Au-dessus d'un nuage, et, d'un mouvement graduel,

Plongeant dans le bleu avec tout son éclat.

* * * * *

Au-dessus de nos têtes, nous apercevons le jasmin et l'églantier

odorants,

Et les vignes en fleurs se riant de leur verte parure;

Tandis qu'à nos pieds la chanson des bouillonnements de l'eau

cristalline

Par son charme nous enlève aussitôt loin de tous nos soucis;

De sorte que nous nous sentons planant au-dessus du monde,

Marchant sur les nuées blanches entrelacées et enroulées.

Ainsi le sentit le premier qui raconta comment Psyché vint

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Poussée par une brise caressante vers des royaumes merveilleux;

Ce que Psyché éprouva, ainsi que l'Amour, lorsque leurs pleines

lèvres

Se rencontrèrent pour la première fois; de quelles amoureuses et

folles morsures

Ils se meurtrirent les joues; et leurs innombrables soupirs,

Et comment ils baisèrent leurs yeux frémissants:

La lampe d'argent--le ravissement--la surprise--

L'obscurité--la solitude--le redoutable tonnerre;

Leurs épreuves terminées, et l'envolée aux cieux

Où ils s'inclinèrent reconnaissants devant le trône de Jupiter.

C'est ce que sentit celui qui écarta les ramures

Pour nous permettre de sonder la vaste forêt,

D'entrevoir les Faunes et les Dryades

Venant avec le plus doux bruissement au milieu des arbres;

Et des guirlandes tressées de fleurs sauvages et délicates,

Soulevées par les poignets ivoirins ou les pieds agiles:

Il disait comment la belle, la tremblante Syrinx échappa

Au Pan Arcadien, en une mortelle épouvante.

Pauvre Nymphe--pauvre Pan--comment il pleura de ne retrouver

Que l'adorable soupir du vent

Dans les roseaux de la rivière! murmure à peine entendu,

Plein de douce désolation--douleur embaumée.

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Par quelle inspiration le barde des anciens âges chanta-t-il

d'abord

Narcisse languissant au-dessus de la source pure?

En quelque délicieux vagabondage, il avait découvert

Une petite clairière entourée de branches entrelacées;

Et, au centre un étang si clair

Que jamais plus clair n'a reflété dans sa plaisante fraîcheur

Le ciel bleu, çà et là tamisant sa sérénité

A travers les pampres grimpants et leurs fantasques festons.

Puis sur la rive il surprit une fleur solitaire,

Une modeste fleur abandonnée, sans aucune fierté,

Penchant sa beauté sur le miroir de l'onde

Pour s'approcher amoureusement de sa propre image attristée.

Sourde au léger Zéphyr, elle restait immobile;

Mais semblait insatiable de se pencher, languir, aimer.

Ainsi tandis que le Poète était fasciné en ce site charmant,

Quelques indistinctes lueurs glissèrent sur sa fantaisie;

Peu de temps après il conta l'aventure

Du jeune Narcisse et l'infortune de la triste Echo.

D'où venait-il celui dont l'esprit ardent exhala

Le plus harmonieux des chants, éternellement nouveau,

Toujours rafraîchissant, pures délices,

Ne cessant de réjouir

Le voyageur au clair de lune? lui apportant

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Des formes du monde invisible et des mélodies surhumaines

Jaillies de l'espace éthéré, des nids fleuris,

Et du soyeux capiton des nuages suspendus

Là où l'on contemple les étoiles.

Oh! sûrement il a brisé nos barrières humaines;

Dans quelque merveilleuse région il a pénétré,

Pour te rechercher, toi, divin Endymion!

C'était un Poète, à coup sûr un amant aussi,

Celui qui hantait le sommet du Latmos, alors qu'y soufflaient

Des émanations parfumées montant des myrtes de la vallée,

Apportant en une pâmoison solennelle, douce et lente,

Un hymne du temple de Diane! pendant que le tourbillon

De l'encens s'enlevait vers sa demeure étoilée.

Mais bien que son visage fût clair comme un regard d'enfant

Bien qu'au-dessus de l'autel elle sourît au sacrifice,

Le Poète pleurait sur sa douloureuse destinée,

Pleurait de ce qu'une telle beauté fût condamnée à la désespérance:

C'est ainsi que son sublime courroux lui inspira des harmonies

dorées,

Et qu'il donna la tendre Cynthie à son Endymion.

Poèmes et Poésies Traduction précédée d'une étude par Paul Gallimard · 第 135 / 333 题