SONNET

Quand je crains de cesser d'être

Avant que ma plume ait glané mon fertile cerveau,

Avant qu'une pile élevée de livres, dans leurs caractères imprimés,

Renferme, comme de pleins greniers, une moisson bien mûre;

Quand j'étudie sur la face étoilée de la nuit,

Les vastes symboles nuageux d'un haut poème,

Et sens que je ne vivrai jamais pour retracer

Leurs ombres, avec la main magique de la chance;

Et quand je sens, exquise créature d'une heure!

Que je ne te verrai jamais plus devant moi,

Que je ne savourerai plus l'enchanteur pouvoir

De l'inconscient amour! alors sur la grève

Du vaste monde, je me tiens seul, et je médite,

Jusqu'à ce qu'Amour et Gloire plongent dans le néant.

1817.

[Pg 92]

Poèmes et Poésies Traduction précédée d'une étude par Paul Gallimard · 第 134 / 333 题