FEMME! LORSQUE JE TE VOIS

Femme! lorsque je te vois bavarde, vaine,

Inconstante, puérile, orgueilleuse et pleine de caprices;

Dénuée de cette modeste langueur qui rehausse le charme

Des yeux baissés, repentants des blessures

Causées par leur douce lueur et les guérissant aussitôt:

Aussitôt mon esprit enfiévré s'exalte et bondit,

Aussitôt mon âme tressaute et se réjouit

De ce que si longtemps je sois resté fermé à l'amour.

Mais quand je te discerne bonne, charitable et tendre,

O ciel! avec quel acharnement j'adore

Ta grâce enchanteresse;--je brûle d'être

Ton défenseur--d'être ton Calidore--

Un vrai Chevalier de la Croix Rouge--un vaillant Léandre--

Pourvu que je sois aimé de toi comme ces héros de jadis!

[Pg 84]

Pieds agiles, yeux violet foncé, cheveux bien séparés.

Mains potelées, cou de neige, poitrine blanche,

Sont choses qui stupéfient les sens éblouis

Au point que les yeux fascinés, fixes, oublient qu'ils regardent.

D'un tel spectacle, o Ciel! je n'ai pas le courage

De détourner mon admiration, si dépourvu

Soit-il de ce qui mérite le respect, si dépouillé

De l'adorable modestie et des rares vertus.

Cependant, aussi insouciant que l'alouette, je me dégage

De ces leurres et les oublie immédiatement--même avant d'y avoir

goûté

Ou d'avoir trois fois humecté mon palais; mais lorsque je remarque

Que de pareils charmes unissent leur éclat avec celui d'une

bienveillante intelligence,

Mon oreille s'entrouvre, telle la gueule rapace d'un requin,

Pour se repaître des accents d'une voix divine.

Ah! qui peut oublier jamais une créature si parfaite?

Qui peut oublier ses attraits à demi dissimulés?

Dieu! elle est comme l'agneau d'un blanc de lait, qui bêle

Pour que l'homme le protège. Assurément Celui qui voit tout,

Qui est heureux de nous savoir satisfaits de ses dons,

Ne donnera jamais d'ailes au criminel qui entraîne

Tant d'innocence à sa ruine--qui vilement dupe

[Pg 85]

Un cœur naïf de colombe. Pour dire vrai, rien ne peut libérer

Nos pensées d'une telle beauté: lorsque j'entends

Un lai dont j'ai vu une fois sa main évoquer le rythme,

Son contour me semble flotter palpable et proche;

L'eussé-je jamais vue cueillir d'un berceau

Une fleur trempée de rosée, souvent cette main m'apparaîtrait,

Et sur mes yeux secouerait les perles tremblotantes de l'humidité.

[Pg 86]

Poèmes et Poésies Traduction précédée d'une étude par Paul Gallimard · 第 128 / 333 题