UN SÉRUM ANTITUBERCULEUX.

Il y a quelques semaines, au hameau de Goizet, commune de

Saint-Denis-de-Piles (Gironde), un mouvement inaccoutumé se produisait

autour d'une vache. Cette vache, comme on peut le voir sur une de nos

photographies, était présentée à une assemblée d'experts et de

notabilités locales par un vétérinaire: elle semblait se fort bien

porter. Quelques minutes après elle était sacrifiée et, comme le montre

l'autre photographie, on en faisait l'autopsie. Et c'est à cause de

cette vache que tout ce monde s'était réuni. Atteinte de tuberculose

généralisée, il y a quelques mois, elle était tombée au dernier degré de

la cachexie, ne mangeait plus, et paraissait devoir mourir à bref délai.

La tuberculine de Koch avait, à diverses reprises, révélé toute

l'étendue du mal. Le vétérinaire V.-J.-T. Faure la vit et, aussitôt, à

l'instigation de la marquise de Castellane, essaya l'action d'un sérum

inventé par le docteur Cuguillière, de Toulouse, qui avait donné de bons

résultats dans un autre cas. La vache se remit: on voit qu'elle a bonne

apparence. Mais ce n'était pas pour la garder indéfiniment qu'on l'avait

ressuscitée: on voulait examiner l'état de ses lésions et s'assurer, par

l'autopsie, de sa guérison. On la sacrifia donc et l'autopsie fut faite

sous la présidence du docteur Arnozan, le professeur à la faculté de

Bordeaux, montrant que les lésions étaient bien guéries, de façon

générale. Pourtant, quelques-unes subsistaient encore, mais impuissantes

à agir sur l'état général de l'animal et en voie de guérison. La

question est de savoir si ces lésions sont stériles ou s'il y reste des

bacilles vivants. On ne saura ce qu'il en est que par des cultures et

inoculations qui sont actuellement encours. Peut-être s'est-on un peu

trop pressé de sacrifier la vache; peut-être aurait-il fallu la traiter

8 ou 10 mois, au lieu de 6.

[Illustration: Un théâtre d'amateurs à Divonne.]

En tout cas, si l'on avait un sérum capable d'améliorer l'état d'un

animal tuberculeux (et aussi d'un être humain) au point où la vache de

Goizet a été amélioré, ce serait un résultat des plus remarquables. Nous

regrettons toutefois de ne pouvoir donner aucun détail sur le sérum du

médecin toulousain: rien n'a été dit sur la manière de l'obtenir et,

d'autre part, nous n'avons aucune statistique des cas traités par M.

Cuguillière. Il convient donc de rester très réservé tant que nous ne

disposerons pas de documents probants et certifiés par des praticiens

experts.

L'Illustration, No. 3259, 12 Août 1905 · 第 26 / 39 题