Dans le but de réunir le quai de la Tourette au boulevard du Phare,
c'est-à-dire pour éviter aux véhicules et aux piétons venant de la
Juliette les longs détours qu'ils seraient obligés de faire en suivant
les quais ou en descendant la rue de la République pour se rendre dans
les quais sud de Marseille, Eudonne ou les Catalans, un pont métallique
à transbordeur a été mis en construction (la photographie ci-dessus le
montre à la veille d'être terminé).
Tout le monde connaît ce mode de traversée qui consiste à jeter
par-dessus la passe maritime un pont métallique dont le tablier sera
situé à la hauteur exigée par les plus hautes mâtures. Sur une voie
ferrée placée sur ce tablier, se meuvent des trains de galets, reliés à
un cadre de roulement sous lequel est suspendue une nacelle qui se meut
à la hauteur des quais. Les dimensions de cette nacelle sont
proportionnées au trafic qu'elle est appelée à desservir. Les
constructions de ce type qui ont été élevées par M. F. Arnodin à Bilbao
(Espagne), entre les deux plages de Portugalete et de Las Arenas, sur
les deux rives du Nervion (1889); à Rouen, sur la Seine (1897); à
Bizerte, à l'entrée du canal (Tunisie), en 1898; à Martrou, sur la
Charente, près Rochefort (1899); à Newport-Mon, sur l'Usk, en Angleterre
(1903), sont des câbles suspendus à courbes paraboliques avec poutre
raidissante du type de pont appelé «semi-rigide».
Un tel système a besoin de prendre ses points d'appui pour l'amarrage de
ses câbles dans des massifs en maçonnerie très importants. Dans tous ces
ouvrages, la traversée s'effectue en une minute environ.
Quant au trafic, il passe en moyenne, par jour, à Bilbao, 2.000 piétons
et, à Rouen, 5.500 personnes, sans compter les voitures, bestiaux, etc.,
etc.
Le pont à transbordeur de Marseille aura la plus grande longueur de
tablier de tous les ouvrages jusqu'à ce jour construits (240 mètres). La
hauteur de ses pylônes (84 mètres) sera également la plus grande.
Par son architecture imposante, malgré toute la légèreté métallique de
ses pylônes et de son tablier, ce pont à transbordeur constituera, à
l'entrée du Port-Vieux de Marseille, un nouvel embellissement qui, nous
le souhaitons, coopérera dans la mesure de ses fonctions à la prospérité
et à la grandeur de ce port.