UNE BAIGNADE DANS UNE FONTAINE PUBLIQUE

Une bande de gamins à demi dévêtus a envahi le bassin d'une fontaine

publique: plongés dans l'eau jusqu'à la ceinture, ils barbotent à coeur

joie, s'éclaboussent copieusement, se livrent, avec des cris aigus et de

francs éclats de rire, à toute sorte de jeux aquatiques; quelques-uns,

sous les jets en chute de la vasque supérieure, ont, inconsciemment, un

mouvement, une pose du torse nu d'un tel caractère sculptural que l'on

croirait voir s'animer les tritons de bronze du parc de Versailles ou de

la place de la Concorde.

Mais ce n'est pas chez nous que s'offre ce tableau d'un réalisme

pittoresque; nos règlements de police n'autorisent ni ne tolèrent la

transformation des fontaines publiques en piscines populaires où nos

gavroches puissent prendre leurs ébats devant les badauds amusés. Ce

privilège est un de ceux de la libre Amérique, et la scène reproduite

ici, à titre d'exemple, a été photographiée récemment dans un square de

New-York: là-bas, pendant les chaleurs de l'été, particulièrement

torrides cette année, il est permis aux _boys_, parmi lesquels il y a

peut-être de futurs milliardaires, de se procurer gratis l'agrément et

les bienfaits du bain froid complet, douche comprise; cette

hydrothérapie en plein air n'offusque personne et l'hygiène y trouve son

compte.

[Illustration: L'ÉTÉ A NEW-YORK.--Baignade d'enfants dans une fontaine

publique.--_Phot. Grantham Bain._]

[Illustration: Le baron Komura. M. Sato. LE PLÉNIPOTENTIAIRE JAPONAIS ET

SON PREMIER SECRÉTAIRE, ARRIVANT A NEW-YORK.]

Samedi dernier 5 août, les plénipotentiaires russes et japonais, chargés

de discuter les bases de la paix, entraient en contact au large

d'Oyster-Bay, à bord du _May-Flower_, yacht du gouvernement américain,

où les présentations étaient faites par le président Roosevelt; mardi 8,

ils s'installaient à Portsmouth (New-Hampshire), lieu choisi pour les

travaux de la conférence, dont les résultats sont si impatiemment

attendus.

L'attention se porte tout naturellement vers les éminents diplomates

auxquels incombe la tâche difficile de mettre un terme à la guerre

désastreuse allumée depuis un an et demi en Extrême-Orient, et qui, dès

maintenant, sont des figures historiques.

Nous avons déjà donné de M. Witte, le premier plénipotentiaire russe, un

portrait obtenu lors de son récent passage à Paris; une photographie du

baron Komura, prise au moment de son arrivée à New-York, nous permet de

montrer sous un aspect caractéristique le premier plénipotentiaire

japonais, accompagné de M. Sato, son premier secrétaire, le personnage

le plus _interviewé_ de la délégation.

L'Illustration, No. 3259, 12 Août 1905 · 第 17 / 39 题