_La peinture._
L'étude de la peinture se divise en deux catégories; la première
comprend le dessin et l'aquarelle, la seconde le pastel et l'huile. On
pourrait encore en admettre une troisième, la peinture industrielle;
mais cette dernière ne rentre pas absolument dans l'éducation des
enfants, tandis qu'au contraire la première surtout en fait partie
essentiellement.
Il est très utile et très agréable pour tout le monde, lors même qu'on
ne se sent pas de dispositions, ou qu'on n'a pas le loisir d'apprendre
la peinture, de connaître au moins le _dessin_ et l'_aquarelle_. C'est
une étude qui ne demande pas beaucoup de temps et qui est plutôt un
délassement qu'un travail. Au contraire des autres branches de
l'éducation, elle n'exige pas d'être inculquée dès l'enfance, le
jugement en étant la principale base.
Certainement, il en est à peu près de même pour tout, et la musique peut
à peine être comprise et interprétée avec sentiment par un adolescent.
Mais le mécanisme du piano et du violon exige impérieusement qu'on
commence de bonne heure l'étude de ces instruments; de même que les
doigts, la mémoire doit aussi être exercée, lorsqu'on est encore tout
jeune, et les noms, les dates, les règles, tout ce qui est routine, en
un mot, se retient alors bien plus facilement.
Pour le dessin, c'est tout différent, il n'y a ni mécanisme ni routine;
tout y est sentiment et jugement, et, à moins de dispositions
particulières, on n'entreprend guère cette étude avec fruit, avant l'âge
de quinze ans.
Si l'on se borne à l'étude du paysage au crayon ou à l'aquarelle, il
n'est pas besoin de longues années de travail, pour y trouver une source
de jouissances infinies, particulièrement pour les personnes qui
habitent la campagne ou qui voyagent.
Quel délassement plus charmant, en se reposant d'une longue marche, à
l'ombre d'un arbre touffu, que de prendre l'esquisse d'un point de vue
préféré! quel plus gracieux souvenir à envoyer aux parents, à l'amie
éloignée, que le croquis de l'endroit où leur pensée s'efforce de nous
voir! et quoi de plus agréable que de pouvoir rapporter dans notre album
les vues de sites qui nous rappellent une sensation ou un souvenir? de
fixer les couleurs chatoyantes de ces fleurs que la saison va nous
enlever! et, par ce moyen, être à même, plus tard, de les reproduire
avec notre aiguille et de varier ainsi à l'infini nos tapisseries! Il
est impossible d'énumérer tous les côtés utiles et agréables du dessin.
Les notions du dessin sont exigées maintenant dans tous les examens de
jeunes filles comme de jeunes gens.
Les Anglais, sous le rapport de l'aquarelle, ont toujours été très
supérieurs, et dans toutes les pensions des Iles Britanniques les jeunes
_misses_ apprennent les _water-colours_, et arrivent facilement à un
degré de perfection étonnant. Ils ont une manière à eux de saisir un
paysage et de l'esquisser; j'ai vu des aquarelles faites par de jeunes
élèves anglaises, qui ont étonné des peintres français. Un professeur
anglais, pour ce genre de peinture, serait donc à préférer.
Le petit bagage de l'aquarelliste n'est pas bien embarrassant. Il
consiste en un _block_ et une petite boîte de fer-blanc formant palette,
et contenant couleurs et pinceaux. Ces matériaux nous viennent
d'Angleterre; les boîtes françaises, généralement, ne sont point
commodes, et les couleurs pas aussi bonnes. Quant au _block_, tout à
fait d'importation anglaise, c'est ce qu'on peut imaginer de plus
confortable pour dessiner ou peindre en plein vent. C'est une espèce
d'album dont toutes les feuilles collées ensemble forment un pupitre
résistant pour placer sur les genoux; une case est réservée aux crayons,
et on n'a pas besoin de s'embarrasser de carton, ni de craindre de
chiffonner son papier. Quand le travail est fini, à l'aide de la lame
d'un canif, on décolle la feuille de Bristol.
Certes, si vous en avez le loisir, l'étude de la peinture sérieuse, et à
l'huile, est bien celle dont on retire le plus de jouissances
personnelles, et qu'on pourrait, en quelque sorte, qualifier d'égoïste,
si rien de ce qui touche à l'art pouvait mériter cette atroce
qualification. Quoique nous réservant les plus pures sensations, même
lorsque nous en faisons seuls, la musique nous laisse toujours une
impression mondaine, et nous ne pouvons nous défendre de désirer un
auditoire. Pour la peinture, au contraire, on n'éprouve le besoin de
personne, on peut passer des journées entières devant son chevalet sans
s'apercevoir qu'on est seul. «Créer est un plaisir de Dieu!» a dit un
homme illustre.
Mais, que de temps et de travail il faut pour arriver à un résultat
passable! Que de menus frais à faire qui finissent par devenir onéreux,
que de choses à abandonner! car, pour peindre, la tranquillité d'esprit
et de longues heures sans dérangement sont de toute nécessité.
Les femmes ne peuvent arriver que difficilement à bien dessiner, et
cependant le dessin est la base essentielle de la bonne peinture. Le
motif en est qu'elles ne peuvent aller dans les ateliers et dans les
musées faire des _académies_ et étudier le _nu_; elles ne peuvent non
plus apprendre l'anatomie; il faut donc qu'elles renoncent aux figures
d'ensemble, et se contentent d'études de la tête et de copies.
Je m'arrête, car je n'ai pas la prétention de faire ici un cours de
peinture, mais simplement, comme le titre que j'ai choisi l'indique, de
communiquer quelques idées sur certaines branches de l'instruction,
idées qui puissent ou éclaircir des doutes ou ouvrir des aperçus.
La peinture s'apprend à tout âge; et ceux qui prétendent s'ennuyer à la
campagne ou à la ville, qui ont des loisirs dont ils ne savent que
faire, peuvent y chercher le plus noble délassement manuel et
intellectuel. Le simple dessin linéaire, le paysage à l'aquarelle, je le
répète, est indispensable à toute éducation un peu complète. Quant à la
troisième catégorie, la peinture industrielle, au point de vue
utilitaire, elle devrait tenir la première place dans l'instruction de
toutes les jeunes filles. Tout en étant un art charmant de pouvoir
dessiner sur bois et graver, faire une eau-forte comme la reine
d'Angleterre, peindre sur étoffe et sur porcelaine, comme Mme Sardou, la
femme de l'auteur éminent, le faisait avant son mariage, on peut faire
des objets utiles, lors même qu'on n'a pas besoin d'y chercher un gain,
tandis que dans la peinture artistique on n'arrive le plus souvent qu'à
faire des _croûtes_ bonnes à mettre au grenier.