«Au point du jour, le ciel est le plus souvent sans nuages. Le
thermomètre oscille entre 22 et 23 degrés centigrades, ce qui n'est
point une chaleur accablante. La rosée abondante ou la pluie de la
nuit dernière se dissipe bien vite aux rayons ardents d'un soleil qui
se lève en plein orient et monte rapidement au zénith. La nature
entière se réveille; de nouvelles feuilles, de nouvelles fleurs
poussent à vue d'oeil. Où on n'apercevait la veille qu'une masse
informe de verdure, on découvre le lendemain un arbre en fleur, une
cime, un dôme paré de vives couleurs et créé, pour ainsi dire, par la
baguette d'un magicien. Tous les oiseaux renaissent à la vie et à
l'activité. On distingue entre tous le cri aigu du toucan. De petites
bandes de perroquets prennent l'essor. Ils se détachent nettement sur
l'azur du ciel et vont par couples, qui babillent et se suivent à des
intervalles réguliers. À la hauteur où ils se tiennent, on ne
distingue pas l'éclat de leur plumage. Les seuls insectes qui se
montrent en grand nombre sont les fourmis, les termites, des guêpes
qui vivent en société, et des libellules dans les clairières.
«La chaleur augmente avec rapidité jusque vers deux heures après
midi. À cette heure, où la moyenne thermométrique est comprise entre
33 et 34 degrés centigrades, la voix des mammifères et des oiseaux se
tait. Seule la cigale, cachée dans les arbres, fait entendre par
intervalles son aigre fausset. Les feuilles, si humides et si fraîches
à l'aube, deviennent flasques et pendantes; les fleurs perdent leurs
pétales. Les Indiens et les mulâtres, qui habitent des huttes ouvertes
à tous les vents avec un toit de feuilles de palmier, sommeillent dans
leurs hamacs, ou se tiennent du moins assis à l'ombre sur des nattes,
trop affaissés même pour causer. En juin et juillet, on a presque tous
les jours, et d'habitude dans l'après-midi, une forte averse, qui est
la bienvenue à cause de la fraîcheur qu'elle amène. L'approche des
nuages pluvieux est intéressante à observer. La brise de mer, qui
s'est levée vers dix heures et qui a fraîchi à mesure que le soleil
devenait plus fort, tombe et meurt. La chaleur et la tension
électrique de l'atmosphère deviennent presque insupportables. Une
langueur qui dégénère en véritable malaise accable tous les êtres
vivants, jusqu'aux hôtes de la forêt, comme l'atteste la lenteur de
leurs mouvements. Des nuages blancs apparaissent du côté de l'orient,
et se rassemblent par masses dont le bord inférieur est une frange
noire grossissante. Tout à coup l'horizon entier se couvre de ténèbres
qui montent et finissent par obscurcir le soleil. Un violent coup de
vent ébranle alors la forêt et courbe la cime des arbres; puis vient
un éclair éblouissant, un coup de tonnerre et une pluie diluvienne.
Ces orages ne durent point; ils laissent dans le ciel, jusqu'à la
nuit, des nuages immobiles d'un bleu noir. La nature entière est
rafraîchie, mais on voit sous les arbres des monceaux de pétales et de
feuilles. Vers le soir la vie reprend: les chants, les cris, mille
bruits retentissent de plus belle dans les fourrés et les arbres. Le
lendemain matin, le soleil se lève dans un ciel sans nuages, et voilà
le cycle complété: le printemps, l'été et l'automne se sont confondus
dans une seule journée tropicale. Ces journées se ressemblent, avec du
plus ou du moins, d'un bout à l'autre de l'année. Il y a une légère
différence entre la saison sèche et la saison humide; mais en général
la saison sèche, qui dure de juillet en décembre, est entremêlée
d'averses, et la saison humide, qui dure de janvier à juin, de jours
de soleil.»