Mais la _chimie céleste_, dites-vous, depuis quelque temps parvient
par analogie, par conjecture et même par expérience (en admettant que
les pierres _tombantes_, les étoiles filantes décomposées par vos
creusets soient des échantillons du ciel, des composés ignés, des
planètes ambiantes tombées dans notre atmosphère), à analyser les
huit ou dix métaux enflammés qu'elles contiennent, à constater que
leurs matériaux sont les mêmes que ceux de nos volcans, et que les
soleils eux-mêmes brûlent des mêmes éléments que les entrailles de
notre terre!
Comme cette découverte bien contestable retracerait encore le domaine
mystérieux de la science de la matière céleste! Les univers incendiés
ne seraient que les cinq ou six métaux de la fournaise solaire. Quelle
pitié pour la richesse de l'Être Suprême! Vulcain et les cyclopes en
avaient autant.
Quant au mouvement, silence; la science cosmique n'en connaît pas la
cause; un de ces jours elle apportera un nouveau mot qui remplacera
dans un néant de plus la divine, ineffable et constante _volonté_ de
l'auteur des mondes.
Ces adorateurs de la matière ont oublié qu'à côté et au-dessus de la
matière il existe une puissance éternelle, la _pensée_, la pensée
qu'ils reconnaissent en eux et qu'ils se refusent à reconnaître dans
son divin principe, _Dieu_!
La pensée qui a tout _conçu_ avant d'avoir rien créé;
La pensée éternelle du _Cosmos_, qui est _Dieu_!
La _matière_ n'est pas _Dieu_, mais c'est l'esclave organisé dont les
lois éternelles ou périssables sont créées pour recevoir et subir les
lois de Dieu.
Donc la pensée divine qui crée en pensant, et la matière inférieure
qui reçoit et exécute les lois de Dieu:
Voilà les deux éléments dont le _Cosmos_ se compose.
Ils ont oublié la moitié supérieure de l'univers et ils ont dit:
«Voilà du mouvement, voilà de vils éléments matériels en circulation
et en combustion, voilà des balances, voilà des poids dans ces
balances, voilà des pesanteurs et des gravitations! mais voilà tout!
«La volonté divine, nous ne la voyons pas, donc elle n'est pas. Un
géomètre, un physicien plus avancé viendra, qui inventera une nouvelle
puissance matérielle, et un télescope plus parfait nous montrera un
_Cosmos_ plus complet.
«Peut-être, alors, verrons-nous ce rêve sans corps, que vous appelez
Dieu!»
La pensée, cet élément du monde intellectuel, n'existe pas. Le monde
est un monstre sans père ni mère, un effet sans cause!--Allons!--et
ils vont, et ils s'appellent la science!--Quelle science, que la
négation du seul principe qui peut rendre raison de tout!
Moi, je crois que la matière est vile, que la pensée est Dieu, et que
Dieu pensant est tout le Cosmos!
Le véritable télescope de l'homme n'est pas ce tube de bois peint,
multiplicateur de la lumière et abréviateur des distances, placé au
sommet d'un observatoire; le véritable télescope, c'est le bon sens
pieux de l'homme ignorant ou savant, peu importe, au travers duquel il
ne voit pas, mais il conclut Dieu, le régulateur des univers qu'il lui
a plu de créer, et de créer pour leur faire part de son éternité!
Voilà le _Cosmos_ des ignorants, voilà le mien. Je suis sûr que ce
_Cosmos_ m'approche plus de la vérité que celui de M. de Humboldt.