«L'agroupement en constellations nouvelles des étoiles situées près du
pôle antarctique appartient au XVIIe siècle. Le résultat des
observations faites, avec des instruments imparfaits, par les
navigateurs hollandais Petrus Theodori de Emden et Frédéric Houtmann,
qui vécut de 1596 à 1599, à Java et à Sumatra, prisonnier du roi de
Bantam et d'Atschin, a été consigné dans les cartes célestes de
Hondius Bleaw (Jansonius Cæsius) et de Bayer.
«La zone du ciel, située entre 50° et 80° de latitude Sud, où se
pressent en si grand nombre les nébuleuses et les groupes étoiles,
emprunte à la distribution inégale des masses lumineuses un caractère
particulier, un aspect qu'on peut dire pittoresque, un charme infini
dû à l'agroupement des étoiles de première et de seconde grandeur, et
à leur séparation par des régions qui, à l'oeil nu, semblent désertes
et sans lumière. Ces contrastes singuliers, l'éclat plus vif dont
brille la Voie lactée dans plusieurs points de son développement, les
nuées lumineuses et arrondies de Magellan qui décrivent isolément leur
orbite, enfin ces taches sombres, dont la plus grande est si voisine
d'une belle constellation, augmentent la variété du tableau de la
nature et enchaînent l'attention des observateurs émus aux régions
extrêmes qui bornent l'hémisphère méridional de la voûte céleste.
Depuis le commencement du XVIe siècle, l'une de ces régions, par des
circonstances particulières dont quelques-unes tiennent à des
croyances religieuses, a pris de l'importance aux yeux des navigateurs
chrétiens qui parcourent les mers situées sous les tropiques ou
au-delà des tropiques, et des missionnaires qui prêchent le
christianisme dans les deux presqu'îles de l'Inde; c'est la région de
la _Croix du Sud_.
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«Par suite de la rétrogradation des points equinoxiaux, l'aspect du
ciel étoile change sur chaque point de la terre. L'ancienne race
humaine a pu voir se lever dans les hautes régions du Nord les
magnifiques constellations du Midi, qui, longtemps invisibles,
reviendront après des milliers d'années.»
V
L'ère des mathématiciens succéda à l'ère des découvertes
géographiques et à la découverte des télescopes: Kepler, Bacon,
Galilée, Tycho-Brahé, Descartes, Newton, Leibnitz, surgirent.
Copernic, le révélateur du vrai système de l'univers, proclame
hardiment le rôle central du soleil en face des préjugés bibliques et
théologiques, et sous l'autorité morale du pape lui-même.
«L'homme que l'on peut appeler le fondateur du nouveau système du
monde, car à lui appartiennent incontestablement les parties
essentielles de ce système et les traits les plus grandioses du
tableau de l'univers, commande moins encore peut-être l'admiration par
sa science que par son courage et sa confiance. Il méritait bien
l'éloge que lui décerne Kepler, quand, dans son introduction aux
_Tables Rudolphines_, il l'appelle un libre esprit, «_vir fuit maximo
ingenio, et, quod in hoc exercitio_ (c'est-à-dire dans la lutte contre
les préjugés) _magni momenti est, animo liber_.» Lorsque Copernic,
dans sa dédicace au pape, raconte l'histoire de son ouvrage, il
n'hésite pas à traiter de conte absurde la croyance à l'immobilité et
à la position centrale de la terre, croyance répandue généralement
chez les théologiens eux-mêmes. Il attaque sans crainte la stupidité
de ceux qui s'attachent à des opinions aussi fausses. Il dit que «si
jamais d'insignifiants bavards, étrangers à toute connaissance
mathématique, avaient la prétention de porter un jugement sur son
ouvrage, en torturant à dessein quelque passage des saintes Écritures
(_propter aliquem locum Scripturæ male ad suum propositum detortum_),
il méprisera ces vaines attaques. Tout le monde sait, ajoute-t-il, que
le célèbre Lactance, qu'on ne peut prendre à la vérité pour un
mathématicien, a disserté d'une manière puérile sur la forme de la
terre, et s'est raillé de ceux qui la regardaient comme un sphéroïde;
mais, lorsqu'on traite des sujets mathématiques, c'est pour les
mathématiciens qu'il faut écrire. Afin de prouver que, quant à lui,
profondément pénétré de la justesse de ses résultats, il ne redoute
aucun jugement, du coin de terre où il est relégué, il en appelle au
chef de l'Église et lui demande protection contre les injures des
calomniateurs. Il le fait avec d'autant plus de confiance que
l'Église elle-même peut tirer avantage de ses recherches sur la durée
de l'année et sur les mouvements de la lune.» L'astrologie et la
réforme du calendrier furent longtemps seules à protéger l'astronomie
auprès des puissances temporelles et spirituelles, de même que la
chimie et la botanique furent, dans le principe, entièrement au
service de la pharmacologie.
«Le libre et mâle langage de Copernic, témoignage d'une conviction
profonde, contredit assez cette vieille assertion, qu'il aurait donné
le système auquel est attaché son nom immortel, comme une hypothèse
propre à faciliter les calculs de l'astronomie mathématique, mais qui
pouvait bien être sans fondement. «Par aucune autre combinaison,
s'écrie-t-il avec enthousiasme, je n'ai pu trouver une symétrie aussi
admirable dans les diverses parties du grand tout, une union aussi
harmonieuse entre les mouvements des corps célestes, qu'en plaçant le
flambeau du monde (_lucernam mundi_), ce soleil qui gouverne toute la
famille des astres dans leurs évolutions circulaires (_circumagentem
gubernans astrorum familiam_), sur un trône royal, au milieu du temple
de la nature.» L'idée de la gravitation universelle ou de
l'attraction (_appetentia quædam naturalis partibus indita_) qu'exerce
le soleil, comme centre du monde (_centrum mundi_), paraît aussi
s'être présentée à l'esprit de ce grand homme, par induction des
effets de la pesanteur dans les corps sphériques. C'est ce que prouve
un passage remarquable du traité _de Revolutionibus_, au chapitre 9 du
livre premier.»