(Lettre écrite en français.)
Paris, ce 3 juin 1848.
Mon cher et illustre ami,
Mon fils est parti ces jours derniers pour Berlin, en qualité de
ministre plénipotentiaire. Il est parti animé des meilleurs
sentiments, d'idées de paix et de conciliation les plus décidées. Et
voilà qu'aujourd'hui votre chargé d'affaires s'est rendu chez notre
ministre des affaires étrangères, pour lui rendre compte des
_inquiétudes_ que la mission de mon fils a excitées dans votre cabinet
et parmi la population berlinoise. Me voilà bien récompensé, en
vérité, des efforts que j'ai faits, depuis mon arrivée au pouvoir,
pour maintenir la concorde entre les deux gouvernements, pour éloigner
tout prétexte de guerre! À qui persuadera-t-on, qu'animé des
sentiments dont je fais publiquement profession, j'aurais consenti à
laisser investir Emmanuel d'une mission diplomatique importante, s'il
avait été en désaccord avec moi, s'il appartenait à une secte
socialiste hideuse, au _communisme_; car, j'ai honte de le dire, les
accusations ont été jusque la! Au reste, j'en appelle à l'avenir:
toutes les préventions disparaîtront lorsque Emmanuel aura fonctionné.
Votre chargé d'affaires regrettera alors la réclamation intempestive
qu'il a adressée à M. Bastide.
J'ai reçu, mon cher ami, avec bonheur ton aimable lettre. Rien au
monde ne peut m'être plus agréable que d'apprendre que tu me
conserves ton amitié. J'en suis digne par le prix que j'y mets. J'ai
la confiance que ma conduite dans les trois derniers mois (j'ai
presque dit dans les trois derniers _siècles_) ne doit me rien faire
perdre dans ton esprit.
Tout à toi de coeur et d'âme,