VII

Débarqué à Cumana et recueilli par les métis espagnols, avec

l'empressement que les Européens dépaysés témoignent à leurs

compatriotes de notre hémisphère, il se hâta de faire une excursion

passagère dans les pays voisins. Il reçut l'hospitalité dans des

couvents de missionnaires indiens; il les décrit avec amour:

«Le 12 août, dit-il, après une longue ascension, les voyageurs

atteignirent le siége principal de la mission, le couvent de Caripe,

où Humboldt passa ces belles nuits de calme et de silence qui, dans

ses années de vieillesse, revenaient encore à sa pensée. «Rien,

disait-il, n'est comparable à l'impression de calme profond que

produit la contemplation d'un ciel étoile dans ces solitudes.»--«Là,

quand, à l'approche de la nuit, il jetait les yeux sur la vallée qui

bornait l'horizon, sur ce plateau couvert de gazon et doucement

ondulé, il croyait voir la voûte étoilée du ciel supportée par la

plaine de l'Océan. L'arbre sous l'ombre duquel il était assis, les

insectes reluisants qui voltigeaient dans l'air, les constellations

qui brillaient vers le Sud, tout lui rappelait vivement l'éloignement

de la patrie, et, lorsque, au milieu de cette nature étrangère,

s'élevait tout à coup du sein de la vallée le bruit du grelot d'une

vache ou le mugissement d'un taureau, la pensée se reportait aussitôt

vers le sol natal. Humboldt consacra là de saints loisirs au souvenir

de la patrie.»

Il étudia tout en marchant les phénomènes locaux nouveaux pour lui,

hauteur des montagnes, moeurs des Indiens demi-civilisés par les

moines; volcans, tremblements de terre, grottes, forêts, et revint à

Cumana sans avoir fait aucune découverte.

De Cumana, une barque le transporta à Caracas; il gravit le sommet peu

accessible du Silosa avec un vieux moine, professeur de mathématiques

à Caracas. Il le mesure, et en général son voyage ressemble beaucoup

à une visite d'amateur dans un cabinet de physique. La pompe des noms

relève l'inanité des découvertes: _major e longinquo_, c'est son seul

résultat. Il remonte l'Orénoque sur une barque indienne jusqu'aux

cataractes d'Aturès. Ses plus grands dangers furent les Mosquitos.

Revenu à Cuba, il y passe plusieurs mois en repos et expédie en Europe

les premiers fruits de ses courses. Un navire espagnol le transporte à

Carthagène et à Bogota. Neuf mois passés dans ces régions sont

employés par Bonpland à herboriser, par Humboldt à mesurer et à

décrire. Il franchit ensuite le Chimborazo, séjourne à Quito, franchit

les Andes, revient au Pérou, visite les mines d'argent, parcourt le

Mexique, s'extasie devant Mexico, véritable capitale de l'Europe

transplantée en Amérique. Il revient encore une fois à la Havane,

renonce à d'autres excursions sur le continent américain, se rembarque

et rentre à Bordeaux, ne rapportant de ce voyage soi-disant autour du

monde que quelques calculs trigonométriques vulgaires, quelques études

insignifiantes sur des phénomènes étudiés mille fois avant lui, et

quelques phrases prétentieuses où la légèreté des aperçus et la

brièveté des excursions étaient déguisées avec art par la sonorité

grandiose des mots.

Cours familier de Littérature - Volume 19 · 第 52 / 140 题