I
Je vais aujourd'hui vous entretenir d'un livre séculaire, le _Cosmos_,
de M. de Humboldt. _Cosmos_ veut dire l'_univers_, le _monde_, le
_tout_. Je me suis dit, en ouvrant ce procès-verbal de la science
universelle: Enfin je vais tout savoir. Je rends grâce au ciel de
m'avoir fait vivre jusqu'à ce jour, où, par la main d'un grand homme,
le voile du sanctuaire a été déchiré et les secrets de Dieu révélés au
grand jour, car cet homme, enflammé d'une si immense ambition, cet
homme dont le nom retentit depuis ma naissance dans le monde lettré,
cet homme devant qui les savants de tous les pays s'inclinent en lui
rendant hommage, ne peut pas être un homme ordinaire, un jongleur, un
charlatan, un joueur de gobelets pleins de vide, un nomenclateur
spirituel prenant les noms pour des choses; il doit savoir mieux que
moi qu'un dictionnaire n'est pas un livre, qu'un procès-verbal n'est
pas une logique, qu'en nommant les phénomènes on ne les définit pas,
qu'on recule la difficulté sans la résoudre par des dénominations
savantes, et qu'en réalité la vraie science ne consiste pas à
_connaître_, mais à _comprendre_ l'oeuvre du Créateur. Je vais donc
lire, je comprendrai davantage après avoir lu cette magnifique
_théologie naturelle_ de la science par laquelle l'auteur des choses
permet à ses créatures d'élite telles que Newton, Leibniz, les deux
Herschel, d'admirer sa puissance et de conjecturer sa sagesse par la
perception plus claire de ses magnificences infinies; le doigt savant
de l'enthousiasme va m'approcher de lui, et je dirai, quoique
ignorant, l'hosanna de la science, les premiers versets du moins de
l'hymne à l'infini.
J'achetai les quatre volumes du prophète scientifique de Berlin, et je
passai quatre mois de l'été à lire. Je vous dirai plus loin ce que
j'éprouvai après avoir lu.
Mais, avant, disons ce que c'était que M. de Humboldt. L'homme sert
beaucoup à expliquer le livre.