IV

Consalvi partit pour Rome trois jours après cette épineuse

négociation. Le concordat y fut accepté, et son crédit sur le pape

s'accrut de sa fermeté envers le premier consul. Nul ne songea à lui

contester le titre de ministre pacificateur de l'Église. Marengo avait

en un jour reconquis l'Italie. Les vingt-cinq jours du voyage

désespéré de Consalvi avaient reconquis l'Europe à l'Église. Il envoya

le cardinal Caprara à Paris et passa à d'autres affaires. Mais il

était maître du pape par l'amitié, maître du premier consul par son

génie de conciliation. Bonaparte sentit l'utilité pour lui d'avoir le

coeur du pape dans les mains d'un tel homme.

V

Le cardinal pouvait, depuis cette époque, être considéré comme le

favori du vertueux pontife Pie VII, non pas favori du caprice ou de la

flatterie, mais favori de conscience et de raison. Toute cette

première partie du pontificat ne fut qu'une longue et difficile

diplomatie entre les exigences injurieuses et les prétentions

menaçantes de l'empire et la faiblesse consciencieuse du pape. Le

choix que l'amitié lui avait suggéré au conclave de Venise était

devenu le choix de sa politique. Il lui fallait un homme mixte, mêlé

de sacerdoce et de monde, aussi capable de ménager la vertu

scrupuleuse du pape, sincèrement religieux, que de concéder au pouvoir

dominateur et absolu de l'empire et du conquérant ce que Dieu lui-même

commande à ses ministres de céder à ceux auxquels il donne l'autorité

irrésistible du champ de bataille.

Cours familier de Littérature - Volume 19 · 第 22 / 140 题