m'en fais souvenir, mon père: je m'en vais mener boire mes chèvres,
dit-il. Elles ont soif à cette heure, et attendent pour aller boire le
son de ma flûte, et je suis assis à ne rien faire.» Chacun se prit à
rire de voir Daphnis qui, devenu maître, vouloit être encore chevrier.
On envoya quelque autre avoir soin de ses chèvres, et puis ils
sacrifièrent à Jupiter Sauveur et firent un grand festin. Gnathon seul
n'osa s'y trouver, mais
[Pg 150]
demeuroit jour et nuit dans le temple de Bacchus, comme un suppliant,
pour la peur qu'il avoit de Daphnis.
Le bruit incontinent s'étant épandu par-tout que Dionysophane avoit
retrouvé un sien fils, et que Daphnis, qui menoit les chèvres aux
champs, étoit devenu le maître et des chèvres et des champs, les
voisins paysans accoururent de toutes parts pour se conjouir avec
lui et faire des présents à son père, et Dryas tout des premiers, le
nourricier de Chloé. Dionysophane les retint tous pour la fête, ayant
fait d'avance préparer force pain, force vin, du gibier de toute sorte,
des gâteaux au miel à foison, veaux et petits cochons de lait, et
victimes à immoler aux Dieux protecteurs du pays.
Et lors Daphnis amassa tous ses meubles de chevrier, dont il fit
présent aux Dieux, consacrant sa panetière et sa peau de chèvre à
Bacchus, à Pan sa flûte, sa houlette aux Nymphes avec ses sebiles à
traire qu'il avoit lui-même faites. Mais, tant est plus douce que
richesse une première accoutumance, il ne pouvoit sans pleurer laisser
aucune de ces choses. Il ne suspendit ses sebiles qu'après y avoir
trait ses chèvres, ni ne donna sa flûte à Pan, qu'il n'en eût
[Pg 151]
joué encore une fois, ni sa peau de chèvre à Bacchus, qu'après
se l'être vêtue, et chaque chose qu'il donnoit, il la baisoit
premièrement. Il dit adieu à ses chèvres; il appela ses bouquins l'un
après lautre par leur nom; et but aussi à la fontaine où tant de fois
il avoit bu avec sa Chloé; mais il n'osoit encore parler de leurs
amours.
Or cependant qu'il entendoit aux offrandes et sacrifices, voici qu'il
avint de Chloé. Seulette aux champs, elle étoit assise à garder ses
moutons, disant comme pauvre délaissée: «Daphnis m'oublie; maintenant
il songe à quelque riche mariage. Pourquoi lui ai-je fait jurer, au
lieu des Nymphes, ses chèvres? Il les a oubliées aussi, et même, en
sacrifiant aux Nymphes et à Pan, n'a point désiré voir Chloé. Il
aura trouvé chez sa mère les servantes même plus belles. Adieu donc,
Daphnis. Sois heureux; mais moi, je ne sçaurois plus vivre.»
Elle étant en cette rêverie, le bouvier Lampis, aidé de quelques autres
paysans, la vint enlever, croyant que Daphnis ne devoit plus l'épouser,
et que Dryas, quand une fois elle seroit entre ses mains, consentiroit
qu'elle lui demeurât. La pauvrette, comme on l'emportoit, crioit tant
[Pg 152]
qu'elle pouvoit, et quelqu'un qui vit cette violence s'en courut
avertir Napé, et elle Dryas, et Dryas Daphnis, lequel à peine qu'il ne
sortit du sens, n'osant recourir à son père, et ne pouvant néanmoins
laisser Chloé sans secours. Si s'en alla dans le jardin, et là faisoit
ses plaintes tout seul: «O malheureux que je suis d'avoir retrouvé mes
parents! Combien m'eût été meilleur de garder toujours les bêtes aux
champs! Combien plus étois-je content quand j'étois serf avec Chloé!
Alors je la voyois; alors je la baisois: et maintenant Lampis l'a ravie
et s'en va avec; et quand la nuit sera venue, il couchera avec elle,
pendant que je suis ici à boire et faire bonne chère. J'ai donc en vain
juré mes chèvres, le dieu Pan et les Nymphes.»
Or Gnathon, qui étoit caché dedans la chapelle du verger, entendit
clairement ces complaintes de Daphnis, et, pensant que c'étoit une
bonne occasion pour faire sa paix avec lui, prit quelques jeunes valets
d'Astyle, et s'en alla après Dryas, lui disant qu'il les conduisît en
la maison de Lampis, ce qu'il fit; et diligentèrent si bien, qu'ils
surprirent Lampis ainsi comme il ne faisoit que d'entrer en son logis
avec Chloé,
[Pg 153]
laquelle il lui ôta d'entre les mains à force, et dola très bien les
épaules de tous les rustauts qui lui avoient aidé à faire ce rapt, à
grands coups de bâton; puis voulut prendre et lier Lampis pour l'amener
prisonnier; mais il se sauva de vitesse.
Gnathon, ayant fait un tel exploit, s'en retourna qu'il étoit jà nuit
toute noire, et trouva Dionysophane jà couché en son lit dormant. Mais
le pauvre Daphnis veilloit, et étoit encore dedans le verger, où il
se déconfortoit et pleurait: si lui amena Chloé, et, la lui livrant
entre ses mains, lui conta comme il avoit fait, le priant de ne se
vouloir souvenir en rien du passé, mais l'avoir pour sien serviteur,
ni le débouter de sa table, sans laquelle il lui seroit force de
mourir de male faim. Daphnis, voyant Chloé, la tenant de Gnathon, fut
facile à faire appointement avec lui, et envers elle s'excusa de ce
qu'il pouvoit sembler l'avoir oubliée: et, de commun consentement,
furent d'avis de ne point encore déclarer leur mariage; que Daphnis
continuerait de voir Chloé en secret, et ne découvrirait son amour qu'à
sa mère. Mais Dryas ne le permit point, ains le voulut dire lui-même au
père de Daphnis, se faisant fort de lui faire bien accorder. Si prit le
lendemain, aussitôt qu'il
[Pg 154]
fut jour, les enseignes de reconnoissance qu'il avoit trouvées avec
Chloé, et s'en alla devers Dionysophane, qu'il trouva dans le verger,
assis avec Cléariste et leurs deux enfants Astyle et Daphnis: si leur
commença à dire: «Même nécessité me contraint de vous déclarer un
secret tout pareil à celui de Lamon, c'est que je n'ai engendré ni
nourri le premier cette jeune fille Chloé. Autre que moi l'a engendrée;
une brebis l'a allaitée dedans la caverne des Nymphes. Je la vis;
ébahi, je la pris, l'emportai, et depuis l'ai nourrie et élevée. Sa
beauté même le témoigne, car elle ne tient en rien de nous; aussi font
les marques et enseignes que je trouvai avec elle, plus riches que
ne porte l'état d'un pauvre pâtre. Voyez-les, et puis cherchez ses
vrais parents, si à l'aventure elle seroit point sortable pour femme à
Daphnis.»
Dryas ne jeta point sans dessin cette parole, ni Dionysophane ne
la reçut en vain; mais, prenant garde au visage de Daphnis, et le
voyant changer de couleur et se détourner pour pleurer, connut bien
incontinent qu'il y avoit des amourettes entre eux deux; et, étant
soigneux de son fils plus que de la fille d'autrui, examina
[Pg 155]
le plus diligemment qu'il put la parole de Dryas: et, quand encore il
eut vu les marques de reconnoissance qui avoient été exposées avec
elle, c'est à sçavoir des patins dorés, des chausses brodées, et une
coiffe d'or, adonc appela-t-il Chloé, et lui dit qu'elle fît bonne
chère, pour ce que jà elle avoit trouvé un mari, et bientôt après
trouveroit son père et sa mère.
Cléariste dès-lors la prit avec elle, la vêtit et accoutra comme femme
de son fils. Mais Dionysophane appela Daphnis à part, et lui demanda si
elle étoit encore pucelle. Daphnis lui jura qu'elle ne lui avoit rien
été de plus près que du baiser, et du serment par lequel ils avoient
promis mariage l'un à l'autre. Dionysophane se prit à rire de ce
serment, et les fit tous deux dîner avec lui.
Là eût-on pu voir ce que c'est qu'ornement à naturelle beauté; car
Chloé, vêtue et coiffée, bien que de sa simple chevelure, et ayant lavé
son visage, sembla à chacun si belle par-dessus le passé, que Daphnis
même à peine la reconnoissoit; et quiconque l'eût vue en tel état,
n'eût point fait doute d'affirmer par serment qu'elle n'étoit point
fille de Dryas, lequel toutefois étoit à table comme les autres avec sa
femme
[Pg 156]
Napé, et Lamon et Myrtale aussi, tous quatre sur un même lit.
Quelques jours après on fit derechef des sacrifices aux Dieux pour
l'amour de Chloé, comme l'on avoit fait pour Daphnis, et fit-on
semblablement le festin de sa reconnoissance; et elle de son côté
distribua ses meubles de bergerie aux Dieux, sa panetière, sa flûte, et
les tirouers où elle tiroit les brebis, et épandit dedans la fontaine
qui étoit en la caverne des Nymphes, du vin, à cause qu'elle avoit été
trouvée et nourrie auprès d'icelle fontaine; et sema de chapelets et
bouquets de fleurs la sépulture de la brebis, que Dryas lui enseigna,
et joua encore de sa flûte pour réjouir ses brebis, faisant prière aux
Nymphes que ceux qui seroient trouvés ses naturels parents fussent
dignes d'être alliés de Daphnis.
Après qu'ils eurent fait assez de fêtes et de bonne chère aux champs,
ils délibérèrent de s'en retourner à la ville, afin de chercher les
parents de Chloé, pour ne différer plus les noces: par quoi, dès le
matin, firent trousser tout leur bagage, et donnèrent à Dryas encore
autres trois cents écus, et à Lamon la moitié des fruits de toutes les
terres et vignes qu'il tenoit, les chèvres avec leurs chevriers, quatre
paires
[Pg 157]
de bœufs, des robes fourrées pour l'hiver, et, par-dessus tout cela, la
liberté à lui et sa femme Myrtale, puis cheminèrent vers Mitylène, avec
grand train de chevaux et de chariots.
Or, ce jour-là, pource qu'ils arrivèrent le soir bien tard, les autres
citoyens de la ville n'en sçurent rien: mais, le lendemain au plus
matin, le bruit en étant couru partout, il s'assembla au logis de
Dionysophane grande multitude d'hommes et de femmes; les hommes pour
s'éjouir avec le père de ce qu'il avoit retrouvé son fils, mêmement
après qu'ils eurent vu comme il étoit beau et gentil; et les femmes,
pour s'éjouir aussi avec Cléariste de ce que non seulement elle avoit
recouvré son fils, mais aussi trouvé une fille digne d'être sa femme;
car Chloé les étonna toutes, quand elles virent en elle une si parfaite
beauté qu'il n'étoit possible d'en voir une plus belle. Brief, toute
la ville ne parloit d'autre chose que de ce jeune fils et de cette
jeune fille, et disoit chacun que l'on n'eût sçu choisir une plus belle
couple: si prioient tous aux Dieux que la parenté de la fille fût
trouvée correspondante à sa beauté. Il y eut plusieurs femmes de riches
maisons qui souhaitèrent en elles-mêmes et dirent:
[Pg 158]
«Plût aux Dieux que l'on pensât assurément qu'elle fût ma fille!»
Mais Dionysophane, après avoir quelque temps pensé à cette affaire,
s'endormit sur le matin profondément; et en dormant lui vint un songe:
il lui fut avis que les Nymphes prioient Amour de parfaire et accomplir
à la fin le mariage qu'il leur avoit promis; et qu'Amour, détendant
son petit arc, et le jetant en arrière auprès de son carquois,
commanda à Dionysophane qu'il envoyât le lendemain semondre tous les
premiers personnages de la ville pour venir souper en son logis; et
qu'au dernier cratère, il fît apporter sur table les enseignes de
reconnoissance qui avoient été trouvées avec Chloé, et qu'il les
montrât à tous les conviés: puis, cela fait, qu'ils chantassent la
chanson nuptiale d'hyménée.
Dionysophane, ayant eu cette vision en dormant, se leva de bon matin,
et commanda à ses gens que l'on préparât un beau festin, où il y eût de
toutes les plus délicates viandes que l'on trouve, tant en terre qu'en
mer, ès lacs et ès rivières, envoya quant et quant prier de souper chez
lui tous les plus apparents de la ville.
Quand la nuit fut venue, et le cratère empli pour les libations à
Mercure, lors un
[Pg 159]
serviteur de la maison apporta dedans un bassin d'argent ces enseignes,
et les montra de rang à chacun des conviés. Il n'y eut personne
des autres qui les reconnût, fors un nommé Mégaclès, qui, pour sa
vieillesse, étoit au bout de la table, lequel, sitôt qu'il les aperçut,
les reconnut incontinent, et s'écria tout haut: «O Dieux! que vois-je
là! Ma pauvre fille, qu'es-tu devenue? es-tu en vie? ou si quelque
pasteur a enlevé ces enseignes qu'il aura par fortune trouvées en son
chemin? Je te prie, Dionysophane, de me dire dont tu les as recouvrées:
n'aye point d'envie que je recouvre ma fille comme tu as recouvré
Daphnis.»
Dionysophane voulut premièrement qu'il contât devant la compagnie
comment il avoit fait exposer son enfant. Adonc Mégaclès, d'une voix
encore toute émue: «Je me trouvai, dit-il, long-temps y a, quasi sans
bien, pource que j'avois dépendu tout le mien à faire jouer des jeux
publics, et à faire équiper des navires de guerre; et, lorsque cette
perte m'advint, il me naquit une fille, laquelle je ne voulus point
nourrir en la pauvreté où j'étois, et pourtant la fis exposer avec ces
marques de reconnoissance, sçachant
[Pg 160]
qu'il y a plusieurs gens qui, ne pouvant avoir des enfants naturels,
désirent être pères en cette sorte, à tout le moins d'enfants trouvés.
L'enfant fut portée en la caverne des Nymphes, et laissée en la
protection et sauve-garde d'icelles. Depuis, les biens me sont venus
par chacun jour en grande affluence, et si n'avois nul héritier à qui
je les pusse laisser; car depuis je n'ai pas eu l'heur de pouvoir avoir
une fille seulement: mais les Dieux, comme s'ils se vouloient mocquer
de moi, m'envoyent souvent des songes, lesquels me promettent qu'une
brebis me fera père.»
Dionysophane, à ce mot, s'écria encore plus fort que n'avoit fait
Mégaclès, et, se levant de la table, alla quérir Chloé, qu'il amena
vêtue et accoutrée fort honnêtement; et la mettant entre les mains de
Mégaclès, lui dit; «Voici l'enfant que tu as fait exposer, Mégaclès;
une brebis, par la providence des Dieux, te l'a nourrie, comme une
chèvre m'a nourri Daphnis. Prends-la avec ces enseignes, et, la
prenant, rebaille-la en mariage à Daphnis. Nous les avons tous deux
exposés, et tous deux les avons retrouvés: ils ont été tous deux
nourris ensemble, et tout de même ont
[Pg 161]
été préservés par les Nymphes, par le dieu Pan, et par Amour.»
Mégaclès s'y accorda incontinent, et envoya quérir sa femme, qui avoit
nom Rhodé, tenant cependant toujours sa fille Chloé entre ses bras;
et demeurèrent tous deux chez Dionysophane au coucher, pource que
Daphnis avoit juré qu'il ne souffrirait emmener Chloé à personne, non
pas à son propre père. Et le lendemain au matin ils prièrent tous les
deux leurs pères et mères qu'ils leur permissent de s'en retourner aux
champs, parce qu'ils ne se pouvoient accoutumer aux façons de faire
de la ville, et aussi qu'ils vouloient faire des noces pastorales;
ce qui leur fut permis. Si s'en retournèrent au logis de Lamon, et
présentèrent au bon homme Mégaclès le nourricier de Chloé, Dryas, et sa
femme Napé à la mère Rhodé.
Le festin nuptial fut somptueusement préparé, et Mégaclès derechef
dévoua sa fille Chloé aux Nymphes; et, outre plusieurs autres
offrandes, leur donna les enseignes auxquelles elle avoit été reconnue,
et donna encore bonne somme d'argent à Dryas.
Dionysophane, pour ce que le jour étoit beau et serein, fit dresser
dedans l'antre
[Pg 162]
même des Nymphes des tables avec des lits de verte ramée, où prirent
place tous les paysans de là alentour. Lamon et Myrtale y étoient,
Dryas et Napé, les parents de Dorcon, les enfants de Philétas, Chromis
et Lycenion. Lampis même y vint, après qu'on lui eut pardonné: et là,
comme entre villageois, tout s'y disoit et faisoit à la villageoise;
l'un chantoit les chansons que chantent les moissonneurs au temps des
moissons, l'autre disoit des brocards qu'on a accoutumé de dire en
foulant la vendange. Philétas joua de sa flûte, Lampis du flageolet, et
cependant Daphnis et Chloé se baisoient l'un l'autre.
Les chèvres mêmes paissoient là auprès comme si elles eussent été
participantes de la bonne chère des noces, ce qui ne plaisoit pas à
ceux venus de la ville; et Daphnis, en appelant aucunes par leurs
propres noms, leur donnoit de la feuillée verde à brouter, et, les
prenant par les cornes, les baisoit. Et non pas lors seulement, mais en
tout le reste de leur vie, passèrent le plus du temps et la meilleure
partie de leurs jours en état de pasteurs; car ils acquirent force
troupeaux de chèvres et de brebis, eurent toujours en singulière
révérence les Nymphes et le dieu Pan, et ne trouvèrent point, à
[Pg 163]
leur goût, de meilleure viande ni plus savoureuse nourriture que du
fruit et du lait; et qui plus est, firent téter à leur premier enfant,
qui fut un fils, une chèvre; et au second, qui fut une fille, firent
prendre le pis d'une brebis, et le nommèrent Philopœmen, et la fille
Agélée; et ainsi vécurent aux champs longues années en grand soulas.
Ils eurent soin aussi de faire honorablement accoutrer la caverne des
Nymphes, y dédièrent de belles images, et y édifièrent un autel d'Amour
Pastoral; et à Pan, au lieu qu'il étoit à découvert sous le pin, firent
faire un temple qu'ils appelèrent le temple de Pan le Guerroyeur.
Tout cela fut long-temps après; mais pour lors, quand la nuit fut
venue, tout le monde les convoya jusqu'en leur chambre nuptiale, les
uns jouant de la flûte, les autres du flageolet, et aucuns portant
des fallots et flambeaux allumés devant eux; puis, quand ils furent à
l'huis de la chambre, commencèrent à chanter Hyménée d'une voix rude
et âpre, comme si avec une marre ou un pic ils eussent voulu fendre la
terre.
Cependant Daphnis et Chloé se couchèrent nuds dans le lit, là où ils
s'entre-baisèrent et s'entre-embrassèrent sans clore l'œil de toute la
nuit, non plus que chats-huants;
[Pg 164]
et fit alors Daphnis ce que Lycenion lui avoit appris, à quoi Chloé
connut bien que ce qu'ils faisoient paravant dedans les bois et emmi
les champs n'étoit que jeux de petits enfants.
FIN DU LIVRE IV ET DERNIER.
* * * * *
[Pg 165]
GLOSSAIRE-INDEX.
_A quoi_, pour quoi. «A quoi faire nous entre-cherchons-nous?» P. 58.
_Abrit_, abri.
_Accomparer_, comparer.
_Adonc_, alors, donc.
_Affection_, envie, désir. P. 129.
_Affié (?)_ «Que j'ai planté moi-même, affié, accoutré...» P. 52. Je ne
connais ce mot qu'avec le sens d'_affirmer, assurer, promettre_.
_Ains_, mais, mais au contraire.
AMOUR. Ce dieu, fils de Mars et de Vénus, était représenté sous la
figure d'un enfant aveugle, ailé, armé d'un arc et de flèches.
ANCHISE, prince troyen, plut à Vénus, comme le dit notre livre (p.
143). De leur commerce résulta le pieux Enée.
_Aorner_, orner, décorer.
APOLLON, fils de Jupiter et de Latone, dieu du soleil, des arts, des
lettres, de la médecine, fut exilé sur la terre à la suite d'une
querelle avec le maître des dieux; il y fut berger, maçon, etc. Il y
fit bien des victimes parmi le beau sexe. Quant à ce que dit de lui cet
affreux Gnathon (p. 143),
[Pg 166]
il est permis de croire que c'est un fait controuvé, invoqué en faveur
d'une mauvaise cause.
_Appointement_, réconciliation.
ARIANE, fille de Minos et de Pasiphaé, devint, après bien des malheurs,
l'épouse de Bacchus.
_Arondelle_, hirondelle.
_Assurer (s')_, prendre courage, devenir plus hardi, se rassurer.
_Aucune fois_, quelquefois.
_Avenir_, advenir. «Voici qu'il avint.» P. 151.
_Avenir_, atteindre. «Les plus basses branches des vignes où elle
pouvoit avenir.» P. 50. Ce mot me paraît se rapprocher du verbe
_aveindre_.
_Aventure_, hasard,--_à l'aventure_, peut-être, par
hasard.--_d'aventure_, par hasard.
BACCHANTES, femmes qui célébraient le culte de Bacchus.
BACCHUS, dieu du vin, fils de Jupiter et de Sémélé. Notre livre
indique, p. 127, la plupart de ses hauts faits: sa naissance, son
union avec Ariane, sa conquête de l'Inde, la punition infligée à ceux
qui s'opposèrent à l'établissement de son culte, Penthée, Lycurgue de
Thrace, etc.
_Bagues_, vêtements, linge, bagages.
_Bailler_, donner.
_Baller_, danser.
_Belin_, bélier.
_Boucquin, bouquin_, bouc.
_Bramer_, crier. Ne se dit ordinairement que du cerf en rut.
BRANCHUS, mentionné page 143. V. APOLLON.
_Brief_, bref, adv.
_Bruit_, réputation, renommée. «Il avoit le bruit d'être homme de
grande foi et loyauté.» P. 65.
_Cabasset_, espèce de morion ou petit casque. (_Dict. de l'Acad._)
_Canne_, roseau. «Flûte à sept cannes.» P. 75.
[Pg 167]
_Capitainesse_, la galère montée par le capitaine ou chef de
l'expédition.
CARIE, ancienne contrée de l'Asie Mineure, bornée au sud par la
Méditerranée.
_Celle_, cette. «A celle fin de la faire accorder.» P. 114.
_Chanter_, s. m., chant, action de chanter.
_Chapelet_, petit chapeau, couronne. «Chapelets de fleurs nouvelles.»
P. 28.
_Chère_, mine, visage.
_Comme_, comment.
_Complaindre (se)_, se plaindre, se lamenter.
_Complaintes_, plaintes, lamentations.
_Conforter_, consoler, encourager.
_Corselet_, cuirasse légère.
_Cosser_, se heurter de la tête. «Deux boucs cossant l'un contre
l'autre.» P. 23.
_Cratère_, espèce de tasse à boire, en usage chez les anciens. «Et le
cratère empli pour les libations à Mercure.» P. 158.
_Croisée_, carrefour, lieu où se croisent deux chemins. «A la croisée
de deux allées.» P. 127.
_Crouler_ un arbre, le secouer pour en faire tomber le fruit.
_Cuider_, croire.
_Cuider_, manquer, être sur le point de... «Dryas lui cuida presque
accorder le mariage.» P. 33.
_Daguet_, se dit d'un jeune cerf qui est à sa première tête, qui pousse
son premier bois. Ici on le dit d'un chevreau. P. 58.
_Dea_, exclamation. Dieu! oui-da!
_Décerner_, employé dans un sens inusité. «Décernèrent sur-le-champ la
guerre.» P. 68.
_Déchaux_, pieds-nus. P. 45.
_Délibérer_, décider. «Si délibéra de se laver.» p. 24.
_Demeurance_, demeure, habitation.
[Pg 168]
_Départir (se)_, se séparer de, quitter. «Se départit d'avec eux.» P.
58.
_Dépendre_, dépenser. «Pour ce que j'avois dépendu tout le mien.» P.
159.
_Déplaisant_, contrarié, affligé. «Chloé en étoit fort déplaisante.» P.
113.
_Diffamer_, déshonorer, gâter. P. 131.
_Doler_, aplatir, unir comme avec une doloire? «Et dola très-bien les
épaules de tous les rustauts.» P. 153.
_Dont_, d'où. P. 159.
ÉCHO, nymphe, fille de l'Air et de la Terre. Son histoire, telle
qu'elle est racontée page 110, s'écarte beaucoup de la version
ordinaire.
_Éclisses_, ronds d'osier ou de jonc sur lesquels on met égoutter le
lait caillé pour en faire des fromages.
_Éjouir (s')_, se réjouir.
_Emmi_, parmi, au milieu de.
_Empêcher_, occuper, embarrasser. «Si qu'il ne fut plus besoin d'en
empêcher tant de gens.» P. 51.
_Engarder_, préserver, garder.
_Ensuivant_, qui suit. «La nuit ensuivante.» P. 116.
_Entendre à_, être occupé à, attentif à. «Napé entendoit à cuire le
pain.» P. 98.
_Entour_, aux environs.
_Ès_, dans les. «Ès lacs et ès rivières.» P. 158.
_Étriver_, lutter. «Lequel étrivoit à chanter à l'encontre d'elle.» P.
42
_Facture_, façon, fabrication. «Les plantes et les arbres sont de sa
facture. >» P. 57.
_Feindre_, hésiter, reculer. «Ne feignoit de la baiser.» P. 122. De là
peut venir le mot populaire _feignant_, plutôt que du mot _fainéant_.
_Feuillade, Feuillée_, branches feuillues.
_Fiance_, foi, confiance. «Un dieu volage auquel n'y a point de
fiance.» P. 87.
[Pg 169]
_Finablement_, finalement.
_Finer_, obtenir, se procurer. «Le plus long qu'ils purent finer.» P.
63.--«A peine pourroit un chevrier finer autant de noisettes.» P. 121.
_Force (prendre à)_, violer.
_Fors_, excepté, hormis.
_Fouaces_, sorte de pain ou de gâteau.
_Fouteau_, hêtre.
_Frisser (?)_ «Frissoit après le baiser.» P. 101.
_Fûte_, navire.
_Fy_, foi. «Ma fy.» P. 29.
GANIMÈDE, jeune prince, fils d'un roi de Troie, fut enlevé par
l'aigle de Jupiter pour remplacer Hébé comme échanson des dieux,
_Garçonnet_, petit garçon.
_Gât_, dégât, dommage.
_Gente_, gentille.
_Halbrans_, jeunes canards sauvages.
_Haute heure (à)_, tard dans la matinée; vers midi.
_Heur_, bonheur.
_Hocqueton_, hoqueton, sorte de casaque.
_Huis_, porte.
_Hure_, est dit ici de la peau de la tête d'un loup (p. 34). Se dit
plus ordinairement de la tête d'un sanglier.
_Hyacinthe_. L'hyacinthe à fleur noire dont il est parlé ici (p. 30)
est actuellement, si je ne me trompe, inconnue aux horticulteurs.
Peut-être nos jacinthes n'ont-elles rien de commun avec l'hyacinthe des
anciens.
_Hyménée_, fils de Bacchus et de Vénus, présidait au mariage.
_Icelle_, cette, celle dont il a déjà été question. «L'enfant fut porté
en la caverne des Nymphes, et laissé en la protection d'icelles.» P.
160.
INDIENS. V. BACCHUS.
[Pg 170]
_Ire_, colère.
ITYS, fils de Térée et de Progné. Sa mère le fit manger à Térée pour se
venger de ce qu'il avait violé Philomèle. Homère raconte cette histoire
d'une autre façon.
_Jà_, déjà, certainement. «L'un pensoit être jà blessé.» P. 74.
_Jonchée_, sorte de fromage. «La jonchée du lait de ses brebis.» P. 31.
JUPITER, père et maître des dieux.
_Là_, dans le cas. «Et là où elle te fera faute.» P. 87.
LAOMÉDON, roi de Troie, célèbre par sa mauvaise foi. Apollon garda ses
troupeaux.
_Léans_, là-dedans.
LESBOS, aujourd'hui Metelin, île de la mer Egée, sur la côte d'Asie.
Ses principales villes étaient Mitylène, Méthymne et Lesbos.
_Liesse_, joie.