M. DE LAMARZELLE.--Que s’est-il passé? Puisque l’immeuble a été
laissé dans cet état de délabrement, l’État a voulu donner à l’hôtel
Biron sa destination légale; il s’est alors trouvé en présence des
locataires admis par le liquidateur de la Congrégation, à savoir: une
actrice, Mlle Jeanne Bloch; un acteur, M. de Max; enfin, M. Auguste
Rodin, le sculpteur illustre que l’on a célébré tout à l’heure. Il ne
fut pas difficile à l’État d’expulser Mlle Jeanne Bloch; M. de Max
fit plus de difficultés; quant à M. Rodin, je cite ici M. Jules-Louis
Breton:
«Quand il fallut s’attaquer à M. Rodin, ce fut, cette fois,
matériellement impossible, l’Administration des Beaux-Arts n’ayant pu,
malgré ses longs et louables efforts, arriver à le faire consentir à
déménager.»
L’État fit donc de louables efforts, comme vous le voyez, pour exécuter
la loi; mais Rodin est un homme au-dessus des lois. Si, au lieu
d’un locataire, il s’était agi d’expulser un propriétaire et si ce
propriétaire avait été de ceux dont il était question tout à l’heure
et dont je ne voulais pas parler, oh! alors, on aurait trouvé moyen
d’exécuter la volonté du législateur et d’invoquer «les justes lois».
M. Rodin est une puissance, un dieu que vous avez entendu éloquemment
célébrer tout à l’heure par l’honorable M. Lintilhac!
On ne l’a pas expulsé, cependant, et cette situation a duré cinq ans; en
sorte que le projet de loi en ce moment soumis à votre examen constitue
ce que M. Jules-Louis Breton a appelé très bien: la solution élégante de
cette question très épineuse. (_Très bien! à droite._)
La solution élégante, vous la voyez: Rodin se dresse contre la loi; il
ne veut pas obéir à une loi en vertu de laquelle l’État fait les plus
louables efforts pour le chasser d’un immeuble appartenant à l’État. La
solution est toute simple: Rodin désobéit à la loi? eh bien, nous allons
faire une autre loi, en vertu de laquelle Rodin, dorénavant, sera chez
lui!